5 start-up qui mettent le numérique au service des agriculteurs

Rencontrées au salon de l'agriculture, elles proposent une marketplace, une plateforme de crowdfunding, des capteurs, un système d'exploitation et même un "Farmville en vrai".

Exposantes au Salon International de l'Agriculture, qui se déroule actuellement à Paris, cinq start-up créées par des fils ou des petits-fils d'agriculteurs se sont donné pour mission de mettre le numérique au service des exploitants agricoles.

Agriconomie, place de marché de fournitures agricoles

Clément Le Fournis, Agriconomie © JDN

Agriconomie est un site marchand et une marketplace qui commercialise de l'engrais, des semences et des pièces de matériel agricole. Créée en 2014 et soutenue par Elaia Partners et Olivier Mathiot, la start-up emploie 26 personnes et affiche actuellement un volume d'affaires mensuel d'un million d'euros. A 50% des ventes en propre de produits achetés auprès de fournisseurs ou distributeurs qui préfèrent ne pas apparaître en ligne et risquer de se mettre en porte-à-faux vis-à-vis de leur réseau. Et à 50% de la place de marché, qui a vocation à devenir très majoritaire. "Notre métier n'est pas d'acheter et de stocker, mais d'apporter des services, explique Clément Le Fournis, cofondateur d'Agriconomie. Souvent, nos vendeurs ne livrent que dans leur zone, typiquement à partir de leurs silos pour les engrais. Nos 400 transporteurs partenaires leur permettent de livrer partout en France et notre algorithme logistique affiche les prix transport compris. Nous sommes même en train de développer une bourse de frêt pour proposer des prix intéressants dans des camions qui allaient repartir à vide."

Agriconomie a aussi développé un algorithme prédictif sur trois marchés qui fluctuent en permanence : engrais, semences et fioul. De quoi optimiser les dates de semis, acheter au bon moment et accroître sa rentabilité, notamment grâce aux alertes prix paramétrables. Clément Le Fournis ne veut d'ailleurs pas s'arrêter là. "Il faut boucler la boucle. Si nous voulons vraiment que l'agriculteur améliore sa rentabilité, nous devons aussi l'aider à vendre". A part Prodealcenter sur les pièces et bien sûr les concessionnaires et les coopératives, la start-up ne se connaît pas de concurrent dans l'Hexagone. Après avoir enregistré un volume d'affaires de 1,2 million d'euros en 2015 (et un panier moyen de 3 500 euros !), elle table sur 6 millions au moins cette année, 20 millions en 2017 et 250 millions en 2020.

Thierry Desforges, MonPotager © JDN

MonPotager : quand Farmville devient réalité

MonPotager a lancé son service fin 2013 à Lyon et à Paris. Ses clients, des citadins, créent d'abord leur parcelle virtuelle et choisissent plusieurs variétés à faire pousser. Chacune est associée à un producteur local, qui plante réellement ces fruits et légumes. L'utilisateur reçoit des photos et vidéos prises par les équipes de MonPotager au cours de leur croissance, ainsi que des informations fournies par le producteur. Finalement, celui-ci récolte et divise ses 500 kg de tomates cœur de bœuf par le nombre de clients qui en ont dans leur parcelle. Leur garde-manger virtuel se remplit et les utilisateurs choisissent entre deux options : tout se faire livrer ou en troquer tout ou partie contre des "patates" (la monnaie virtuelle du site), elles-mêmes échangeables contre d'autres fruits et légumes. "Plusieurs formules existent, entre 15 euros les 15m² pour 8 livraisons par an et 100 euros les 150m² pour 32 livraisons par an, y compris le transport que nous effectuons nous-mêmes, explique Thierry Desforges, fondateur de MonPotager. Après avoir rémunéré le producteur, nous conservons 15% du montant."

La start-up compte actuellement 1 500 clients actifs sur 20 000 inscrits et prévoit de monter à 5 000 clients actifs et 70 000 inscrits fin 2016. L'avantage pour les producteurs : non seulement ils peuvent élever leurs prix de 15%, mais ils vendent avant même d'avoir les produits. "Quant aux consommateurs, qui se montrent très défiants face aux produits agricoles et finissent par acheter du bio produit à 70% à l'étranger, ils sont impliqués dans le cycle de vie des fruits et légumes et apprennent les bienfaits de l'agriculture raisonnée, indique Thierry Desforges. Contrairement aux Amap et aux kits de repas sur abonnement, ils choisissent ce qu'ils recevront dans leurs paniers, où nous insérons aussi une recette correspondant à leur sélection." MonPotager travaille avec 30 producteurs partenaires et s'apprête à ouvrir à Lille, Nantes, Bordeaux et Toulouse.

Miimosa, le Kisskissbankbank du monde agricole

Florian Breton, Miimosa © JDN

Miimosa est une plateforme de financement participatif spécialisée dans le monde agricole. Lancée en novembre 2014, elle a collecté un million d'euros depuis sa création et accompagné 200 porteurs de projets. Un record pour une première année, souligne son fondateur Florian Breton. "Le financement moyen d'un projet s'élève chez nous à 6 500 euros, contre 3 500 sur Kisskissbankbank ou Ulule. Et en général, les contributeurs mettent 110 euros au lieu de 53". Pour l'entrepreneur, c'est parce que les agriculteurs possèdent de grands réseaux très solides, qui plus est dans une économie très territoriale, que leurs campagnes sur Miimosa sont si efficaces.

"Tandis que les plateformes de crowdfunding généralistes, dont 70% des projets sont culturels, ont moins de 1% de projets agricoles, notre spécialisation nous permet d'accompagner les projets bien plus loin", affirme Florian Breton. Miimosa développe notamment des liens avec les collectivités et vient par exemple d'obtenir que l'Eure mette entre 500 et 1 000 euros dans chaque projet de son département. Cette année, la plateforme devrait permettre d'injecter 3 millions d'euros dans 700 projets, portés à 80% par des agriculteurs et à 20% par des petites entreprises agroalimentaires. Employant cinq personnes actuellement, elle triplera ses effectifs avant l'été pour soutenir son développement.

Trois capteurs fabriqués par Weenat © JDN

Weenat : des capteurs pour mieux gérer les parcelles

Weenat fabrique des capteurs que les agriculteurs plantent dans le sol de leurs parcelles pour mesurer cinq types de données : température de l'air, hygrométrie, pluviométrie, température du sol et tensiométrie. Ces capteurs basse énergie disposent d'une autonomie de cinq ans. Les données sont envoyées vers le réseau Sigfox qui les retransmet à Weenat, lequel les affiche dans l'application Web et mobile qu'il met à disposition de ses clients. Un outil d'aide à la décision permet aussi aux exploitants d'optimiser leurs ressources et leur temps. Par exemple, en fonction de la température du sol, la solution indique le meilleur moment pour semer et anticipe les stades de croissance de la plante pour prévoir la récolte. Elle sait aussi repérer et prévoir les conditions idéales dans la semaine pour irriguer ou pour pulvériser des produits phytosanitaires, grâce à ses capacités prédictives. Les capteurs bénéficieront par ailleurs bientôt de nouvelles fonctionnalités, notamment pour mesurer le vent.

Jérôme Le Roy, Weenat © JDN

Basée à Lille et à Nantes, Weenat emploie douze personnes et commercialise ses capteurs entre 400 et 600 euros pièce. Elle se rémunère également en louant 180 euros par an l'accès à sa plateforme. "Nous disposons déjà de 1 000 capteurs en circulation chez une centaine de clients et souhaitons cette année vendre 3 000 capteurs et multiplier notre base de clients par trois", explique son fondateur Jérôme Le Roy. Incubée à Euratechnologies, soutenue par la BPI et des business angels, la start-up lèvera à nouveau des fonds en fin d'année pour soutenir le développement international qu'elle a déjà entamé aux Pays-Bas.

Ekylibre rend aux agriculteurs la gouvernance de leur exploitation

Ekylibre est un logiciel libre qui regroupe tous les volets de la gestion d'une exploitation agricole : gestion des tiers, comptabilité, achats, ventes, stocks et traçabilité. Actuellement, les agriculteurs peuvent employer une douzaine d'outils numériques à cette fin et ne cessent de saisir et ressaisir des données à la main. Ce système d'exploitation agricole remplace tous ces outils et limite au maximum les saisies manuelles. "Nous avons par exemple développé un boîtier qui se fixe sur le tracteur pour mesurer les pulvérisations et envoyer ces quantités à la partie traçabilité de l'OS", indique son cofondateur Brice Texier. Ekylibre multiplie aussi les imports avec les logiciels existants et les partenariats avec des fabricants capables d'alimenter son OS en données utiles. Il se connecte également à différents services de l'Etat, par exemple pour déclarer la TVA et bientôt aussi les naissances dans les élevages. "Quant aux ventes, achats et stocks, nous allons voir les coopératives pour établir des ponts avec leurs système et charger automatiquement ces données dans l'OS, ajoute-t-il. Ensuite, la partie compta se remplit toute seule."

Brice Texier, Ekylibre © JDN

L'objectif consiste à atteindre le "zéro saisie de données" pour l'agriculteur et à réduire sa charge administrative de 800 à 100 heures par an. Enfin, en se basant sur les cours des matières, Ekylibre sait réaliser des calculs de coûts à la volée et dire en temps réel ce que coûterait et rapporterait telle intervention, comme un dernier traitement avant une récolte. "Avec Ekylibre, les agriculteurs peuvent reprendre la gouvernance de leur exploitation, souvent délaissée à leur comptable et à leur coopérative", conclut Brice Texier.

Systèmes d'exploitation / Agriculture