La pub régit aussi les noms de domaine

La publicité tient aujourd'hui une place prépondérante dans la stratégie d'exploitation d'un nom de domaine. Pourtant, s’agissant du .TEL, ce principe n’était pas initialement pris en compte. Mais tout change…

La suppression de la publicité dans certains médias, est un sujet à la mode. A l'instar du président de la République, certains souhaitent s'en affranchir pour offrir un service réellement neutre, comme pour la télévision publique par exemple. D'autres l'érigent en modèle économique incontournable et parviennent ainsi à bouleverser des industries séculaires. C'est le cas des quotidiens gratuits face à la presse écrite traditionnelle. C'est aussi le cas d'Internet : de Google à Facebook, en passant par les portails d'information et même les sites d'échange de fichiers ; tous comptent sur la pub pour rentabiliser leurs concepts.
 
Alors que faire quand une nouvelle extension est un concept si différent que les sites Internet traditionnels, et donc la publicité, n'y ont pas leur place ? En d'autres mots, comment garantir le succès commercial d'un projet comme le .TEL ? De ce point de vue, c'est une extension du troisième type. Elle se veut carnet d'adresse dynamique sur Internet. Vous y stockez vos données et, au travers de votre nom de domaine en .TEL, les diffusez à qui vous voulez. Coup de génie des inventeurs du .TEL : pour que le système soit le plus rapide possible,  l'on fait fi des sites Internet et de leurs parfois lourdes pages si longues à charger. Avec le .TEL, les données sont directement enregistrées dans le système des noms de domaine lui-même. Vous récupérez les informations sans dilution, et sans délais.
 
Pas de site, pas de pub (et inversement)...  
Du coup, les sites Internet en .TEL  ne sont pas techniquement possibles. Seule concession, une unique page de garde permettant d'afficher les données (numéros de téléphone, email, etc.) du propriétaire du nom.
 
Un bien joli concept, qui a cependant oublié une réalité : si on ne peut pas faire de la pub, on ne peut pas monétiser un nom de domaine. Or sans site Internet, pas de pub. Et voilà donc notre opérateur du .TEL, quelques mois après le lancement de son extension, contraint d'adapter son système pour l'ouvrir à la publicité. Depuis peu, un nouveau paramètre a été greffé aux noms de domaine en .TEL pour permettre l'affichage de liens sponsorisés sur les pages d'affichage des données personnelles !
 
Où est le concept d'origine ?  
Mais le concept même du .TEL ne se voit-il pas travesti ? Quelle logique y a-t-il à charger de pub les pages de cet annuaire vivant du Web ? Le .TEL, ce Facebook du nommage sur Internet, sorte de réseau social transformé en nom de domaine, verse dans la publicité ! En donnant vos coordonnées téléphoniques à vos correspondants, vous pouvez maintenant aussi les arroser de pubs.
 
Avec le Web, la pub s'est fait plus ciblée, plus personnalisée. L'Internaute se voit proposer de la réclame en rapport avec ses goûts et ses envies. Google, le moteur de recherche préféré du Net, tire la quasi totalité de ses (impressionnants) revenus de ces fameux "liens sponsorisés" étudiés pour correspondre aux centres d'intérêts de l'Internaute. Le même principe pouvant être décliné à l'infini, chaque propriétaire d'un site Internet peut également y insérer des liens Google et ainsi le "monétiser".
 
Le développement par la pub du marché du nommage 
De ce principe est née une économie nouvelle avec un marché du nom de domaine dynamisé par le potentiel de revenus publicitaires. Le principe est simple : plus le nom attire du trafic, c'est à dire plus il reçoit de visiteurs et plus les liens sponsorisés que le site présente risque de trouver preneur. Ainsi, les revenus que l'opérateur du site va partager avec la régie en charge des liens sponsorisés (Google ou un autre) seront plus importants. Voilà pourquoi des noms de domaine se revendent régulièrement pour des sommes élevées : leurs acheteurs espèrent pouvoir rentabiliser, voire développer, des rentrées pub.
 
Ce modèle est devenu si important pour les noms de domaine qu'il est aujourd'hui difficile de faire réussir une extension sans s'appuyer dessus. Tout au moins pour les extensions génériques, ces .COM et dérivés, pour lesquelles il n'y a pas de règles spécifiques d'enregistrement et au sein desquelles chacun peut donc espérer acquérir les noms de domaine les plus désirables. Les termes génériques, comme HOTEL ou BUSINESS, ou les noms courts, si faciles à utiliser sur les navigateurs des téléphones portables.
 
Lorsqu'une nouvelle extension est ouverte, son opérateur n'a pas beaucoup de temps pour réussir. Si elle n'atteint pas une taille critique rapidement, en quelques mois voir une petite année, l'extension risque d'être condamnée aux oubliettes de l'Internet. Pour intéresser, l'extension doit être utilisée. Mais pour donner envie à beaucoup de gens d'y enregistrer des noms de domaine, elle doit rapidement atteindre une certaine taille critique... C'est le chien qui se mord la queue.
 
Cette course à la publicité ne risque-t-elle pas de détruire les concepts innovants du nommage ? Le .TEL s'ouvre à la pub, pas pour avoir un nombre toujours plus important d'utilisateurs amoureux de son idée première, mais plutôt pour booster ses volumes de ventes. Du coup, l'utilisateur de l'extension, celui qui hier encore savait avec certitude qu'un .TEL ne pouvait servir qu'à diffuser des coordonnées, peut désormais s'attendre à trouver aussi des sites de liens sponsorisés derrière un .TEL.
 
A court terme, cela peut en effet permettre au .TEL de gagner en volume. Mais à plus long terme, n'est-ce pas là sa spécificité, son âme en quelque sorte, qu'il vient de vendre au "diable" publicitaire ? Mais que fait nicolas.sarkozy.tel ?

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