Le futur de l'édition s’écrira-t-il sur une tablette tactile ?

Avec l'arrivée de l'iPad, les acteurs de l’Internet, de l’électronique et les éditeurs traditionnels affichent leurs ambitions d’écrire le prochain chapitre de l’édition à l’heure numérique.

Alors que le phénoménal buzz autour de l'iPad commence à retomber, une question majeure pour le domaine de l'édition se pose : Ce type de terminal sonne-t-il le glas de l'édition papier ? Les tablettes tactiles sont-elles amenées progressivement à remplacer le papier journal ?


Innovant, à mi chemin entre mobile et pc, les tablettes tactiles préfigureraient un nouvel espace de marché en devenir : celui de l'édition numérique.  L'univers des TIC est en effervescence. Après le succès des mini pc et des mobiles multimédias, un nouveau segment se dessine à leurs frontières. Les contours de ces terminaux sont encore flous, mais opérateurs, fabricants et éditeurs rêvent d'inventer la future génération de media numérique.

 

Entre PC, mobile et livre, quel positionnement pour les tablettes ?

2010 voit naître de nombreuses innovations technologiques : tablettes tactiles, mini-pc toujours plus nomades, terminaux multi écrans ou TV 3D. Deux éléments décideront du flop ou du succès de ces nouveaux supports : ergonomie et prix.

En matière d'ergonomie, les  tablettes sont "coincées" entre les mobiles et les netbooks. Si les mobiles sont abordables et compacts, les netbooks apparaissent polyvalents et dotés d'une ergonomie familière (très proche de l'expérience PC). Les tablettes en  revanche, positionnées multi-usages, peuvent quant à elles faire de l'ombre aux e-readers, mono-usages, tels que le Kindle d'Amazon, centré sur la lecture  de contenus écrits (livres, magasines, journaux). Amazon  a ainsi ouvert sa plateforme aux développeurs d'applications pour enrichir son service, copiant ainsi le modèle de l'iPhone et ses 100 000 applications disponibles.


Fort du succès de l'iPhone et de l'iPod touch (7,4 et 10 millions d'unités vendues au dernier trimestre2009), Apple viserait 3 à 10 millions d'unités d'Ipad pour 2010. Fidèle à sa stratégie, l'iPad se positionne haut de gamme alors que constructeurs et opérateurs préparent leur riposte avec des prix agressifs et une architecture souvent fournie par Google, principale voire seule alternative crédible à l'écosystème vertical d'Apple : système d'exploitation, navigateur web et application-store. La récente montée de tension dans les rapports entre Google et Apple l'illustre bien d'ailleurs.


Avec l'ipad et consort, on se prend à rêver à des pratiques immersives inédites, ouvrant la voie aux combinaisons de media traditionnels (lecture, multimédia...) et l'avènement de nouvelles formes de consommation de contenus.

 

2010, une nouvelle ère pour le multimédia ?

L'iPad offre une navigation améliorée pour  de nouveaux usages multimédia avec une expérience utilisateur pleine de promesses. Gageons que ses concurrents (Dell, HP, Asus...) sauront faire de même.  Le modèle fait des envieux : réussite économique des "applications-stores", plébiscite des développeurs et engouement des utilisateurs pour ces nouvelles formes de contenus.

Dotées de grands écrans tactiles, les tablettes ouvrent de nombreuses perspectives d'interactions: affichage magnifié des contenus et visualisation immersive (photos, vidéo, jeux, web, TV), expérience multiutilisateur ou de réalité augmentée. En parallèle, ces puissantes tablettes offriront des fonctionnalités issues de l'univers pc : publication, retouche photo, montage vidéo. Connectés et utilisant les capacités du réseau (cloud computing), les consommateurs bénéficieront d'une expérience internet mobile optimisée : réseaux sociaux, VOD streaming, services géo-localisés de partage de contenus...

Les médias, comme la presse ou la vidéo, aujourd'hui contraints par les caractéristiques techniques des terminaux, profiteront des avantages offerts par des formats grands écran. Connectés, ils y exploreront les synergies avec leurs offres "web-centric" existantes. Il n'est pas anodin que Steve Jobs ait utilisé le site du New York times pour illustrer les capacités et la promesse de l'iPad.
L'enjeu sera de combiner interfaces esthétiques, modèle de revenu attractif et catalogue applicatif riche.

 

Un nouveau chapitre pour l'édition numérique ?

Ces équipements invitent à repenser le modèle de l'édition.  Le modèle  de la rotative s'essouffle, l'ère numérique est perçue comme le relai de croissance tant attendu. Les modèles publicitaires web ont montré leurs limites. Les grands sites annoncent le retour au modèle tout payant, l'annonce du New York times (News Corp) dans ce sens est le coup de tonnerre annonciateur d'un changement radical dans le secteur ;  Apple a montré la capacité des consommateurs à payer des contenus... au "juste" prix. Les éditeurs y voient les prémices d'un écosystème vertueux pour des contenus écrits payants : une nouvelle expérience client, une distribution numérique de contenu soutenue par un modèle d'abonnement, une lecture nomade temps réel, grand format, un modèle de partage de revenus attrayant et la garantie de la protection des contenus.

Les grands de l'édition témoignent de leur intérêt ; HarperCollins, Hachette, Penguin, MacMillan ou McGraw-Hill négocient avec Apple la mise à disposition de leurs contenus et travaillent à la création de formats enrichis specifiques. L'édition numérique s'offre de nouveaux horizons dans les contenus et modèles d'affaires : réalisation de contenus enrichis multimédia (thrillers, documentaires, ouvrages d'actualité), édition à la carte (LonelyPlanet), réseaux sociaux (Shefari), auto-publication (Lulu.com), ou encore miniséries à lire (Leezam).  Les perspectives sont sans équivalent : magazines, ouvrages d'art, documentations techniques ou marché ludo-éducatif sont autant de contenus qui pourraient s'y imposer.

 

Le terminal devra trouver sa place sur l'échiquier de la création, diffusion, mise en relation, médiatisation et monétisation des contenus. Si prédire les usages relève d'un exercice périlleux, il faut admettre que c'est la première fois en six siècles qu'un support vient de façon crédible concurrencer le papier pour la diffusion des contenus écrits.

H.Tcheng, I.Denervaud, M. De Broca, A de Peretti, C Dourster

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