Pour Audi, la voiture est l'avenir de la ville

A Somerville, aux Etats-Unis, grâce à la communication V2V, les véhicules seront bientôt en mesure de se garer seuls dans des parkings qui auront disparu des centres-villes.

On dit qu'elle pollue, qu'elle encombre, qu'elle n'a plus sa place dans les centres-villes. Pour Audi, c'est tout le contraire : la voiture doit être au cœur de l'urbanisme. Et pour convaincre les plus sceptiques, le constructeur automobile allemand a un argument de poids : l'Audi Urban Future, une infrastructure urbaine intelligente dans laquelle le véhicule est par exemple capable de repérer les places de parking libres et de s'y garer seul.

"Nos systèmes de véhicules autonomes et intelligents vont améliorer considérablement la circulation et la mobilité", proclamait la semaine dernière Rupert Stadler, le patron d'Audi. Présent à la Smart City Expo de Barcelone, il présentait le premier partenariat de l'Audi Urban Future Initiative, conclu avec la ville américaine de Somerville, dans la banlieue de Boston.

"Grâce aux technologies Audi, nous pensons être capables d'utiliser l'espace urbain disponible de manière plus efficace afin d'améliorer la qualité de la vie urbaine"

"Grâce aux technologies Audi, nous pensons être capables d'utiliser l'espace urbain disponible de manière plus efficace afin d'améliorer la qualité de la vie urbaine, développe le maire Joseph A. Curtatone. La voiture fera toujours partie de notre mobilité. En même temps, elle montre aujourd'hui ses limites via les embouteillages et les problèmes de stationnement.

Pour réduire au maximum la place prise par les véhicules et fluidifier la circulation, Audi compte s'appuyer sur un ensemble de nouvelles technologies connectées. L'idée du constructeur allemand : faire communiquer les véhicules entre eux - on parle de technologies V2V, pour vehicle to vehicle - et avec leur environnement.

Première cible : les parkings. A Somerville, ils occupent la moitié de l'espace urbain. A ce problème, la marque aux quatre anneaux a trouvé une solution pour le moins surprenante : un système entièrement autonome, grâce auquel les usagers n'ont qu'à descendre de leur véhicule, devant leur lieu de travail ou un centre commercial, sans à avoir à se soucier de trouver une place libre.

Le véhicule, au courant des places disponibles dans les parkings aux alentours, s'y dirige par lui-même. Il est même capable de réserver sa place à l'avance, selon les horaires de départ et d'arrivée indiqués au préalable par son conducteur. Un dispositif avantageux à la fois pour les usagers, qui ne perdent plus de temps à trouver une place, mais aussi pour les autorités publiques : les parkings peuvent être déplacés du centre-ville vers des lieux moins attractifs et ainsi libérer de l'espace pour des logements ou des bureaux.

Les usagers n'ont qu'à descendre de leur véhicule, devant leur lieu de travail ou un centre commercial, sans à avoir à se soucier de trouver une place libre

Si les voitures occupent aujourd'hui 50% de l'espace à Somerville, contre 20% pour les habitants et 30% pour les entreprises, elles n'occuperont dans 15 ans, date estimée de la fin de tous les travaux à Somerville, plus que 20% de l'espace. Les résidents et les entreprises se partageront équitablement le reste. Un espace d'autant plus grand que tous les équipements permettant d'accéder aux parkings, comme les trottoirs, les escaliers et les escalators, ne seront plus nécessaires, puisque les piétons n'auront plus besoin d'y entrer.

Audi estime aussi que les places de stationnement, qui doivent aujourd'hui être assez larges pour pouvoir ouvrir les portes et entrer dans le véhicule, seront réduites d'environ 2 mètres carrés chacune. Les parkings existants pourront alors accueillir jusqu'à 60% plus de véhicules, ce qui serait suffisant… pour mettre fin au stationnement de rue.

Sans oublier les bienfaits pour l'environnement : moins de voitures qui tournent dans les rues à la recherche d'une place, cela veut dire moins de bouchons et donc moins d'émissions de C02. La mairie de Somerville estime qu'elles seront réduites de 15%. Elle compte d'ailleurs aller encore plus loin, en créant des places de stationnement offrant la recharge électrique par induction.

Audi permettra enfin aux conducteurs de suivre à la seconde près le temps restant avant qu'un feu tricolore ne passe au vert en connectant leurs véhicules à la signalisation. Dans l'autre sens, le nombre de voies affectées à un sens ou à l'autre pourra varier en fonction des informations reçues en temps réel de la part des véhicules en circulation.

La moitié de la ville de Somerville est occupée par les voitures. © Audi

Toutes ces données, Audi les puisera dans les ressources de la ville grâce aux capteurs installés dans les rues, comme les caméras et les radars, mais aussi dans les smartphones et les ordinateurs de bord des véhicules. "Plus les utilisateurs partagent, plus le système est précis", affirme Rupert Stadler. Cela nécessitera par ailleurs la construction de data centers capables de traiter un si grand nombre d'informations.

Pas un souci pour Somerville, qui estime que révolutionner la mobilité urbaine est devenu une obligation dans la région, la seconde plus dynamique des Etats-Unis après la Silicon Valley : "La mobilité est au cœur du développement. Elle régit toute l'économie. Cette initiative va débloquer le potentiel économique de la ville. On ne peut pas se permettre de ne pas se lancer dans ce genre de projet car les bouchons sont un véritable gouffre financier pour une ville comme la mienne", confie Joseph A. Curtatone. "Sans une révolution de la mobilité, le développement paralysera les villes", ajoute Philip Parsons, urbaniste américain qui a travaillé sur le projet.

Du côté de Rupert Stadler, l'urgence est encore plus grande, il en irait de la survie des constructeurs : "L'industrie automobile n'est plus un business traditionnel. Elle devient une plate-forme d'affaires où la coopération est plus pertinente que la compétition. Et tout le monde y gagne : les gouvernements qui recherchent le bien-être de leur population, et nous qui voulons être le plus attractif possible."  

Une "coopération" des professionnels avec les autorités publiques mais aussi des constructeurs entre eux : "Les autres constructeurs doivent maintenant comprendre qu'il faut suivre le mouvement. Car nous sommes bien conscients que, demain, toutes les voitures ne seront pas des Audi. Tous les véhicules, quelle que soit leur marque, devront pouvoir communiquer", affirme Rupert Stadler.

"Les autres constructeurs doivent maintenant comprendre qu'il faut suivre le mouvement"

C'est à ce prix-là et seulement à ce prix-là que pourra fonctionner le projet. Car à moins qu'Audi n'offre ses véhicules autonomes à tous les habitants de Somerville, les parkings connectés n'auront d'utilité que si tous les fabricants proposent des voitures compatibles. 

Si le partenariat avec Somerville est le premier en date, d'autres grandes villes comme Mexico rejoignent petit à petit l'Audi Urban Future Initiative. Car le défi est majeur : tous les jours, les habitants de la capitale du Mexique passent en moyenne 2h30 dans les bouchons. Et rien que dans le quartier de Sante Fe, il faut compter pas moins de 45 minutes pour trouver une place de stationnement.

Alors la ville a mis en place une solution qui intéresse beaucoup Audi : récupérer les données de circulation et les transmettre aux entreprises pour qu'elles puissent adapter l'emploi du temps de leurs salariés. Objectif : qu'ils partent et arrivent aux heures les moins chargées sur les routes. Là encore, la ville a besoin d'un partenariat solide avec les constructeurs automobiles.

Et le patron d'Audi compte aller encore plus loin et ne pas s'arrêter à quelques initiatives isolées. S'il confie avoue avoir "investi énormément" dans l'Audi Urban Future Initiative, il regrette que cela n'aille pas plus vite.

En France, par exemple, la législation n'autorise pas les voitures sans conducteur à circuler dans l'espace public. Mais Rupert Stadler en est certain, le changement est en marche : "Nous devons maintenant pousser pour changer les législations. La technologie est disponible, les consommateurs sont prêts, et dans 20 ans on se demandera pourquoi on s'entêtait à rester à tout prix au volant pendant des heures."

 

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