Faut-il gouverner Internet ? (et si oui, comment ?)

Le 10 mars 2014, le premier Forum sur la Gouvernance de l'Internet est organisé en France. Alors que pour beaucoup, la notion même d'une gouvernance pour le Web est saugrenue, il est urgent d'en parler.

Un forum qui ne sert à rien, sauf à discuter. Est-ce vraiment le bon endroit, la bonne méthode, pour décider de la façon dont l'Internet doit être gouverné ?
En 2006, les États membres des Nations Unies ont répondu oui aux deux questions. Après avoir organisé un Sommet Mondial sur la Société de l'Information (SMSI), cette communauté très politique a créée le Forum sur la Gouvernance de l'Internet, ou FGI.
Car il lui fallait pouvoir discuter plus librement, en s'ouvrant à d'autres, et sans obligation de résultat. Les processus traditionnels des Nations Unies sont rigides au point d'empêcher toute discussion réelle, tout échange d'idée concrète. Chaque mot, chaque virgule d'une déclaration officielle ou même d'un compte-rendu de réunion doit être pesé, analysé, et faire l'objet d'un consensus général. Une formidable machine à avaler les bonnes volontés et les énergies constructrices qui, de plus, est fermée à tous ceux qui ne sont pas de ce monde.

Redistribution des cartes 

Tout le contraire d'Internet. Le réseau est construit sur la liberté, l'innovation, la décentralisation, l'absence de régulation à priori, le mouvement rapide et l'autorégulation.
C'est un peu le comble de la démocratie citoyenne. Sur Internet, petits et grands, minces et gros, intelligents et bêtes, nantis et démunis… tous se croisent, se mélangent et retrouvent une égalité de chances. Car derrière un écran, on ne peut être jugé par sa couleur, sa classe sociale, son pays d'origine ou même sa religion.
C'est bien, lorsque cela permet de donner des occasions de travailler, communiquer, s'instruire, de se sentir moins seuls ou plus aidés, de s'échapper de la dictature ou de la censure…
C'est moins bien, lorsque ça permet d'arnaquer, d'abuser, de contourner les lois nationales en profitant de l'aspect transfrontalier du Web, de diffuser des messages de haine ou des contenus illicites, de voler ou d'insulter, d'espionner à petite ou grande échelle…

Quelle gouvernance, et de quoi ?

Internet est allé très vite. Les gouvernements beaucoup moins. Aujourd'hui, le choc des cultures est réel. Il s'est même accentué avec des histoires récentes comme les tweets antisémites ou de la cybersurveillance. C'est décidé, les gouvernements veulent pouvoir gouverner Internet !

Mais quoi réguler ?

Le système lui-même, c'est à dire exercer une gouvernance DE l'Internet ? Ou l'utilisation qui est faite du système, c'est à dire une gouvernance SUR l'Internet ? Et y a-t-il un vrai problème, sachant qu'à l'heure actuelle, la gouvernance de l'Internet repose sur un modèle multi-acteurs ou la plupart de ceux qui veulent avoir voix au chapitre (les gouvernements, mais aussi les communautés techniques, la société civile, les acteurs privés…) le peuvent ?

Sauvegarder "notre" Internet !

A ces questions, il est devenu primordial de répondre. Pour éviter qu'à l'avenir, l'Internet ne soit plus le formidable outil d'émancipation de l'espèce humaine qu'il a été jusqu'à présent. Parce qu'il aura été bridé dans ses usages, ou abîmé techniquement.
L'initiative FGI, c'est pour ça. Permettre d'en discuter, entre experts et béotiens de toutes horizons, sans contraintes, sans obligations, sans préjugés. C'est pour ça que la date du 10 mars prochain est importante. Pour que ces discussions puissent aussi avoir lieu en France.
Le FGI France sera organisé au Conseil économique, social et environnemental (CESE) à Paris. Il est à l'initiative d'un groupe d'acteurs français s'intéressant au sujet de la gouvernance de l'Internet. Le programme de la journée est actuellement en cours de réalisation. A ce sujet, une plateforme a été mise en place pour permettre à tous de proposer des sujets pour les ateliers du FGI France.
Le comité d'organisation du FGI France, dont je fais partie, a également ouvert une page Facebook et une page Google + pour permettre la diffusion d'informations sur la façon dont va se dérouler cette journée. Par ailleurs, un compte Twitter (@FGIFrance) est utilisé pour assurer une communication plus dynamique et instantanée.
Le FGI France sera ouvert à tous, et gratuit. Il vise à renforcer la connaissance de tous sur les questions de gouvernance de l'Internet, et favoriser la participation dans ces discussions. Il ambitionne également d'aider à une meilleure interaction entre les acteurs publics et privés français autour de ces sujets. Enfin, il vise à renforcer la présence de français dans les discussions internationales autour de la gouvernance de l'Internet.

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