Portugal : la stabilité politique à l’épreuve

Deux ans d'efforts pour des résultats mitigés mettent à mal la stabilité politique au Portugal.

En deux jours, Vitor Gaspar, le ministre des Finances, puis Paulo Portas, ministre des Affaires étrangères et chef de file du CDS-PP, le parti minoritaire de la coalition gouvernementale, ont présenté leur démission. Les deux décisions sont liées et témoignent de divisions profondes au sein du gouvernement autour du plan d’ajustement. En apparence, M. Gaspar a démissionné faute d’un soutien populaire suffisant et de dérapages budgétaires répétés qui ont nui à sa crédibilité. En réalité, sa démission tient surtout aux désaccords croissants entre les partis de la coalition sur la politique à conduire. Depuis septembre 2012, les relations entre le PSD, le parti majoritaire de centre-droit dont est issu M. Gaspar, et le CDS-PP, son allié conservateur de plus en plus critique vis-à-vis de la politique de rigueur, sont crispées. La démission de M. Gaspar, maître d’œuvre du programme de la Troïka, semblait donc répondre aux pressions du CDS-PP pour davantage de souplesse dans la politique budgétaire. Au contraire, son remplacement par Maria Luis Albuquerque, ex-ministre suppléante de M. Gaspar, est apparu comme un signe de continuité. Ce fut la raison invoquée par M. Portas pour justifier sa démission le jour même.

La question est maintenant de savoir si la démission de M. Portas s’accompagnera d’un retrait du CDS-PP du gouvernement et si des élections anticipées devront être organisées. A priori, le CDS-PP n’a ni intérêt à rester membre d’un gouvernement impopulaire dont il ne maîtrise pas les lignes conductrices, ni à provoquer des élections anticipées qui risqueraient de sanctionner sa perte d’influence politique. D’après les derniers sondages, le parti conservateur compte moins de 10 % d’intention de vote contre 12 % des suffrages recueillis en juin 2011. Le CDS-PP pourrait donc décider de quitter le gouvernement, ce qui laisserait le PSD avec une majorité relative (108 députés sur 230), mais continuer d’apporter son soutien parlementaire au cas par cas. Un maintien au gouvernement des deux ministres CDS-PP restants pourrait aussi être négocié en contrepartie d’une inflexion de la politique d’austérité. Cet arrangement serait, toutefois, limité par les contraintes qu’impose le programme de la Troïka. Si, par deux fois déjà, le Portugal a obtenu des assouplissements dans la consolidation budgétaire, c’est grâce à la crédibilité des autorités, résultante de la stabilité politique. Négocier un nouveau relâchement au cours de la 8ème revue, qui commence le 15 juillet, sera sans doute plus difficile. Avec des marges de manœuvre réduites, le gouvernement PSD sera probablement trop faible pour à la fois affronter les prochaines échéances (8ème revue de la Troïka, élections locales en septembre, préparation du budget 2014) et s’assurer les alliances politiques nécessaires à l’exercice du pouvoir. Par ailleurs, la négociation d’une nouvelle aide financière européenne (une ligne de crédit de précaution du MES), probable pour faciliter la sortie du programme mi-2014, nécessitera un gouvernement stable et légitime. Sans le soutien permanent du CDS-PP, le PSD n’a que très peu de chances de  remporter  un  vote  de  confiance  au  Parlement.  En  bref,  des
élections anticipées pourraient avoir lieu avant le terme du mandat actuel, prévu fin 2015.
La crise politique s’ajoute donc à la crise économique dont elle est largement issue. Les dérapages par rapport aux objectifs initiaux ainsi que la hausse bien plus forte que prévu du taux de chômage (à près de 18%) ont véhiculée l’idée d’un échec du programme, malgré les satisfécits trimestriels des bailleurs de fonds. Le regain de tension sur le marché obligataire suite à la double démission (voir graphique) pourrait ne pas faire long feu si une solution politique durable était trouvée. Le cas inverse, il pourrait effacer les quelques signaux positifs qui semblaient malgré tout poindre à l’horizon. Le récent retour du Portugal sur les marchés obligataires à long terme, la modération marquée de la récession au premier trimestre 2013 et le rebond graduel de la confiance pouvaient laisser espérer une stabilisation de l’activité d’ici à la fin de l’année avant que les réformes structurelles mises en place depuis 2011 ne commencent à payer. Dans un récent rapport, l’OCDE estimait que la croissance potentielle portugaise, aujourd’hui évaluée à 0,5%, pourrait s’élever à 3,5% à horizon 2020

En un sens, la situation actuelle du Portugal est typique des difficultés auxquelles sont confrontés les pays sous programme. Le décalage entre le temps nécessaire aux réformes pour qu’elles portent leurs fruits, leurs effets souvent négatifs à court terme et les échéances électorales rapprochées sont source d’instabilité. Au Portugal, où jusqu’en septembre 2012 régnait un fort consensus politique autour du programme, la lassitude vis-à-vis de l’austérité l’a emporté. La qualité du dialogue avec la Troïka pourrait en être affectée, mais un changement radical de politique économique est très improbable. Même en cas d’élections anticipées, les principaux partis républicains seront préalablement invités à s’engager formellement à respecter la conditionnalité du programme pour continuer à obtenir un soutien financier. Ce fut déjà le cas en juin 2011, lorsque, après avoir demandé une aide européenne, l’ancien Premier ministre socialiste M. Socrates avait démissionné, provoquant des élections anticipées.

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