Sheila Dahlgren (Adobe Scene7) "Le m-commerce a besoin du rich media pour décoller"

Si le m-commerce reste encore marginal en Europe et aux Etats-Unis, la vice présidente marketing d'Adobe Scene7 lui prédit un bel avenir grâce au rich media, utilisé non dans des applications, mais sur des sites Internet mobile.

JDN. Adobe vient de publier une étude sur la conception du canal mobile par les commerçants. Quelles en sont les principales conclusions ? 

Sheila Dahlgren. Nous avons interrogé plus de 400 entreprises pour connaître leur approche du mobile et leur stratégie sur ce canal. Il en ressort que peu d'entre elles, environ 20 %, disposent déjà d'une stratégie définie au travers d'un site mobile ou d'une application, mais qu'elles sont nombreuses à travailler actuellement dessus. En fait, toutes celles qui n'on ni site ni application mobile prévoient de s'en doter dans un futur proche. 80 % des détaillants que nous avons interrogés prévoient notamment d'ouvrir un site mobile, plutôt qu'une application. Cela montre clairement un intérêt des entreprises pour le m-commerce. Ce n'est certes qu'un début. Aux Etats-Unis, le m-commerce représente moins de 3 % de l'ensemble de la vente en ligne. En Europe, c'est moins de 1 %. 

 

Pourquoi le site mobile est-il préféré à l'application ? 

Si vous voulez acheter quelque chose sur votre mobile, la première chose que vous faites, ce n'est pas de rechercher une application à télécharger : vous ouvrez votre navigateur Internet et effectuez une recherche sur le produit que vous souhaitez acheter. Ne serait-ce que pour pouvoir comparer les prix entre différents marchands ou consulter des commentaires d'internautes. Vous ne pouvez pas le faire sur une application. La recherche ouverte ne peut se faire que dans un navigateur, pas dans une application. 

Si vous voulez vraiment une application, vous devez par ailleurs la développer pour chaque système d'exploitation. Cela représente beaucoup d'argent. En comparaison, créer un site Web optimisé pour l'ensemble des mobiles, ou au moins des smartphones, est beaucoup plus censé. Les applications sont adaptées pour des jeux ou de la musique, mais pas vraiment pour la vente en ligne. Bien sûr, certains grands noms du secteur disposent d'applications, comme eBay ou Amazon. Mais ce sont des exceptions. Chez combien de sites e-commerce seriez-vous capable d'acheter assez souvent pour vouloir télécharger leur application ? Il y en a en fait très peu. 

 

Les sites mobiles sont pourtant souvent considérés comme visuellement moins attrayants que les applications...

On a longtemps dit que les applications Internet mobile offraient une meilleure expérience utilisateur que les sites, mais cela est de moins en moins vrai. Il est aujourd'hui possible d'offrir une expérience très satisfaisante sur un site mobile, notamment en intégrant des galeries d'images, des fonctionnalités de zoom sur des images de produits ou de visualisation à 360 degrés. Le m-commerce a besoin du rich media pour décoller, quelle que soit la technologie utilisée. Les entreprises qui disposent déjà de fonctionnalités rich media sur leur site Web mobile affirment d'ailleurs qu'il s'agit du dispositif le plus efficace pour accroître leurs ventes sur ce canal. Une fois que ces dispositifs auront été bien intégrés, les taux de conversion sur les sites de m-commerce se rapprocheront de ceux de l'e-commerce. Ce qui est sûr, c'est que si l'utilisateur final est satisfait de son expérience d'achat, il reviendra. Le principal problème reste pour l'instant le taux de pénétration des smartphones. Mais je pense que les cybermarchands doivent dès aujourd'hui faire leurs premiers pas sur le mobile pour pouvoir mieux servir leurs consommateurs demain.

 

 

Diplômée de l'université de Berkeley (Californie), Sheila Dahlgren débute sa carrière en 1985 chez KPMG, avant d'intégrer en 1992 The Clorox Company (propriétaire notamment de la marque Brita) en tant que Marketing Manager. Elle intègre Scene7 en 1999 où elle occupe le poste de senior vice president marketing, poste qu'elle occupe toujours depuis le rachat en 2007 de Scene7 par Adobe.

Etats-Unis / Adobe