Xavier Lorphelin (Serena Capital) "Raboter l'ISF PME pourrait amputer la collecte des FCPI de 75%"

Nouveau gouvernement, nouvelle fiscalité. Dans quelle mesure la future loi de finance affectera le métier et l'activité des investisseurs du web ?

JDN. Les entrepreneurs seront-ils les grands perdants du projet de loi de finance ?

Xavier Lorphelin. Le projet de loi de finance concerne les entrepreneurs du web au regard de la fiscalité des plus-values et du patrimoine. Leur appliquer une tranche d'imposition de 75% ne sera pas bénéfique à l'économie française. Certains ont déjà décidé de quitter la France. Mais je pense que le gouvernement est sensible à leur situation et il faut espérer qu'il mette en place une exception pour cette catégorie de la population, tout comme d'autres exceptions ont été mises en place.


Quels sont les principaux sujets d'inquiétude ?

"Si l'ISF PME passe de 50% à 25% la collecte pourrait diminuer de 50% à 75%"

Si la défiscalisation de l'ISF dans le cadre d'investissement dans des PME passe de 50% à 25% la collecte pourrait diminuer de 50% à 75%. La réalité est que les souscripteurs cherchent aujourd'hui avant tout un avantage fiscal et moins la performance des Fonds communs de placement dans l'innovation (FCPI) ou des Fonds d'investissement de proximité (FIP). Il va donc y avoir des conséquence chez les société de gestion de fonds FCPI/FIP, mais elles attendent de voir quel sera le contenu de cette loi avant de décider d'éventuels rapprochements.


Y aura-t-il aussi des conséquences pour les Fonds communs de placement à risque (FCPR) ?

Bien moins. Les banques se sont déjà presque toutes séparées de leurs activités de capital-risque, à cause de la légalisation européenne (Solvency 2 et Bâle 3, ndlr). Ce type d'activité comporte désormais trop de risques pour elles et elles ont ainsi décidé de se concentrer sur leur activité de prêt.


Les gestionnaires de FCPR n'ont-ils toutefois pas tendance à diversifier leurs sources de financement ?

Il est vrai que de nouvelles initiatives font surface. Certains fonds comme Partech International ont fait rentrer des industriels à leur capital mais le sujet de la défiscalisation de tels investissements sera certainement et malheureusement absent de la loi de finance 2013. Et réciproquement, certains industriels se lancent dans le capital-risque, comme la SNCF avec le fonds Ecomobilité Partenaires, Bouygues Télécom, SFR, Orange et Publicis ou encore la famille Dentressangle.


Comment les sociétés de gestion de fonds doivent-elles mener leur stratégie ?

"Les fonds ont intérêt à diversifier leurs véhicules d'investissements"

De manière générale, ils ont intérêt à diversifier leurs véhicules d'investissements à l'image d'Idinvest qui est historiquement spécialisé dans les FCPI et qui a récemment levé un FCPR. Ces derniers véhicules ont l'avantage de permettre aux fonds d'être plus flexibles tant sur leur période d'investissement qu'au regard du nombre de leurs souscripteurs. Les frais de gestion des FCPI et FIP sont par ailleurs plus élevés car nécessitent un backoffice plus performant, d'où leurs management fees plus élevés, au minimum de 3%. Ils sont généralement entre 2% et 3% pour les FCPR.


Diplômé de Polytechnique, des Ponts et Chaussés et de Stanford, Xavier Lorphelin a travaillé cinq ans dans la Silicon Valley chez Flextronics et JSource qu'il a cofondé en 1997. Il rejoint en 2002 la Société Générale Asset Management. Aujourd'hui associé chez Serena Capital, il est également enseignant à l'ESCP EAP.

Capital risque / ISF