Tech : les entrées en bourse les plus attendues de 2026
Le marché des entrées en bourse (IPO) ne s’est jusqu’ici pas vraiment remis de la politique de hausse drastique des taux d’intérêt mise en œuvre par les banques centrales pour combattre l’inflation au sortir de la pandémie. En mettant fin à un capital abondant et bon marché, cette politique a mis un brutal coup d’arrêt à un marché jusqu’alors prospère et florissant. Le conflit russo-ukrainien, les dysfonctionnements de la chaîne de valeur et les signes de récession ont achevé de saper la confiance des investisseurs.
Selon les chiffres de Jay Ritter, un professeur de l’université de Floride connu comme “Monsieur IPO” pour ses travaux sur le sujet, en 2021, 311 entrées en bourse ont eu lieu aux Etats-Unis (le principal marché mondial), qui ont levé en tout près de 120 milliards de dollars, des chiffres records. En 2022, le nombre d’entrées en bourse est tombé à 38, et ces sociétés n’ont levé que 7 milliards de dollars collectivement. 2023 a été à peine mieux, avec 54 entrées en bourse ayant levé 12 milliards. Une dynamique qu’a largement suivie le reste du monde.
L’an passé, le marché a commencé à retrouver des couleurs, avec 90 entrées pour près de 40 milliards d’euros levés, dont quelques entreprises très en vue comme le spécialiste des centres de données d’IA CoreWeave, la plateforme de design basée sur l’IA Figma, la néobanque Chime et le spécialiste du paiement fractionné Klarna. Mais c’est 2026 qui pourrait bien marquer une reprise du marché, alors que la Fed baisse son taux directeur et que plusieurs sociétés de premier plan, dotées de valorisations inédites pour des entreprises privées, devraient se lancer sur les marchés publics. Florilège.
OpenAI, crash test pour l’IA générative
A tout seigneur, tout honneur. Avec 500 milliards de dollars estimés de valorisation, l’entreprise de Sam Altman, qui défraie la chronique depuis le lancement de ChatGPT fin 2022, est l’entreprise privée la mieux valorisée de l’histoire. L’an passé, elle a également réalisé la plus grosse levée de fonds jamais accomplie, avec 40 milliards de dollars rassemblés auprès des investisseurs. Si elle atteint son objectif de lever 100 milliards supplémentaires, sa valorisation estimée pourrait atteindre les 830 milliards de dollars…
Si l’entreprise ne s’est pas engagée sur une date précise pour entrer en bourse, et si Sam Altman envoie régulièrement des signaux contradictoires à cet égard, la directrice financière d’OpenAI, Sarah Friar, a évoqué un dépôt possible d’IPO fin 2026. En octobre dernier, l’entreprise a effectué un grand pas vers une possible entrée en bourse en achevant sa mue en entreprise à profit, mettant fin à une querelle qui l’opposait de longue date à Microsoft.
Une entrée en bourse n’irait toutefois pas sans risques pour l’entreprise, qui subit une forte concurrence de sociétés comme Google et Anthropic, au point que son avance historique sur l’IA générative est désormais remise en question, et qui ne parvient pas à découpler ses coûts en puissance informatique de son chiffre d’affaires.
Son entrée en bourse servirait également de test grandeur nature pour le marché de l’IA générative en général : réussie, elle écarterait la crainte latente quant à la formation d’une bulle de l’IA. Ratée, elle confirmerait ces craintes, pourrait dissuader d’autres entreprises privées de se lancer et mener à une correction des valeurs boursières de l’IA. Une entrée en bourse s’accompagnerait sans doute par ailleurs d’un changement de direction, Sam Altman ayant affirmé qu’il n’était pas intéressé par le fait de diriger une entreprise publique.
SpaceX : l’entrée du new space dans la maturité
Depuis le début des années 2000, le secteur spatial, jusqu’ici l’apanage des Etats, a commencé à attirer les entreprises privées. Des acteurs, notamment américains, sont parvenus, avec le soutien de la commande étatique, à concevoir des entreprises viables sur un marché difficile, car s’inscrivant dans le temps long et nécessitant des investissements importants. SpaceX, valorisé autour de 800 milliards de dollars, est sans conteste l’acteur qui a le mieux réussi au sein de ce marché du new space, et son arrivée en bourse entérinerait l’entrée de celui-ci dans une phase de maturité. Comme Elon Musk l’a confirmé, l’entreprise pourrait se lancer cette année sur les marchés publics.
Le moment semble idéal. SpaceX vient d’obtenir le feu vert des autorités pour accroître la taille de sa constellation : l’entreprise peut désormais placer 27 000 satellites en orbite basse. A titre de comparaison, la deuxième constellation, celle de OneWeb Eutelsat, n’en compte que 650. De quoi permettre à SpaceX de consolider l’avance de son service d’Internet par satellite Starlink, qui compte désormais neuf millions d’abonnés dans le monde, et d’accélérer sur son ambition de venir concurrencer les opérateurs de télécom en s’attaquant au marché du mobile.
L’entreprise a également battu son record de lancements en 2025 et accompli des progrès autour du réemploi de ses fusées. Cerise sur le gâteau, Elon Musk semble s’être rabiboché avec Donald Trump. Les planètes semblent donc s’aligner pour une entrée en bourse en 2026, qui sera l’une des plus importantes de l’histoire et entérinerait le succès et la viabilité du new space. L’entreprise doit toutefois composer avec quelques risques bien réels : éviter les pépins sur sa fusée Starship, qui suscite beaucoup d’attentes, composer avec des régulations draconiennes (un point sur lequel Donald Trump semble disposé à aider), et enfin gérer la personnalité publique de son patron, devenue très controversée.
Databricks, ou comment le big data prospère grâce à l’IA
Avec ces rivaux Snowflake et Teradata, l’entreprise Databricks, spécialiste de la gestion des masses de données dans le cloud, profite à plein de la vague de l’IA. En effet, pour tirer les bénéfices de celle-ci, les entreprises doivent gérer efficacement leurs données afin de les mettre au service des algorithmes, et se tournent donc logiquement vers ces spécialistes historiques du big data.
Databricks a ainsi connu une excellente année 2025, dépassant un taux de revenus annualisé de 4,8 milliards de dollars au troisième trimestre, en hausse de plus de 55% par rapport à l’année précédent. Sa division IA a pour la première fois dépassé le milliard de dollars de chiffre d’affaires. La société a également sorti de nouveaux produits comme Agent Bricks, qui permet aux professionnels de créer des agents IA sans code, et Databricks Apps, pour déployer des applications d’IA de manière sécurisée. La société est désormais valorisée à 134 milliards de dollars. Son patron, Ali Ghodsi, qui vise une valorisation de 1 000 milliards, a évoqué la possibilité d’une entrée en bourse dès cette année. Pour Databricks, le plus gros défi va consister à améliorer, ou tout simplement maintenir, ses marges sur un marché des plateformes de données devenu extrêmement compétitif.
Anthropic, petit poucet devenu grand
La jeune pousse fondée par un ancien d’OpenAI a frappé très fort en ce début d'année en lançant Claude Work, un assistant pour les tâches de bureautique sur le modèle de son agent Claude Code (réservé comme son nom l’indique aux développeurs), largement accueilli comme un puissant outil pour démocratiser et maximiser la valeur de l’IA dans les entreprises.
Anthropic se prépare à une potentielle entrée en bourse en 2026, alors qu’une récente levée de fonds place sa valorisation estimée à 350 milliards de dollars. Grâce à une accélération de l’adoption en entreprise, la société table désormais sur un taux de revenus annualisé de 20 à 26 milliards en 2026, contre cinq milliards en 2025.
La liste est non exhaustive tant 2026 pourrait être un grand cru. On pourrait également citer les néobanques Revolut et Monzo, la société de paiements Stripe, la plateforme de cryptos Kraken… Sauf imprévu majeur (et certes, l’actualité n’en manque pas), l’année devrait donc marquer un retour bienvenu des entrées en bourse, offrant d’importants retours aux investisseurs et leur permettant de réinjecter du cash dans les jeunes pousses.