L'économie du vivre-mieux, ici, ensemble : une idée d'avenir ?

"Think globally, act locally" proclame le slogan : de quoi réfléchir pour qui en a le temps, laissé pour compte de l'emploi, des vacances et de la consommation. A quoi s'agitent tant de grands décideurs, architectes d'une machine infernale ou d'un monde meilleur ?

Qu'attendre encore des bons apôtres du réalisme, des prochains projets et fermes déclarations des autorités ? S'autoriser à rêver, s'essayer à vivre-mieux, ici, ensemble : pourquoi pas ?
Au XXIe siècle, à 90 km de Paris, le Bulletin d'une modeste commune titre sur le projet d'une nouvelle ligne de chemin de fer ; la gare pourrait se situer sur son territoire. Au temps du progrès, une telle annonce eut été une fête. Las, "le mot du Maire" transpire la perplexité :
"Six mois déjà que le dernier bulletin communal est paru. Six mois riches de mots : 'élections', 'président', 'euro', 'chômage', 'Grèce', 'dette', 'législatives', 'Europe' et d'événements se bousculant dans l'actualité, où chaque jour, une information en chasse une autre.

Dans cette frénésie d'informations et d'interrogations, une question semble en ce début de Juillet essentielle : après ce mois de Juin maussade, le soleil sera-t-il au rendez-vous de l'été et des vacances?"

Une économie qui subvienne aux besoins autochtones : une idée du passé ?
Alors que "la crise" est sur le point de fêter ses quarante ans, les statistiques nationales s'affichent en croissance quasi ininterrompue, tandis que les ONG racontent un tiers-monde en voie de développement. Honnies soient les économies traditionnelles de subsistance : il faudrait se réjouir qu'une population ne subvienne plus à ses besoins !
Dans le même temps, aux portes de Paris, les populations de plus en plus précarisées peinent à se loger, à s'alimenter, à préserver leur santé et à assurer l'éducation des jeunes. Qui racontera le processus de sous-développement en cours ? Une économie tournée vers les bien d'exportation plutôt que vers le nécessaire, dont les revenus ne permettent pas de se procurer ailleurs ce qui n'est plus produit sur place, ou vers les "services aux personnes" ... qui peuvent se les offrir.
Depuis bientôt un siècle, les visionnaires du développement en appellent au vol des oies sauvages pour décrire leur modèle : un pays initie le processus d'industrialisation sur un produit à faible technicité, il en devient exportateur, puis l'abandonne pour un produit à plus haute valeur ajoutée. Les profits engrangés lui permettent d'investir dans un autre pays pour l'aider à amorcer le processus. L'âme coloniale sait aussi se montrer poète.
Pendant ce temps, aux portes de Paris, le pékin se trouve frappé du syndrome du dindon : il a voué sa vie à tel investisseur venu d'ailleurs, par la manne publique alléché. Formé comme il se doit, endetté pour pallier un revenu insuffisant, le voilà le bec dans l'eau et dans les pollutions, abandonné pour un autre, plus affamé ou doté de meilleurs subsides.
Certains cherchent une autorité à qui adresser leurs recours : le polycentrisme institutionnel égare jusqu'à ses propres élus, réduits à nous souhaiter de bonnes vacances.
L'économie du transport circum-planétaire : une perplexité bien présente !

Voulant rassurer l'électeur, les édiles promettent authentiquement "faire au mieux" : Qui en douterait ? Ils agissent et investissent : infrastructures de transport, zones franches, aides à l'emploi... Le débat public est orchestré ; le train passera.
Les élégants penseurs de l'équilibre territorial plaident les vertus du "polycentrisme maillé", si certains d'avoir mis à jour la pierre philosophale germanique qu'ils ne voient rien du désastre multipolaire espagnol.

Vu de la France périurbaine ou plus profonde encore, le polycentrisme réel apparait pourtant bien déglingué :
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aux portes d'une campagne riante, les hypermarchés proposent des fruits du bout du monde ;
* la zone franche ne prévoit pas d'arrêt pour le train qui la traverse, et ce couteux aménagement public retourne en friche ;
* les centre-bourgs se vident tandis que les zones pavillonnaires mitent la campagne, et ruinent les collectivités par l'étendue des équipements publics nécessaires ;
* les terres agricoles sont sacrifiées aux Z.A.C., aux infrastructures - routières, ferroviaires, aéroportuaires, logistiques ;
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Au lieu que ces investissements occupent localement la population, ils sont toujours plus nombreux à s'infliger des transports pendulaires, toujours plus longs et plus coûteux.
Comme la lumière nait de la transmutation de la matière en énergie, la croissance surgirait de l'effondrement des productions locales, de la précipitation des hommes sur les routes, et du tournoiement accéléré des marchandises autour de la planète. Une autoroute embouteillée, c'est autant de véhicules vendus, et une rente privatisée à point nommé pour les heureux attributaires du péage. Emballages et produits irréparables nourrissent l'incinérateur, une autre rente. Comprenne qui pourra! Est-ce pour enrichir la glose de la croissance ou pour distraire une jeunesse désemparée qu'ils sont si nombreux à remplir les Instituts Universitaires ?

L'économie du vivre-mieux, ici, ensemble : une idée d'avenir ?

Les administrés qui le peuvent encore partent donc en vacances, coûte que coûte. Les exclus des  encombrements routiers regardent à la télé le spectacle de cet exode hétéroclite : Cela pourrait ressembler à des images de l'été 1940, la couleur en plus.
Devant leur téléviseur, certains se régalent des prédictions de prochaines fins du monde et autres cataclysmes imminents. D'autres se rassurent dans la déploration des multiples désastres sociaux-écologiques : "Au moins, cela n'existe pas encore chez nous!" Les gens heureux aussi ont leurs fournisseurs.
Sous le soleil du village, la foire-à-tout rassemble les suffrages : merguez grillées, souvenirs partagés et petits prix ramènent le sourire. A chacun ses combines pour s'accommoder de la fatalité car tous refusent la menace d'une décroissance à l'eau et au pain sec. Un petit verre de rosé frais à la main, ils se parlent en voisins.
Dans la convivialité d'un moment partagé, certains esprits s'enhardissent : Pourquoi ne pas garder confiance en soi, jusqu'à en oublier les peurs du lendemain ? Pourquoi ne pas oser et se faire entrepreneurs d'un vivre-mieux, ici, ensemble ?
Et les plus téméraires d'espérer que le respect mutuel retrouvé ramène enfin le respect d'un écosystème digne de leur quotidien. Déjà, ils prennent pitié de tant de vacanciers venant leur acheter une part du bonheur de vivre ici.

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