En quoi la finance participative tend à fluidifier l’économie ?

Une entreprise qui réussit, un gros mot pour certains, un tabou pour d’autres. Encourageons-nous les entrepreneurs en France ? Valorisons-nous assez les entreprises qui réussissent ? Avons-nous la culture des affaires et du leadership ?

Un chef d’entreprise est parfois seul, souvent confronté à ses doutes, à ses responsabilités, à ses décisions et pourtant l’entreprise forme une équipe, chacun doit se sentir entrepreneur.
La prise de risque doit être davantage valorisée
Le débat en toile de fond est la prise de risque. Qu’est-ce qui anime la prise de risque d’un entrepreneur ? Bien que calculé, pourquoi se lancer avec tant d’incertitudes en créant une société, un marché, un produit ? Le risque fait partie de la vie, « si vous pensez que l’aventure est dangereuse, essayez la routine… Elle est mortelle ! »Alors oui les entrepreneurs prennent des risques et sortent de leur zone de confort, animés par l’envie de faire bouger les lignes. Mais ils ne peuvent pas réussir seuls. Salariés, partenaires, fournisseurs, clients et investisseurs doivent les accompagner dans cette aventure. La finance participative est un excellent vecteur de confiance et de soutien, c’est un maillon essentiel à la réussite des entreprises.
Les PME pas assez soutenues  
La finance participative soutient les entreprises. Lesquelles ? Start-up, TPE, PME, ETI. En France, il est d’ailleurs constaté que les PME (10-249 salariés) sont au cœur d’un ventre mou. Elles sont souvent délaissées au détriment des start-up qui ont l’image de la jeunesse, du dynamisme, de l’aventure et qui attirent des fonds publics ou privés de plus en plus nombreux. L’anonymat des PME se fait aussi au détriment des ETI et des grandes entreprises qui ont l’avantage de la taille, de l’accès aux marchés financiers, du soutien des institutions bancaires qui se plient en quatre pour les financer. Or les PME sont toutes aussi innovantes, compétentes, en quête de développement, mais pas toujours valorisées ou accompagnées, souvent trop petites notamment par rapport à leurs voisines allemandes. Pourtant les PME en France représentent une part importante des emplois et de la valeur ajoutée du pays. Il est nécessaire de soutenir les PME pour leur donner les moyens de se confronter à leurs concurrents internationaux. Serait-ce un problème de confiance, de demande, d’investissement ou de profondeur des sources de financement ? Un mélange de tous cela sans doute.
Des crédits bancaires mal distribués
Pour bien comprendre la situation des petites entreprises en France, soit vous êtes une start-up et les business angels et autres fonds misent sur vous par une entrée au capital. Soit vous êtes une TPE ou PME, classique, familiale, mature mais n’avez d’autres alternatives que le crédit bancaire. Parlons-en de ce fameux crédit. Credit crunch, mythe ou réalité ?
D’après la Banque de France, 22% des PME se sont vues refuser un crédit de trésorerie en 2015. Ce taux monte même à 37% pour les TPE (0-9 salariés).Faite l’exercice de vous présenter en tant que chef d’entreprise dans une agence bancaire en disant que votre société de service n’a pas de machines ou de biens immobiliers, uniquement des ordinateurs et des ressources humaines. Vous souhaitez embaucher et avez besoin de 50.000 euros pour payer les premiers mois de salaires de quelques nouvelles recrues, le temps de les former. Il est fort probable que le banquier vous demande une caution personnelle, des garanties, la somme équivalente bloquée sur un compte etc. Et vous ne pouvez pas attendre que la banque vous dise ni oui ni non, ou qu’elle vous revienne dans plusieurs semaines, vous avez un marché à conquérir et vite. Le financement participatif répond à ce type de besoin. Rapidité, efficacité, souplesse et compréhension des besoins.
Le financement participatif comme complément aux banques
Il existe tellement de formes de finance participative que beaucoup s’y perdent. Rapide tour d’horizon. Il existe trois principales formes de financement participatif d’entreprise :
  • Le crowdlending (Lendix, Unilend, Credit.fr…) propose des financements sous forme de prêts. Il finance le bas de bilan et se différence par sa rapidité d’exécution, sans cautions ni garanties, sur des montants plus ou moins importants.
  • Le crowdbonding ou crowdfunding obligataire (Investbook, Clubfunding…) propose des financements sous forme d’émission d’obligations. Il finance le milieu de bilan et répond aux besoins généraux d’une entreprise, sans cautions ni garanties, il répond facilement aux besoins de financement immatériels (R&D, recrutements, BFR, communication). 
  • Le crowdequity (Wiseed, Anaxago…) propose des financements sous forme d’émission d’actions. Il finance les fonds propres du haut de bilan, souvent pour des entreprises en amorçage ou en phase de développement.

Quelques soient les besoins, le trio gagnant d’une entreprise financée sainement s’articule autour du crédit, des obligations et des fonds propres. Ce n’est pas par hasard que les grands groupes diversifient au maximum leurs bases de financement : sources bancaires multiples, marché obligataire, émission d’actions.

Les entreprises évoluent, leur mode de financement aussi
Mais beaucoup se disent qu’une entreprise qui fait une campagne de financement participatif est une entreprise qui n’est pas éligible aux crédits bancaires. C’est faux. La finance participative est un complément, une diversification des sources de financement, et elle répond à un vide délaissé par les banques. Celles-ci ne financent pas ou que très rarement le BFR, l’immatériel et autres actifs non nantissables.
Il est important de comprendre la nouvelle économie depuis de nombreuses années déjà. Le temps où les entreprises étaient majoritairement industrielles, sollicitant leur banque pour l’acquisition d’une machine est désormais révolu. Les actifs incorporels grandissent, c’est la digitalisation de l’économie.

L’emploi au cœur du développement des entreprises
Les entreprises du 21ème siècle sont pour beaucoup des sociétés de service et le développement de leurs applications n’a pas de limites. Qu’est-ce que le développement ? Développement d’un service, d’un logiciel, d’un concept, d’un marché. Mais que veut dire financer le développement ? C’est financer l’embauche d’un ingénieur qui développera un logiciel, d’un commercial qui développera un marché, ou d’un chef de projet qui monétisera un concept.

Et nous arrivons ici à un point clé, le développement des entreprises n’est rien d’autre que de l’emploi. Toutes les start-up vous le diront, les PME aussi, le financement recherché sert en très grande partie à payer des salaires. C’est le financement de la croissance. Et que veut dire financer la croissance ? Croissance externe pour l’achat d’une autre entreprise ou croissance interne pour assurer l’augmentation du BFR. Le financement du BFR est une des grandes problématiques en France. Les banques n’ont pas vocation à financer ce poste du bilan. Pourquoi ? Encore une fois, aucun actif matériel à se mettre sous la dent. Si une entreprise connait une croissance de ses commandes, il faut pouvoir y répondre. Soit pour les sociétés industrielles en achetant de nouvelles machines ou en sollicitant davantage ses fournisseurs, dans ce cas les banques savent y répondre sans prendre trop de risques (crédit-bail, affacturage…). Soit pour les sociétés de service en embauchant des salariés supplémentaires, et c’est là que ça bloque. La finance participative répond parfaitement à cette situation.

Le comportement des investisseurs français en pleine mutation
Un million de français ont déjà investi sur une plateforme de crowdfunding. Le pays se porterait-il mieux si ce chiffre atteignait dix millions ? J’affirme sans aucun doute que oui.

La finance participative permet à davantage d’entreprises de se financer rapidement, de mieux se financer, de financer surtout les TPE et PME, cela entraine plus d’embauches, plus de demande et donc plus de croissance.


Dans le même temps, la permet aux épargnants de percevoir 6 à 10% d’intérêts par an, intérêts payés régulièrement, cela entraine plus de pouvoir d’achat, plus de demande et donc plus de croissance. C’est un cercle vertueux.

L’équation est simple, probablement simpliste me diront certains, encore faut-il que les équations économiques complexes apportent un jour des réponses efficaces.

Certains politiques le crient haut et fort d’ailleurs, l’épargne des français doit être mieux utilisée en étant mieux orientée vers les entreprises, c’est le maillon manquant d’une économie fluide. Le décret d’octobre 2014 sur le financement participatif en est le parfait symbole, il a mis fin à un monopole historique fort, le monopole bancaire. Les français peuvent enfin prêter de l’argent et percevoir des intérêts.


Est-ce à nous de faire le travail des banques ? Est-ce à nous de prendre des risques ? Nous sommes une force supplémentaire et complémentaire, et il est rationnel de diversifier ses placements financiers en quête de rendements. Dans un monde de plus en plus désintermédié, l’accès direct à l’investissement est la clé d’une économie fluide qui tend à optimiser la circulation et l’utilisation de l’épargne. La finance participative n’est que la suite logique d’un monde où les acteurs économiques veulent aller au plus vite, alliant simplicité et efficacité.

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