Et si l’iPhone 4S était avant tout une avancée business ?

Premier constat, celui d’un manque: l’iPhone 5. On s’attendait à beaucoup de choses, même à une version allégée, moins chère et aux fonctionnalités réduites. Au final, l'iPhone 4S a toutes les apparences d’une révolution en demi-teinte. Dix-huit mois après la sortie de l'iPhone4.

L’Assistant vocal, merveilleux sur le papier, reste à expérimenter… sur le 4S

Comme à son habitude, Apple présente tout à la fin de ses « keynotes » les innovations les plus percutantes dans le « one more thing ». C’est donc la reconnaissance vocale, qui permet de faire fonctionner l’assistant vocal Siri, qui est la vraie découverte de cet automne.

Siri répond aux questions en français, anglais et allemand - ce qui est un plus pour son adoption en Europe – et permet de déclencher automatiquement des actions comme la prise de rendez-vous, la dictée d’une réponse à un SMS, l’appel d’un contact de son répertoire, etc. Reste à voir à l’usage la qualité de ses performances car même si Siri semble ambitieux et prometteur, de nombreux autres acteurs comme Samsung ou Google proposent déjà des solutions de reconnaissance vocale qui peuvent être mises à défaut et décevoir en pratique. On peut être rassuré sur un point, Apple a pour habitude de n’intégrer de nouvelles fonctionnalités que lorsque celles-ci sont matures après avoir été minutieusement testées sur un environnement matériel et logiciel qu’Apple maîtrise de bout en bout…

D’ailleurs, le principal point négatif de Siri est qu’il ne fonctionnera que sur l’iPhone 4S, seul téléphone à disposer à l’heure actuelle des capacités de calcul et du matériel nécessaire : en effet Siri semble nécessiter un processeur audio spécifique présent uniquement dans l’iPhone 4S. La présence d’un composant matériel spécifique est sûrement bon signe (on peut croire à de meilleures performances pour la reconnaissance vocale) cependant il vous en coûtera le renouvellement de votre matériel, ce qui par ailleurs n’irait pas à l’encontre de la stratégie d’Apple.

La fonctionnalité de reconnaissance vocale sera-t-elle accessible aux développeurs ? Je vois une approche en deux temps : tout d’abord, permettre aux utilisateurs de découvrir cette fonctionnalité. Puis dans un second temps, ouvrir les API (Application Progamming Interface) aux développeurs, afin qu’ils puissent implémenter la reconnaissance vocale dans leurs propres applications.

L’iPhone 4S, un bon mouvement stratégique sur la scène internationale

Cet iPhone arrive dans un contexte de croissance d’Apple sur le marché mondial, en réponse peut-être à la déferlante Android. Apple est en avance sur le plan technologique, bénéficiant par ailleurs d’un engouement sans précédent et n’a semble-t-il pas besoin de créer un smartphone plus performant maintenant. L’iPhone 5 ne se justifiait pas d’un point de vue business. En revanche le 4S est logique dans le cadre d’une expansion sur le marché asiatique, et ses deux antennes sont là pour le prouver : elles vont permettre au téléphone de fonctionner sur les cinq continents. On peut dire que c’est un beau coup industriel !

Des attentes déçues

Pendant toute la keynote, l’action Apple n’a cessé de baisser. Il y a eu une déception, une sensation de manque que l’on peut expliquer de plusieurs façons. Tout d’abord, le rythme des sorties Apple, traditionnellement annuel, est ici retardé de 6 mois (un an et demi s’est écoulé depuis la sortie de l’iPhone 4) : on s’attendait donc naturellement à quelque chose de plus grand. De nombreuses améliorations matérielles du 4S étaient attendues et n’ont pas créé la surprise (processeur et puce graphique plus puissants, un appareil photo amélioré et plus véloce) même si elles ont sûrement demandé à Apple un effort significatif pour conserver l’autonomie en batterie de l’appareil.

D’autre part, des technologies que l’on peut considérer comme matures actuellement manquent cruellement à l’appel, et en particulier la communication sans contact (NFC). On sait qu’Apple a déposé beaucoup de brevets en ce sens, débauché des spécialistes français du domaine… Et on ne voit toujours rien venir. Or, cette technologie est très attendue car elle permettrait notamment de télécharger, gérer et utiliser des cartes bancaires, de transport et de fidélité directement via son iPhone. Dans l’univers Apple, le NFC prendrait une dimension toute particulière : avec les millions d’utilisateurs enregistrés dans l’AppStore, on imagine sans peine la vitesse à laquelle cette technologie et les nouveaux usages associés pourraient se répandre, facilitant ainsi la vie de nombreux utilisateurs fidèles à la marque tout en apportant un business juteux à Apple…
On peut dire aussi
qu’un écran tactile plus grand était attendu, voire même de nouvelles entrées tactiles à différents endroits du téléphone permettant d’effectuer des manipulations plus complexes. Voilà de quoi frustrer les technophiles les plus accros à la pomme.

Une consolidation, pas une révolution

En conclusion, l’iPhone 4S est plus pour Apple une consolidation qu’une révolution. On a connu par le passé « une course à l’armement » plus véloce, nous sommes ici dans une stratégie plus business que dans la volonté de créer un nouveau produit révolutionnaire. En mettant à jour ses tarifs, Apple propose ainsi une gamme complète capable de rivaliser face à la forte croissance d’Android. L’iPhone 3GS pourra désormais être offert par les opérateurs mobiles (avec un abonnement bien sûr), tandis que l’iPhone 4 (99$) et l’iPhone 4S permettent respectivement de remplir le milieu et le haut de gamme. Une stratégie qui devrait être payante et permettre l’adoption par tous d’un produit de la marque désormais la plus valorisée au monde.

Pour contraster ce lancement en demi-teinte que représente l’iPhone 4S, Il faut tout de même rappeler qu’Apple a beaucoup misé sur le logiciel cette année : Mac OS X Lion, iOS 5, iCloud qui promet d’être une belle réussite et sur lequel Apple s’execute avec pragmatisme et efficacité. Peut-être est-ce cela la vraie révolution de cet automne ?

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