François Chopard (Starburst Accelerator) "Starburst a incubé 15 start-up IoT qui collaborent avec des géants de l'aéronautique"

Le président du plus gros incubateur de jeunes pousses de l'aéronautique du monde présente au JDN les solutions qu'apportent ses pépites IoT à ses 31 partenaires, dont Airbus, Thales ou Safran.

JDN. Votre accélérateur de start-up dédié à l'aéronautique Starburst Accelerator incube-t-il des jeunes pousses du monde de l'Internet des objets ?

François Chopard, président de Starburst Accelerator © Magali Bragard

François Chopard. Absolument. Environ 10% des 30 à 40 entreprises que nous sélectionnons chaque année développent des technologies IoT. Pour être précis, nous en avons incubé 15 depuis le démarrage de l'aventure Starburst en 2014, sur 160 entreprises hébergées au total.

 

Le monde des start-up IoT est foisonnant. Comment choisissez-vous les plus prometteuses ? 

Airbus group, Thales, Safran, GE Aviation, Aéroports de Paris ou encore Air France font partie des 31 partenaires de l'accélérateur. Ils nous détaillent les problématiques métiers auxquelles ils font face et nous sourçons des pépites qui pourraient correspondre à leurs besoins.

Une fois par mois, une journée de pitch est organisée avec 10 start-up. Nous en sélectionnons trois ou quatre qui apportent à ces grands groupes des solutions concrètes. Elles sont incubées en moyenne pendant deux ans, un minimum dans le monde du hardware où les projets mettent plus de temps à éclore que dans le software. Leur objectif est de séduire les investisseurs pour lever des sommes de 5 millions de dollars en moyenne. En 2017, le Starburst Accelerator commencera lui-même à investir entre 3 et 5 millions de dollars par an dans les jeunes pousses incubées qui ont le plus de potentiel. Nous envisageons une dizaine de placements par an.

 

A quelles problématiques répondent les start-up IoT que vous avez choisi d'incuber ?

Depuis le début des années 2010, le squelette des avions est de plus en plus souvent fabriqué à partir de matériaux composites, plus légers que les alliages utilisés traditionnellement dans le secteur aéronautique, comme l'acier ou l'aluminium. La structure principale de l'A350 XWB d'Airbus est par exemple composée à 53% d'un assemblage de fibres de verre, de carbone, de résine plastique et de mousse.

"Les start-up du Starburst Accelerator sont incubées en moyenne pendant deux ans, un minimum dans le monde du hardware où les projets mettent plus de temps à éclore que dans le software"

Ces différents éléments ne vieillissent pas tous à la même vitesse, contrairement aux métaux qui étaient employés avant. Les constructeurs aéronautiques ne savent pas encore comment chaque couche réagira au frottement de l'air et aux fortes variations de température sur plusieurs dizaines d'années, car les matériaux composites n'ont pas été adoptés depuis suffisamment longtemps. Ils ont donc besoin de surveiller de près leur vieillissement.

Pour répondre à cette problématique, nous avons sélectionné la jeune pousse Inductosense, une spin-off de l'Université de Bristol créée en 2015 et basée à Toulouse. Elle développe des capteurs qui s'intègrent aux différentes couches de matériaux composites pour en surveiller l'usure.

 

Les géants de l'aéronautique utilisent des capteurs de pression et de température pour surveiller la structure de leurs appareils en vol depuis les années 80. En quoi la technologie proposée par Inductosense est-elle innovante ?

Les constructeurs placent depuis des années une centaine de capteurs sur le corps et les ailes de l'avion pendant les essais en vol. Mais ces équipements encombrants et lourds sont décrochés des appareils avant leur commercialisation. Ces gros capteurs ne sont pas aérodynamiques, ils génèrent de la résistance en vol et donc une augmentation importante de la consommation de carburant.

Des start-up comme Inductosense ont développé des capteurs plus petits, qui peuvent être directement intégrés à la structure du "coucou". Ils ont une batterie suffisamment costaud pour tenir le coup pendant toute la durée de vie d'un avion sans avoir besoin d'être rechargés.

 

A quelles autres problématiques du secteur aéronautique répondent les start-up IoT que vous avez sélectionnées ?

"En 2017, Starburst commencera à investir entre 3 et 5 millions de dollars par an dans les jeunes pousses incubées qui ont le plus de potentiel"

Les constructeurs établissent un calendrier de maintenance pour chaque pièce de leur appareil, en fonction de données historiques récoltées sur d'autres avions. Des jeunes pousses comme MAINtag ou Visifab ont développé des tags RFID qui contiennent des capteurs miniatures de température, d'humidité ou de vibration, ainsi que la date de production de la pièce, son numéro de série…

Un appareil qui vole dans le désert du Sahara par 40°C et un autre en Islande par -10°C n'ont pas besoin des mêmes opérations de maintenance aux mêmes moments. Grâce aux données récoltées directement sur les appareils, les entreprises peuvent affiner leur calendrier d'entretien et même programmer des opérations de maintenance prédictives, avant que leur avion ne tombe en panne.

 

Les technologies IoT de certaines start-up peuvent-elles aider le personnel de bord des avions à être plus efficace ?

Ces mêmes tags RFID peuvent être fixés sur les gilets de sauvetage qui sont placés sous chaque siège passager dans un avion. L'équipage doit régulièrement s'assurer qu'ils sont bien tous à leur place. Ces opérations de contrôle sont réalisées à la main, ce qui peut prendre jusqu'à une heure dans un appareil de grande taille. Avec ce système, il suffit à un membre du personnel navigant de passer dans le couloir central de l'appareil avec un lecteur de puce pour vérifier que toutes les bouées sont bien à leur place. Durée de l'opération : moins de 5 minutes.

L'IoT pourrait également transformer la vie des pilotes. La start-up Suricog a développé un système "d'eye tracking". Grâce à une série de capteurs placés sur des lunettes, la solution analyse le mouvement des yeux du pilote et les zones précises qu'il regarde dans le cockpit. Grâce à ces données, Suricog est capable de savoir quand le pilote ne respecte pas les procédures prévues et de l'alerter.

 

 

Thales / Incubateur

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