Les moteurs d'annonces immobilières prêts à se battre face à SeLoger

Assignés par SeLoger, les moteurs de petites annonces immobilières Comintoo, Yakaz et Gloobot préparent leur défense. L'affaire pourrait faire jurisprudence pour l'ensemble des moteurs de recherche verticaux.

Les moteurs de recherche spécialisés dans l'immobilier ne veulent pas se laisser faire. SeLoger, numéro un du secteur de la petite annonce immobilière a assigné trois de ces sites devant le Tribunal de commerce. Selon Jean-Fabrice Mathieu, directeur général du groupe qui s'exprimait mardi dans nos colonnes (lire son interview : "Nous allons acquérir plusieurs sites de niches concurrents", du 01/04/08), ces sites "polluent" l'activité de SeLoger en reprenant ses contenus. Ce qui constitue un manque à gagner pour le groupe qui assume l'"effort commercial et technique" permettant de constituer cette base de données réutilisée par des sites tiers. Il affirme avoir demandé à d'être déréférencé de ces sites, mais aucun n'aurait accédé à sa requête. Au final, SeLoger réclame donc 300.000 euros de dommages et intérêts à trois d'entre eux : Comintoo, Yakaz et Gloobot.


Pour Yakaz et Gloobot, cette assignation est une surprise. Les deux entreprises nient en effet avoir été mises au courant de l'intention de SeLoger d'être déréférencé. "Comme n'importe quel moteur de recherche nous permettons aux sites d'être désindexés. Nous l'avons déjà fait pour plusieurs, et nous l'aurions fait pour SeLoger s'il nous l'avait demandé. D'ailleurs, les annonces de SeLoger ne sont plus indexées chez nous depuis que nous avons pris connaissance de l'assignation", explique Gérald Poitevineau, directeur général de Gloobot.


Le fondateur de Yakaz, Fred Mahé dément quant à lui l'accusation. "En aucun cas l'annonce qui apparaît sur notre site ne suffit à un internaute car elle est incomplète. Nous apportons donc du trafic à ces sites. Par exemple, un critère parmi les plus importants est le contact du dépositaire, et pour le voir il faut aller sur le site d'origine. Ce n'est pas pour rien que renvoyons 100.000 visites par mois à SeLoger. Si cette audience provenait de Google, cela lui coûterait 15 à 20.000 euros par mois !" En réaction, Yakaz demande donc la condamnation reconventionnelle de SeLoger à des dommages et intérêts pour procédure abusive.


Comintoo s'attendait en revanche à cette assignation. "Nous savions que le contexte serait favorable à une plainte de ce type depuis février 2007, c'est à dire depuis le jour où nous avions présenté notre projet à SeLoger", se souvient Olivier Casado, son directeur commercial. En plus de vouloir devenir une porte d'entrée unique pour les internautes vers l'ensemble des annonces du secteur, Comintoo a pour objectif de concurrencer directement SeLoger. Ce qu'il fait directement depuis janvier dernier.


Moteurs de recherche verticaux : parasites ou apporteurs d'affaires ?

Comintoo vient en effet de lancer une plate-forme permettant aux agences de diffuser gratuitement leurs annonces sur le Web, ce que, selon Olivier Casado, SeLoger voit d'un mauvais œil. D'autant que Comintoo bénéficie du soutient de plusieurs réseaux d'agences immobilières présentes dans son capital, comme Impact Immo ou Connexion Immobilier. En trois mois, la société se targue d'avoir gagné 1.000 clients, sur les 26.000 agences qui existent en France. "Avant janvier, 500.000 annonces de SeLoger étaient indexées sur Comintoo, mais ce nombre a presque chuté par deux depuis, puisque ses clients agences nous les envoient directement, explique Bruno Waitzmann, directeur général de Comintoo. Et quand l'affaire se plaidera, c'est-à-dire dans un an et demi, nous n'aurons peut être plus besoin des annonces de SeLoger".


En attendant, la question reste en suspend : les moteurs de recherche verticaux sont-ils des parasites, gagnant de l'argent grâce aux efforts commerciaux des éditeurs de petites annonces, ou des apporteurs d'affaires, facilitant l'accès aux annonces dispersées sur Internet pour ses utilisateurs ? La question a déjà été posée en 2001 dans une affaire opposant le moteur keljob et l'éditeur Cadremploi. A l'époque, le Tribunal de grande instance de Paris avaient conclu à la contrefaçon, en défaveur de Keljob.


Selon le jugement, l'exploitation de la marque Cadremploi par Keljob était effectuée à des fins commerciales, puisque le moteur de recherche se rémunérait grâce à la publicité. Mais, le jugement avait été cassé en appel. La cour avait alors considéré qu'aucune offre d'emploi complète n'étant diffusée, la consultation du site d'origine était nécessaire, et que Keljob ne concurrençait donc pas directement Cadremploi. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts, mais la décision du tribunal pourrait faire jurisprudence pour l'ensemble des moteurs de recherche verticaux, qu'il s'agisse de petites annonces, d'information, ou de quoi que se soit.

Petites annonces / Seloger