Sept pièges à éviter pour réussir le design de son objet connecté

Pour collaborer efficacement avec une équipe de designers, les entreprises IoT doivent avoir longuement réfléchi à leur UX mais ne pas être encore fixées sur les composants électroniques qu'elles veulent intégrer à leur appareil.

Pour percer sur un marché où la concurrence fait rage, les objets connectés doivent susciter le désir du consommateur, immédiatement. Le design est donc une étape clef pour les start-up et les grands groupes qui se lancent dans le secteur. Voici les sept pièges que les débutants doivent à tout prix éviter pour réussir la conception de leur appareil intelligent.

1. Designer un produit avant d'avoir murement réfléchi à son UX

L'expérience utilisateur qu'une entreprise IoT veut offrir à ses clients avec son produit doit avoir été pensée en amont de la phase de design. Toute la conception de l'objet connecté répond à cette UX. Il est essentiel que l'équipe ait testé ses idées d'usages, vérifié qu'elles correspondent bien à un besoin de leur cible. "Avant de commencer avec nous les premiers dessins de leur robot assistant Buddy, qui épaule les personnes âgées sur leur lieu de vie au quotidien, la start-up Blue Frog Robotics avait commencé à sonder un panel de clients potentiels dans plusieurs maisons de retraite", illustre Nicolas Marquis, co-directeur de l'agence Ova Design qui a dessiné le droïde.

Le choix des matériaux dépend étroitement de l'expérience utilisateur, pour un objet tactile par exemple, il vaut mieux écarter les surfaces en verre pour qu'il ne soit pas constellé de traces de doigts. © Joshfire

La forme du produit, la présence ou pas d'un écran répondent aussi à cette base que constitue l'expérience utilisateur. "Si l'on veut concevoir un objet tactile par exemple, il vaut mieux écarter les surfaces en verre pour qu'il ne soit pas en permanence constellé de traces de doigts. Des UX vocales ou basées sur de la détection de mouvements pourront par contre être matérialisées par un miroir intelligent", pointe Séverine Dumont, directrice générale de l'agence de design Joshfire.

Elle poursuit : "Le choix des matériaux dépend également de l'expérience utilisateur. Si l'objet est un bracelet connecté sportif destiné aux cyclistes mais aussi aux nageurs, il faudra penser à l'étanchéité des matériaux. Cela parait évident, mais de nombreuses entreprises prennent en compte ces problématiques très tard dans la conception de leur appareil. Elles perdent du temps et de l'argent."

2. Prévoir un délai trop court pour la phase de conception

"Entre les premiers croquis et le produit fini prêt à l'industrialisation, il faut compter six mois. Ce délai surprend souvent les start-up qui se lancent pour la première fois dans la conception d'un produit physique", avertit Séverine Dumont.

Cette durée peut même être plus longue si le design n'est pas impeccable du premier coup. "Dans ces cas-là, il vaut mieux décaler la roadmap et sortir son objet connecté plus tard que prévu. La sortie d'un produit est un fusil à un seul coup pour les jeunes pousses : si elle se solde par un échec, l'entreprise coule. Il ne faut donc rien laisser au hasard", affirme Pierre Garner, co-fondateur de l'agence Eliumstudio. Cette structure a conçu le réveil connecté pour enfant de la pépite tricolore Remi. L'entreprise pensait au départ commercialiser son appareil en octobre 2016 et a préféré retarder sa sortie de quelques mois pour retravailler sur le design de la coque extérieure en élastomère, qui n'était pas suffisamment qualitative. Remi a finalement opté pour un boitier en plastique souple peint.

3. Commencer à dessiner après avoir conçu l'électronique de son produit

Les designers dessinent avec une grande liberté lorsque les ingénieurs n'ont pas encore conçu l'électronique de leur objet connecté. Ici un accessoire pour l'Oculus Rift. © Joshfire

Le fabricant IoT Withings, qui travaille depuis 2009 avec Eliumstudio, consulte l'agence de design avant même d'avoir mis ses équipes techniques au courant d'un nouveau projet. "Nous pouvons dessiner avec une grande liberté sans être freinés par des briques techniques. Une fois que le design initial a été pensé, la R&D de Withings commence à plancher sur l'électronique. Cela évite aux ingénieurs de travailler avant la phase de conception du produit et de rependre tout à zéro après, pour intégrer des contraintes qu'ils n'avaient pas anticipées. Ils gagnent du temps", raconte Pierre Garner.

Le dialogue entre l'équipe technique et le designer est essentiel. "Certains capteurs ou certaines batteries sont de grande taille, c'est une contrainte qu'il faut pouvoir intégrer à l'objet connecté sans casser son ergonomie", indique la dirigeante de Joshfire. Lorsque cela ne fait pas décoller le prix du produit final, opter pour des composants miniaturisés peut être une solution.

4. Faire exploser le coût unitaire de son objet connecté

Au début d'un projet IoT, lorsque les entreprises testent sur un panel de consommateurs leur idée de produit, elles peuvent demander à leurs clients potentiels le prix qu'ils seraient prêts à le payer. La société doit avoir calculé le coût de revient maximum de son objet connecté à partir de ce prix avant de se lancer dans la phase design. Les objets connectés sont déjà des biens coûteux au départ à cause de leur composante électronique. "Il ne faut pas en plus faire grimper la facture en choisissant des matériaux trop chers ou dessiner un appareil composé de nombreuses pièces, pour lesquelles il faudra concevoir de dispendieux moules pour l'industrialisation", conseille Séverine Dumont. La balance connectée que Withings a sortie en 2009 devait être en verre avec des bordures arrondies. "In fine, nous avons opté pour un design plat car le travail nécessaire pour rendre le verre convexe faisait exploser le prix du produit", illustre Pierre Garner, d'Eliumstudio.

5. Ne pas réfléchir à l'interface utilisateur de son appareil

Le fabricant IoT Withings, qui travaille depuis 2009 avec Eliumstudio, consulte l'agence de design avant même d'avoir mis ses équipes techniques au courant d'un nouveau projet

L'interface utilisateur d'un objet connecté est centrale. "Lorsque nous démarrons un nouveau projet, la question de l'écran arrive rapidement sur le tapis. Il peut être intégré directement au produit ou déporté sur le smartphone, qui pilotera alors l'appareil via une application dédiée. Nous optons de plus en plus souvent pour cette deuxième solution", précise la patronne de Joshfire. L'outil peut aussi être utilisé sans écran grâce à la voix, à la gestuelle ou à de simples boutons.

Lorsque l'objet connecté fonctionne avec une app, il faut réfléchir aux fonctions qui seront directement intégrées à l'appareil et à celle qui ne seront accessibles que depuis le smartphone, car cela a une incidence forte sur l'expérience utilisateur. Le graphisme et les couleurs utilisées pour le produit doivent par ailleurs être cohérents avec ceux de l'application.

6. Imaginer un packaging produit au rabais

Les entreprises qui ont fait exploser le coût de revient de leur objet connecté rognent sur les dépenses de packaging. "La boite qui contient le produit est souvent l'élément auquel les équipes pensent en dernier, toutes absorbées qu'elles sont pas le cœur de leur projet, l'appareil en lui-même. C'est pourtant à travers ce paquet que le client potentiel a un premier contact avec le produit. Il faut donc fignoler cet emballage, qui doit être facile à décrypter pour le consommateur", souligne le co-fondateur d'Eliumstudio.

7. Oublier les droits d'auteur du designer

Recourir aux services d'un designer pour dessiner son appareil intelligent a un coût, qui varie fortement d'un cabinet à l'autre en fonction de la popularité de sa signature et du travail plus ou moins innovant qu'il mène sur l'objet. En plus du tarif au forfait négocié avec l'agence, l'entreprise cliente doit prévoir entre 5 000 et 15 000 euros pour racheter les droits d'auteurs du designer sur le produit. "Ils peuvent sinon payer des royalties sur chaque objet connecté vendu, mais lorsque notre client est une start-up, nous choisissons rarement cette option car elle ne plaît pas à leurs investisseurs, qui préfèrent voir dans le business plan de leurs poulains des frais fixes plutôt que des dépenses variables", explique Pierre Garner, d'Eliumstudio.

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