Revivez les débuts de Yahoo, Paypal, Craigslist et Apple Apple : Steve Wozniak, co-fondateur (1/2)

J. Livingston : Racontez-moi l'époque qui a précédé le démarrage d'Apple.

S. Wozniak : Au lycée, je me savais déjà capable de concevoir des ordinateurs possédant deux fois moins de puces que ceux du commerce. J'étais un autodidacte, ce qui m'a obligé à savoir résoudre toutes sortes de difficultés. Quand vous êtes bon dans un domaine, vous cherchez toujours à vous améliorer dans ce domaine, non ? Dans mon cas, cela consistait à fabriquer des machines avec un minimum de pièces grâce à toutes sortes d'astuces. C'est pourquoi j'accorde de la valeur à tout produit qui possède très peu de pièces. Cela a un double intérêt. Une start-up ou un particulier n'a pas beaucoup d'argent, moins ils ont de pièces à acheter, mieux c'est. De plus, en concevant un appareil avec très peu de pièces, tout est si net et organisé qu'il est plus facile de le connaître et d'éviter les bugs. On vit et dort avec chaque petit détail du produit dans un coin de la tête. Les dernières années précédant Apple, je concevais des calculatrices scientifiques chez Hewlett-Packard. C'était une grande chance de pouvoir travailler sur le produit phare du moment. [...]

 

C'est Steve qui a trouvé le nom Apple Computer

 

J. Livingston : Comment avez-vous connu Steve ?

S. Wozniak : J'avais parlé à un ami de quartier, Bill Fernandez, de l'ordinateur qui ressemblait à l'Altair et que j'avais construit cinq ans auparavant, le Cream Soda Computer. Nous nous étions mis d'accord pour le souder dans son garage. Nous y avons passé deux semaines pendant lesquelles nous faisions un saut à bicyclette de temps à autre, pour aller acheter du cream soda5, d'où le nom Cream Soda Computer. Bill est venu au lycée et m'a dit : "Il y a un garçon au lycée Homestead High School, plus jeune que toi, qui s'intéresse aussi à l'électronique, aux canulars et à ce genre de choses, tu devrais vraiment le rencontrer ". Il pensait que nous avions des points communs. Ce dont je me souviens, c'est que Steve est venu immédiatement sur le pas de sa porte et nous avons entamé une discussion sur le trottoir. Nous avons commencé par comparer nos canulars avant de parler d'électronique et de puces. Nous avions tous les deux une expérience similaire et donc beaucoup à échanger. Par la suite, nous sommes restés les meilleurs amis du monde pendant très longtemps. Il n'y avait pas beaucoup de gens aussi jeunes qui s'y connaissaient en technologie !

 

Steve et moi avions des personnalités similaires et je suis le genre de personne qui s'entend avec tous ceux qui s'intéressent à la technologie. De plus, nous avions aussi les mêmes goûts musicaux. À l'époque, nous étions fortement influencés par des chansons évoquant le quotidien, le sens de la vie, ce qui allait et ce qui n'allait pas... Nous préférions le répertoire de Bob Dylan à la musique populaire. Nous allions à des concerts. Je partais à Berkeley en semaine mais je revenais pour le week-end et nous nous retrouvions alors pour manger une pizza ou autre.

 

J. Livingston : Comment vous est venu le nom Apple ?

S. Wozniak : C'est Steve qui l'a trouvé. Je me le rappelle bien. Un jour, je suis allé le chercher à l'aéroport de San Francisco, nous roulions le long de la baie sur la 101 puis sur la 85 et c'est là qu'il m'a dit : "Tiens, j'ai pensé à un nom pour la société : Apple Computer". Nous cherchions des appellations à consonance technique qui fassent un peu sérieux, mais aucun ne pouvait être meilleur qu'"Apple". J'ai répondu : "Oui, ça me plaît bien" [...]

Ainsi avons-nous décidé de conserver Apple Computer. À l'époque, le commerce des micro-ordinateurs n'était pas rentable et les grandes sociétés qui avaient de l'expérience, les investisseurs et les analystes, c'est-à-dire tous ceux qui avaient l'habitude des affaires et qui étaient plus malins que nous, ne pensaient pas que le marché deviendrait si important. Ils pensaient que cela ne dépasserait pas le stade du passe-temps, comme les robots domestiques ou les radios amateurs, que cela resterait confiné au milieu des "accros" de la technologie sans atteindre vraiment le grand public. Au Homebrew Computer Club, nous avions pressenti que l'ordinateur finirait par pénétrer chaque foyer, mais pour de mauvaises raisons. Nous pensions que tout le monde avait suffisamment de notions techniques pour être capable de l'utiliser, d'écrire ses programmes et de résoudre ainsi ses problèmes. Même quand nous avons démarré Apple, nous avions des idées préconçues et n'imaginions pas dans quelle direction se développerait le marché. Nous n'avons pas prévu le tableur VisiCalc.

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