Stéphane Allaire (Objenious) "Le roaming est la meilleure solution pour l'IoT à l'international"

Face à la complexité et au coût d'un déploiement des antennes LoRa à l'étranger, le PDG de la filiale de Bouygues Telecom dédiée à l'IoT préfère passer par des accords d'itinérance intégrés aux abonnements.

Stéphane Allaire, PDG d'Objenious. © Hervé Hauboldt

JDN. Objenious a annoncé en février que son réseau LoRa couvrirait d'ici fin 2016 l'ensemble de l'Hexagone. Allez-vous tenir cette promesse ?

Stéphane Allaire. Absolument. Nous posons en ce moment une centaine d'antennes chaque semaine. Nous en avons d'ores et déjà installé plus de mille. D'ici la fin de l'année, elles seront plus de 4 000 à mailler le territoire tricolore.

Pour démarrer le déploiement, nous avons attendu que la version deux de notre hardware soit prête. Elle permettra à nos clients de géolocaliser leurs objets connectés sans GPS. Désormais, toutes les mises à jour que nous devrons éventuellement faire seront logicielles. Il était inutile d'installer trop tôt un réseau qui n'était pas à 100% fonctionnel pour nos clients. Le marché de l'IoT est encore frémissant, notre clientèle commence tout juste à réaliser des tests sur le sujet. Nous n'avons pour l'instant raté aucun marché majeur.

 

Combien vous aura coûté ce déploiement ?

Plusieurs dizaines de millions d'euros, soit 10 fois moins que celui des antennes 4G en France.

 

Objenious aura déployé fin 2016 plus de 4 000 antennes LoRa en France. © Objenious

Ces antennes vous permettront de répondre à la demande de clients 100% français. Quid des grands groupes implantés à l'international, qui ont besoin d'envoyer les données de leurs objets connectés dans le monde entier ?

Nous négocions actuellement des accords de roaming avec des opérateurs IoT étrangers, qui ont aussi fait le choix de la technologie LoRa. 16 entreprises déploient en ce moment leurs antennes et 40 autres sont en phase de test.

Nous avons signé mi-mai notre premier accord d'itinérance avec l'opérateur américain Senet, un spécialiste des compteurs connectés qui a installé son réseau dans plusieurs villes américaines comme New York ou San Francisco. Ce sont des partenariats gagnant-gagnant, car Senet a pu annoncer de son côté couvrir le territoire français. C'est tout l'intérêt d'avoir choisi de faire partie de l'alliance LoRa : cela accélère les processus.

 

Mais avec votre réseau LoRa, vous visez le marché des capteurs à faibles coûts qui n'envoient que peu de données. Vous ne pouvez pas vous permettre de proposer un service de communication cher, car les marges sont trop faibles. Les frais de roaming ne vont-ils pas faire gonfler excessivement ces coûts ? Ne vaudrait-il pas mieux déployer directement vos antennes à l'étranger, comme a choisi de le faire Sigfox ?

Non. Déployer un réseau à l'étranger n'est pas une tâche facile. Il faut trouver des points hauts sur lesquels positionner les antennes, qui sont devenus une denrée rare et chère. En France, le problème ne se pose pas pour Objenious, car nous nous installons sur les 15 000 points hauts détenus par notre maison-mère Bouygues Telecom. Le déploiement d'un réseau ne représente qu'une petite partie des coûts. Il faut ensuite l'exploiter, réparer le matériel lorsqu'il tombe en panne, ce qui a un coût non négligeable.

"L'alliance LoRa compte dans ses rangs de très gros fabricants de matériel électronique comme Foxconn et Samsung"

L'itinérance est pour nous une meilleure solution pour faire communiquer des objets connectés à l'international. Cela ne coûte pas plus cher : nous proposerons, roaming inclus, des tarifs dans une fourchette de 1 euro par mois et par objet à 1 euro par an et par objet, en fonction du nombre d'appareils déployés et de la quantité de données qu'ils émettront. Lorsque nous signons un accord d'itinérance avec un opérateur étranger, un équilibre se crée, car nous transportons aussi ses données en France. Les prix sont donc compétitifs.

Par ailleurs, le coût d'un objet connecté n'est pas uniquement lié à la communication mais aussi à la fabrication de l'appareil en lui-même. C'est une des raisons pour laquelle nous avons choisi l'alliance LoRa. Nous avons dans nos rangs de très gros fabricants de matériel électronique et de très grands opérateurs, comme les chinois Foxconn et China Telecom, l'indien Tata Communications ainsi que le coréen Samsung. Ces quatre entreprises vont fabriquer et connecter massivement des objets intelligents LoRa, ce qui contribuera à faire baisser les coûts et à faire décoller le marché.

 

Comment fonctionnez-vous par rapport à votre maison-mère, Bouygues Telecom ?

Nous sommes une start-up quasi-indépendante. Nous sommes installés dans nos propres locaux pour être le plus agiles possible. Objenious n'est même pas lié à l'activité "machine to machine" de Bouygues Telecom qui permet à des appareils équipés de cartes SIM de faire transiter leurs data via des réseaux télécoms existants, comme la 3G. Cette branche compte déjà des centaines de clients. Nous ne voulions pas que les collaborateurs d'Objenious perdent du temps à gérer un réseau d'acheteurs existant.  Nous devons inventer de nouveaux business modèles, différents de ceux proposés par les opérateurs qui fonctionnent sur abonnement.

 

"Nous devons inventer de nouveaux business modèles, différents de ceux des opérateurs qui fonctionnent sur abonnement"

Concrètement, quels nouveaux business modèles avez-vous construit ?

La jeune pousse tricolore Wistiki, qui commercialise des porte-clefs connectés, ne voulait par exemple pas que ses clients aient à payer un abonnement tous les mois. Nous avons donc créé pour eux une offre prépayée : Wistiki nous achète trois ans d'abonnement à l'avance pour ses clients, qu'il leur refacture en une seule fois dans le prix d'achat de leur porte-clefs. Leurs clients ne savent pour la plupart même pas que leurs données transitent via notre réseau LoRa.

 

Imaginez-vous un jour proposer à vos clients des offres de connectivité plus complètes, leur permettant de faire transiter de faibles quantités d'informations sur votre réseau LoRa et une masse de données plus importante via d'autres réseaux installés par Bouygues Telecom, comme la 4G ?

Tout à fait. Nous nous intéressons par exemple aux standards sur lesquels travaille la 3GPP (un organisme de standardisation pour l'Internet des objets, NDLR), comme le Narrow Band IoT. Il est encore loin d'être mature, mais il pourrait un jour être complémentaire et permettre de faire circuler davantage d'informations confidentielles grâce à des fréquences privées appartenant à un opérateur, contrairement à celles qui naviguent sur LoRa. Ces dernières passent par des fréquences publiques, même si elles sont toutes protégées par une clef de sécurité que nous sommes les seuls à pouvoir décrypter.

 

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