Digital Natives, les nouveaux travailleurs numérique ?

L'immersion dans les outils numériques aurait-elle provoqué une génération spontanée d'employés, aux habitudes et comportements différents et novateurs ? Décryptage d'un concept controversé.

Un Digital Natives, c'est quoi ?

Ce sont ces enfants qui ont toujours connu Internet et sont complètement habitués aux appareils et logiciels numériques. De par leur pratique de ces outils, ils sont des consommateurs de produits multimédias et de l'information instantanée. En moyenne un Digital Native passerait 13 heures par semaine à interagir avec des produits numériques tels que des ordinateurs, des consoles de jeux, ou encore des téléphones portables. La télévision reste un média important dans leur consommation, mais l'Internet prendrait de plus en plus de place.

Qui a forgé le terme de Digital Natives ?

Ce néologisme a été inventé par un consultant américain en TICE (nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Enseignement), nommé Marc Prensky. Marc Prensky est également le directeur général et fondateur d'une entreprise qui vend des jeux vidéos éducatifs (un détail important pour la suite).

Le concept de Marc Prensky a été repris lors de travaux universitaires menés conjointement par le Berkman Centre for Internet & Society à la Harvard Law School et le Centre de recherche en droit de l'information à l'Université de Saint-Gall en Suisse.

Par ailleurs, le Gartner a fait référence à ce terme dès 2007 dans le cadre de ses études sur les changements de manière de travailler induits par les outils numériques.

Quelles sont les caractéristiques des Digital Natives ?

Marc Prensky pense qu'à force de stimuler des zones de leur cerveau sur des actions d'acquisition de la connaissance spécifiques, de type hypertexte, les Digital Natives ont développé des compétences différentes en matière de raisonnement, qui ne correspondent pas du tout au raisonnement démonstratif classique. Ils auraient des raisonnements sérendipiens.

La gratification immédiate et le plaisir immédiat seraient les clés de fonctionnement des Digital Natives

Par ailleurs, le Digital Native selon Marc Prensky est performant lorsqu'il est connecté au réseau, mais devient complètement inefficace pour réaliser des actions hors ligne, et sa capacité de concentration est alors réduite au minimum. Mais le côté positif de ce mode de fonctionnement serait qu'une fois en ligne, le Digital Natives est doué de capacités multitâches, effectuées en simultané.

Enfin, la gratification immédiate et le plaisir immédiat seraient les clés de fonctionnement des Digital Natives, du fait de leur habitude à l'instantanéité du réseau Internet. En conséquence, ils préfèreraient le visuel et le graphique au textuel, et l'interactivité au travail solitaire.

En opposition à ces créatures fortement " numérisées ", Marc Prensky met en avant le concept de Digital Immigrants, c'est-à-dire l'ensemble des travailleurs qui ont du se faire à l'informatique, et dont son usage n'a rien de naturel. Il explique cette difficulté par le fait que, selon lui, passé un certain âge, le cerveau ne mute plus, et la plasticité de l'organisme ne joue plus autant que chez les Digital Natives.

La thèse finale de Marc Prensky consiste à démontrer que face à l'évolution technologique et à la réduction de la plasticité des individus avec le temps, l'école se doit de proposer des outils numériques aux jeunes enfants afin de leur donner les meilleures chances de réussite dans un monde du travail désormais numérique. Son outil premier pour ce faire, ce sont jeux vidéos, véritable clé de voûte du programme éducatif de Marc Prensky.

Les Digital Natives, une vaste fumisterie ?

Certains experts remettent en cause les concepts de Digital Natives et de Digital Immigrants, remettant en cause la différentiation entre ces deux catégories, expliquant notamment que ce sont bien des Digital Immigrants qui ont forgé pour une grande partie l'univers numérique dans lequel nous vivons et travaillons, ce qui invalide l'argument qui voudrait qu'ils aient des difficultés à vivre dans cet univers.

Sur un plan moins universitaire, des critiques mettent en cause la scientificité du concept de Digital Natives, pointant le fait que ce terme rentre parfaitement dans l'argumentaire marketing de Paul Prensky pour vendre les jeux vidéos éducatifs de sa société.

Les Digital Natives peuvent-ils changer quelque chose à l'entreprise ?

L'arrivée de cette génération numérique à l'âge adulte, son entrée dans le monde du travail, vont-ils changer quelque chose à la manière dont l'entreprise envisage le travail, l'innovation, la sécurité de ses équipements informatiques ?

Il faut d'abord préciser que cette population n'est pas une population d'experts techniques. Loin d'être des " geeks ", ils sont avant tout des consommateurs de contenus numériques. Pas de compétences techniques à chercher de ce côté-là donc.

Mais en revanche, ces nouveaux professionnels s'avèrent aptes à utiliser les outils tels que les flux RSS, les blogs, les wikis ou encore les mashups., bref, autant d'outils neufs d'acquisition de la connaissance. Ils seraient donc tout à fait compétents en matière d'autoformation, ce qui permettrait aux entreprises de réaliser des économies de ce côté.

Enfin, côté sécurité, leurs habitudes de communication sans frontières (sites Internet, réseaux sociaux, concurrence,...) peut heurter non seulement la culture d'entreprises, mais aussi poser de nombreux problèmes au niveau du contrôle de l'entrée et de la sortie des informations du Système d'Information de l'entreprise. De quoi convaincre les RSSI si ce n'est de croire au concept de Digital Natives, au moins de se montrer regardant sur les usages numériques dans leurs entreprises.

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