Tim Ferriss (Auteur "La Semaine de 4 heures") "Identifiez les 20% des tâches qui consomment plus de 80% de votre temps et déléguez-les"

Auteur du best seller "La semaine de 4 heures", Tim Ferriss conseille Facebook, Twitter et Uber. Il livre sa vision d'une organisation efficace pour soi-même et son entreprise.

JDN. Qu'est-ce qui vous a incité à écrire votre ouvrage "La semaine de 4 heures", édité chez Pearson ?
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Tim Ferriss est l'auteur de "La semaine de 4 heures" © S. de P. Tim Ferriss

Tim Ferriss. Je ne m'attendais vraiment pas à ce que le livre rencontre un tel succès, et je n'étais apparemment pas le seul puisque l'ouvrage s'est vu refusé par 26 maisons d'édition. Ce sont en fait deux amis qui m'ont inspiré ce livre. Ils se sentaient véritablement pris au piège par leur travail, l'un travaillant dans la finance et l'autre dans une start-up qu'il avait créé. Mon idée était d'écrire un livre qui permettrait à des gens comme eux de mieux maitriser leur emploi du temps tout en générant des revenus et en façonnant leur propre mode de vie. Publié en 2007, l'ouvrage a depuis été traduit en 35 langues.

 

Travaillez-vous réellement 4 heures par semaine comme le laisse entendre le titre du livre ?

Il faut bien comprendre que le but d'un tel titre est avant tout de susciter la curiosité des gens. En réalité, l'objectif de l'ouvrage est avant tout d'aider le lecteur à maximiser son rendement horaire. En clair, de lui permettre d'en faire 5 à 10 fois plus dans le même laps de temps. Une fois que vous arrivez à ce stade, ce que vous faites de votre temps libre vous appartient ! Certains de mes lecteurs, comme par exemple l'investisseur Marc Andreessen, n'ont pas envie de travailler 4 heures par semaine. Ils travaillent bien plus ! En revanche, ils souhaitent que le temps passé au travail puisse avoir le plus d'impact possible.

 

Vous êtes pour beaucoup le symbole du 'Life Hacking'. Comment définiriez-vous ce terme ?

"Le hacking, c'est trouver une alternative à un problème"

Le terme "Life Hacking" est de plus en plus utilisé pour désigner différentes choses, ce qui le rend difficile à définir. Je pense qu'il est d'abord important de définir le mot "hacking". A mes yeux, on entend par là le fait de résoudre un problème en apportant une solution peu évidente ou bien qui va demander très peu de ressources. Imaginons que pour résoudre un problème il vous faille de l'argent mais que vous n'en ayez pas. Il vous faut alors trouver une alternative.

 

Dans votre livre, vous expliquez avoir recours aux services d'assistants virtuels pour déléguer certaines tâches. En quoi une telle approche permet de gagner en productivité ?

L'important est de vous fixer un objectif puis d'éliminer toutes les tâches et les activités qui n'y contribuent pas. Avant d'y faire appel, il est primordial d'identifier les tâches qui consument la majorité de votre temps et qui ne font pas parties de vos compétences clés. Dans ce contexte, il peut être ainsi intéressant de les déléguer à quelqu'un d'autre pour seulement une fraction de votre revenu. Les prix ne sont en effet pas exorbitants. Aujourd'hui, il existe un certain nombre de sociétés proposant ce type de service, basées par exemple en Inde, aux Philippines ou même à Las-Vegas. Plus généralement, je recommande d'automatiser et de déléguer tout ce qui peut l'être, mais le recours à des assistants virtuels ne représente qu'une approche parmi d'autres.

 

Quels types de tâches faut-il leur confier ?

J'y ai personnellement recours pour un certain nombre de choses, comme par exemple des tâches de développement informatique ou de design. J'ai également un assistant basé à San Francisco qui travaille pour moi à temps complet. Si vous êtes un fondateur de start-up, vous pourriez par exemple leur confier la gestion de votre emploi du temps ou le tri de votre boite e-mail. L'idée est d'identifier les 20% de tâches qui consomment plus de 80% de votre temps. Mais avant de faire appel aux services d'un assistant, je préconise d'abord d'utiliser la technologie dès que cela est possible. Par exemple, pour la gestion vos emails, des services comme The Email Game ou Boomerang vous permettront déjà de gagner en efficacité.

 

Mais est-il réellement possible de tout déléguer ?

"Les CEO des grandes start-up de la Silicon Valley savent déléguer"

Le temps est votre ressource principale et tout ce qui le consume, de la rédaction d'un billet de blog à la modération de commentaires sans oublier des tâches de nettoyage, peut être délégué. Il y a quelques années, un ami m'a fait cette même remarque. Il m'a dit qu'il y avait des choses qui ne pourraient jamais être déléguées et a pris l'exemple des rencontres amoureuses. Pour lui prouver le contraire, j'ai décidé d'embaucher plusieurs équipes d'assistants virtuels, basées aux Philippines, en Jamaïque ou encore en Inde à qui j'ai demandé de m'organiser des rendez-vous.

Tous ces assistants m'ont ainsi créé un profil sur différents sites de rencontres. Ils n'ont eu qu'un seul weekend pour relever ce défi : m'organiser un maximum de rendez-vous dans trois cafés différents. Je leur ai cependant fixé une règle : ils n'avaient en aucun cas le droit de mentir en se faisant passer pour moi. Ils devaient impérativement expliquer à leur interlocutrice qu'ils écrivaient en mon nom.

 

Et cela a fonctionné ?

J'ai obtenu une vingtaine de rendez-vous ! J'ai bien entendu rencontré chacune de mes prétendantes. Cette expérience, plutôt amusante, m'a notamment permis de tester rapidement leur sens de l'humour. Pour l'anecdote, je suis même resté en couple avec l'une d'elles pendant près de 6 mois. Mais cette expérience m'a surtout permis de prouver ceci : énormément de choses peuvent être déléguées.

 

Encouragez-vous les entrepreneurs à déléguer davantage ?

J'ai la chance de pouvoir côtoyer un grand nombre d'entrepreneurs et dirigeants de start-up (Tim Ferriss est advisor et investisseur dans plusieurs start-up parmi lesquelles Facebook, Twitter, Uber et Evernote, ndlr). Le point commun entre tous les dirigeants de ces grandes start-up de la Silicon Valley est qu'ils savent se mettre en retrait, que ce soit en déléguant ou en embauchant quelqu'un d'autre pour faire une partie du travail à leur place. En tant que CEO ils sont parfaitement conscients que même s'ils excellent dans ce qu'ils font, ils ne peuvent pas gérer tous les aspects du business.

 

Richard Branson estime que dans les années à venir les entreprises n'auront plus de bureau. Qu'en pensez-vous ?

Si vous êtes un bon CEO, je pense que vous pouvez mettre en place des systèmes et des règles vous permettant de fonctionner de manière complètement virtuelle. Je suis advisor dans une entreprise appelée Automattic (à l'origine de Wordpress, ndlr) où toutes les équipes travaillent à distance. L'entreprise dispose d'un bureau que les employés peuvent utiliser s'ils le souhaitent mais il s'apparente en fait davantage à un espace de coworking. Cette organisation permet à l'entreprise d'économiser de l'argent pour mieux le dépenser dans le recrutement de personnes talentueuses à travers le monde. De ce point de vue-là, il s'agit d'une approche vraiment intelligente pour bâtir et développer une entreprise.

 

La mobilité fera donc partie du monde de demain ?

"Je ne vois pas ce qui pourrait vous empêcher de virer vos clients"

Aux Etats-Unis, il y a cette obsession autour de "devenir millionnaire". Mais en réalité, ce que les gens recherchent, ce n'est pas d'avoir des millions de dollars en banque mais le style de vie qu'ils pensent que cet argent leur permettrait d'obtenir. Je pense qu'il existe d'autres voies que de gagner des millions, comme le fait de pratiquer que j'appelle le "géo-arbitrage". Admettons que vous gagniez par exemple 50 000 dollars par an. Avec cette somme, si vous habitez à San Francisco, vous ne vous en sortez pas forcément bien. A l'inverse, avec cet argent, vous pourriez sans doute bien vivre dans d'autres pays comme par exemple l'Argentine mais aussi d'autres endroits en Europe.

Le géo-arbitrage consiste en fait à utiliser au mieux vos ressources pour tirer avantage de l'Economie de marché. Vous pouvez également vous en servir pour externaliser, par exemple en embauchant des développeurs talentueux dans des pays en récession.

 

Dans votre livre, vous faites allusion à la loi de Pareto, selon laquelle 80% des effets produit 20% des causes. Comment cette loi s'applique-t-elle au monde des start-up ?

C'est un principe très flexible qui s'adapte à n'importe quel type de business. N'importe quelle entreprise peut s'en servir pour faire une analyse 20/80. Par exemple, quels sont les 20% de clients ou secteurs qui génèrent 80% de vos revenus ou profits ? Ou bien, dans le cas d'une start-up dont le modèle est basé sur la publicité comme Facebook, quels sont les 20% de clients, secteurs ou industries qui investissent le plus et sont à l'origine de 80% de votre chiffre d'affaires ? En faisant cela, vous pouvez alors mieux identifier et cibler ces clients idéaux. Car en réalité beaucoup de dirigeants, et notamment de petites entreprises, passent la majorité de leur temps à gérer les clients les moins rentables. Ce sont rarement eux qui envoient le plus d'e-mails ou appellent le plus...

 

Il faudrait donc les envoyer balader ?

Je ne vois pas ce qui pourrait vous empêcher de virer vos clients. Je l'ai fait par le passé et beaucoup d'entreprises n'hésitent pas à le faire. Car contrairement à ce qui est souvent dit et répété : le client n'a pas toujours raison.

 

Tim Ferriss est un auteur à succès, surtout connu pour être l'auteur du Best-Seller " La Semaine de 4 heures " (Pearson). Il a également écrit deux autres ouvrages: " The 4-hour Body " et " The 4-hour Chef ". Tim partage régulièrement ses idées sur son blog ou à travers des Podcasts. Il conseille et a investi dans plusieurs start-up parmi lesquelles Uber, Facebook, Evernote ou Twitter.

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