Barclays mène 45 essais sur la technologie blockchain

Les crypto-monnaies affolent le système bancaire traditionnel. Pour ne pas se laisser dépasser, les banques cherchent à comprendre le fonctionnement de cette technologie.

Comme la plupart des autres grandes banques aujourd'hui, Barclays s'intéresse de très près au potentiel de la blockchain, la technologie qui sous-tend les bitcoins.

Début septembre, le Sunday Times a indiqué que Barclays envisageait d'autoriser les organismes caritatifs à accepter les dons en bitcoins dès fin 2015, dans le cadre de son partenariat avec la plateforme d'échange Safello annoncé plus tôt dans l'année. (Barclays a depuis réfuté cette information, évoquant un simple travail sur une "une preuve de concept").

Au cours d'un entretien avec Derek White, responsable conception et services numériques de Barclays chargé de la supervision de la branche bitcoin et blockchain, ce dernier a exposé les autres applications de la monnaie virtuelle que la banque envisageait de mettre en place.

"En tant qu'établissement bancaire traditionnel, nous avons deux options : soit accueillir les nouvelles technologies et en tirer profit soit manquer le coche, m'a-t-il expliqué dans les locaux de l'accélérateur Barclays Techstar situé dans le quartier de White Chapel, à l'est de Londres. Nous avons choisi la première option. Barclays cherche de plus en plus à fournir des services financiers de pointe. Ce n'est plus une simple banque avec un département dédié à la technologie." La technologie blockchain est l'une des plus intéressantes pour White.

La blockchain est un logiciel qui alimente et régule la crytpo-monnaie bitcoin. Les acteurs impliqués dans une transaction l'authentifient en utilisant ce logiciel. La transaction est alors ajoutée à la plateforme d'échange sous forme d'une longue ligne de code chiffrée qui retrace toute l'opération. Une fois qu'une nouvelle transaction sous forme de ligne de code chiffrée a été ajoutée, la première transaction est stockée dans la blockchain à jamais et ne peut pas être modifiée, de la même manière que vous ne pouvez pas ôter une brique une fois le mur entièrement monté. La technologie blockchain consiste en un grand livre comptable ouvert : n'importe qui peut le consulter, les transactions ne sont pas stockées dans un centre de données privé de Canary Wharf (quartier d'affaires de Londres).

La technologie blockchain consiste en un grand livre comptable ouvert : n'importe qui peut le consulter

"Nous sommes persuadés que le monde est en plein bouleversement. Nous passons d'une architecture fermée à une architecture ouverte : tout est transféré dans le cloud. Les réseaux s'ouvrent, de même que les systèmes."

Sur la plateforme, n'importe qui peut, en théorie, contrôler si quelqu'un utilise des bitcoins volés, ce qui contribue à la transparence du système. Qui plus est, la technologie blockchain est plus rapide et moins onéreuse que les systèmes utilisés actuellement par les banques pour transférer de l'argent. C'est là tout son intérêt.

Barclays a ouvert les portes de ses deux "laboratoires" de Notting Hill et de Old Street aux entrepreneurs du bitcoin et de la blockchain, aux entreprises et aux codeurs. "Il y a un peu plus d'un an, la communauté blockchain a commencé à chercher un endroit pour se rassembler. Nous leur avons dit : pourquoi ne pas utiliser nos locaux ? Les acteurs du bitcoin sont donc venus afin de partager leurs connaissances et d'améliorer notre compréhension commune de la technologie. Pour certains, cette communauté était constituée d'anarchistes, explique White. Nous connaissons les bases de cette nouvelle technologie et nous voulons que les créateurs nous en apprennent d'avantage. Ils verront ainsi que notre intérêt pour la blockchain est sincère et que notre objectif n'est pas d'être un simple sponsor. Nous voulons réellement adopter cette technologie."

En plus de sa collaboration avec des startup, la banque teste cette technologie en interne. "Nous avons évalué le nombre d'essais que nous voulions mener en interne. La première vague était constituée de 22 essais. La prochaine sera de 45," indique White. Santander mène également des tests sur la crypo-monnaie. Mariano Belinky, responsable de la branche investissement de Santander (InnoVentures), nous a déclaré en début d'année que la banque était en train d'étudier 25 utilisations possibles de cette technologie.

Les autorités britanniques veulent cerner le fonctionnement de Bitcoin afin de créer la réglementation adaptée

Permettre aux organismes caritatifs d'accepter les bitcoins ne constitue que la première étape pour Barclays. White explique que "la technologie peut être appliquée à de nombreux secteurs : la gestion de l'identité ou de la trésorerie, les solutions de paiement pour les entreprises ou encore la chaîne d'approvisionnement."

Les banquiers de Barclays supervisent également trois startups spécialisées dans les bitcoins parmi les dix entreprises intégrées à son accélérateur Barclays Techstars, un programme de 15 semaines destiné à aider les startups Fintech à se développer.

UBS n'est pas en reste. Business Insider a récemment révélé que le responsable de l'ingénierie de l'institution bancaire, Oliver Bussmann, supervisait directement des startup spécialisées dans la blockchain intégrées à l'accélérateur Level39 de Canary Wharf, exclusivement réservé aux Fintech.

White met particulièrement en avant l'une des pépites de l'accélérateur de Barclays, Everledger. La startup utilise la technologie blockchain pour garder une trace des différents propriétaires de diamants. Ce projet est un pari pour tenter d'éradiquer la fraude et le vol. "Nous commençons avec les diamants, mais cette utilisation de la blockchain est applicable à tout ce qui doit être assuré. Ce peut être une montre, un yacht, une œuvre d'art… Une fois que l'objet est référencé dans la blockchain, il est enregistré à vie."

Le jour où j'ai visité les locaux de Barclays, des membres du Trésor étaient également sur le site de White Chapel, en grande réunion dans une salle très à propos : la salle "Coin". "Nous collaborons avec HMT (Her Majesty's Treasury, ministère britannique de l'économie et des finances, NDLR) afin de donner vie à des utilisations potentielles de la blockchain et des crypto-monnaies, explique White. L'exécutif britannique et les organes de régulation sont en première ligne pour essayer de comprendre la technologie. Ils veulent en cerner le fonctionnement afin d'assurer la protection des citoyens britanniques en créant la réglementation la plus adaptée."

Finalement, selon White, Barclays "cherche à devenir le point de connexion de cet écosystème."

 

Article de Oscar Williams-Grut. Traduction par Manon Franconville, JDN.

Voir l'article original : Barclays has two blockchain 'labs' in London and is planning 45 experiments with the technology

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