Que pensent les investisseurs de la French tech de Qui veut être mon associé ?

Que pensent les investisseurs de la French tech de Qui veut être mon associé ? Trois membres de fonds de capital-risque donnent leur analyse sur le programme diffusé sur M6, qui, malgré plusieurs défauts, a le mérite de démocratiser l'investissement et l'entrepreneuriat.

Pour au moins un million de téléspectateurs, le jeudi soir rime avec Qui veut être mon associé ?, émission désormais célèbre qui met en avant des entrepreneurs venus convaincre un jury d'investisseurs bien connus de la French tech comme Anthony Bourbon, Eric Larchevêque ou encore Marc Simoncini. Le programme est globalement un succès : la saison 6, diffusée sur M6 depuis janvier jusqu'à fin février, rassemble entre 6 et 9% de part de marché selon les épisodes. Si le grand public semble conquis, qu'en est-il des investisseurs professionnels ?

"L'émission rend l'approche d'investissement et d'entrepreneuriat accessible au grand public. Il y a une vulgarisation qui est rafraichissante. C'est sympa, ça rend mon métier fun. Dans les dîners, les gens m'expliquent comment ils investiraient à ma place alors qu'avant ils ne s'y intéressaient pas du tout !", indique un investisseur d'un fonds de capital-risque français. "Qui veut être mon associé ? démocratise le métier d'entrepreneur et d'investisseur et permet au public de comprendre pourquoi ces deux métiers sont importants. Rien que pour ça, le concept est génial", abonde Stéphanie Hospital, fondatrice du fonds OneRagtime. 

Voilà pour le côté pile. Côté face, nos interlocuteurs regrettent que certains membres du jury profitent de l'émission pour faire la promotion de leur projet personnel, et notamment de plateforme d'investissement ouverte au grand public. Anthony Bourbon est par exemple le fondateur de Blast, une plateforme d'investissement en start-up, tandis qu'Eric Larchevêque a créé Coinhouse qui permet d'acheter et de vendre des cryptomonnaies.

La dangereuse autopromotion du jury

"Les intérêts de l’émission sont dévoyés par certains membres du jury qui l’exploitent comme vitrine pour leurs business personnels", regrette un autre investisseur qui a préféré garder l'anonymat. "On a besoin de déployer l'épargne mais c'est dangereux de s'approprier cette démarche médiatique. Notre métier est risqué et tout le monde n'est pas forcément prêt à réaliser des investissements en start-up", ajoute notre autre expert.

Un constat partagé par Stéphanie Hospital : "Certains membres du jury en profitent pour faire la promotion de leurs structures d'investissement qui ne sont pas régulées comme un VC classique et qui n'ont donc pas les mêmes contraintes. C'est dangereux pour le grand public qui ne connait pas forcément les risques liés à l'investissement. L'émission était sans doute plus authentique à ses débuts quand tous les jurés venaient vraiment en tant que business angel plutôt que pour promouvoir leur projet personnel. Encore une fois, le concept est génial mais il faudrait peut-être que les producteurs demandent aux jurés de signer une charte éthique".

Concernant la qualité des projets mis en avant par les entrepreneurs, nos investisseurs sont davantage partagés. "Une entreprise qui passe par Qui veut être mon associé ? serait plutôt un mauvais signal pour nous", confesse l'un d'entre eux. "Pour moi, ce n'est pas du tout un red flag", tempère Stéphanie Hospital. "Seulement, ce ne sont pas des projets VC compatibles. Les présentations des start-up sont adaptées au narratif de la télé. D'ailleurs, certains entrepreneurs participent davantage pour le push médiatique que pour obtenir un financement". Après tout, c'est la loi du prime time.