Banques : les start-up sur lesquelles elles misent

Les établissements bancaires, qui craignent la cannibalisation, travaillent de plus en plus de concert avec les start-up de la finance.

95% des banques considèrent être confrontées à une concurrence croissante des fintech, selon une étude publiée le 15 mars par PwC. Et c'est peu dire que l'inquiétude est forte : 23% des dirigeants considèrent que cela met leurs activités en péril et les sondés issus du secteur bancaire estiment qu'ils pourraient perdre jusqu'à 24% de leurs parts de marché au cours des cinq prochaines années.

Pour éviter cette cannibalisation, les acteurs bancaires ont enclenché ces dernières années un processus de synergies. Si la forme la plus répandue reste le simple partenariat commercial, les banques françaises commencent à nouer des liens plus forts, en passant par des investissements et même des rachats.

Voici un panorama des rapprochements à date dans l'Hexagone.

Crédit Mutuel Arkéa

Le Crédit Mutuel Arkéa a été l'une des premières banques françaises à se positionner vis-à-vis des fintech. "Nous sommes assez présents sur la prestation de service en marque blanche, l'accompagnement des fintech qui ont besoin de notre 'core banking system'", expliquait au JDN en avril 2015 Anne-Laure Navéos, en charge de la croissance externe et des partenariats. La plateforme de crédits Prêt d'Union passe ainsi par le système de Crédit Mutuel Arkéa, tout comme l'acteur de paiement Leetchi.

Le Crédit Mutuel Arkéa recourt aussi à des jeunes pousses pour offrir de nouveaux services à ses clients : la banque étend ainsi son offre de services financiers en ligne en misant sur les API d'Apigee.

Filiale du Crédit Mutuel Arkéa, la banque en ligne Fortuneo a quant à elle noué au début de l'année un partenariat avec la plateforme de financement participatif Smart Angels : la banque propose désormais à ses clients d'investir dans les entreprises non cotés de SmartAngels en inscrivant gratuitement les titres de ses clients sur leur PEA, PEA-PME ou compte-titres.

Mais Crédit Mutuel Arkéa renforce aussi souvent les liens stratégiques avec les fintech en prenant une place à leur capital. La banque a investi dans Prêt d'Union dès son premier tour de table ainsi que dans Linxo, application de gestion des finances personnelles sur laquelle s'appuie l'application Fortuneo Budget. Elle a aussi participé à la première levée de fonds de 3,5 millions d'euros de la société de gestion privée, ou robo-advisor, Yomoni, en juin 2015. Lequel a aussi noué un partenariat avec Suravenir, filiale d'assurance vie de Crédit Mutuel Arkéa, pour distribuer des contrats d'assurance vie. La start-up Marie Quantier vient également de lancer un produit similaire.

Enfin, procédé encore rare dans le secteur, Crédit Mutuel Arkéa a commencé à racheter des jeunes pousses lorsque les synergies s'avèrent très fortes. Le partenariat avec Leetchi a mené au rachat de la fintech en septembre pour plus de 50 millions d'euros. En décembre, la banque a aussi annoncé entrer en négociations exclusives aux côtés de la banque coopérative belge Crelan pour le rachat de Keytrade, leader de la banque en ligne en Belgique avec plus de 200 000 clients.

Ecosystème
Start-up Relation
Prêt d'Union Partenariat et prise de participation
Leetchi Partenariat et rachat
Apigee Partenariat
Smart Angels Partenariat (via Fortuneo)
Linxo Partenariat et prise de participation
Yomoni Prise de participation et partenariat (via Suravenir)
Keytrade Rachat (en cours)
Marie Quantier Partenariat (via Suravenir)

Société Générale

La Société Générale assure ne pas vouloir "faire des acquisitions tous azimuts" ou lancer un incubateur mais privilégier les partenariats avec des lieux innovants et les liens commerciaux (Lire l'interview du responsable de l'innovation Aymeril Hoang du 01/03/16). C'est en tout cas elle qui a signé la première acquisition d'une fintech par une banque française : sa filiale Boursorama a racheté l'outil de gestion de finances personnelles Fiduceo en mars 2015.

Ecosystème
Start-up Relation
Fiduceo Rachat (via Boursorama)

Crédit Agricole

Parmi la centaine de start-up installées dans la pépinière du Crédit Agricole "Village by CA", une quinzaine sont des fintech. Un bon moyen pour la banque de repérer des pépites et de mettre en œuvre sa stratégie d'Open Innovation. Tout comme le Crédit Agricole Store, qui permet à toute société de créer une application en rapport avec le cœur de métier de la banque.

Crédit Agricole possède 20% de Linxo. © Linxo

Le Crédit Agricole possède 20% du capital du gestionnaire de finances personnelles Linxo. "On allie leur technologie à nos 50 millions de clients, explique Serge Magdeleine, directeur marketing groupe et digital. Ce qui nous intéresse, ce n'est pas forcément l'application btoc mais le savoir-faire technologique très fort de la start-up qui nous permet d'avancer sur des projets." Il explique par exemple que les deux acteurs travaillent sur "la mise en place d'une plateforme de tests pour lancer des applications ou sites Web plus facilement".

Des caisses régionales du Crédit Agricole possèdent des parts dans la plateforme de microcrédit solidaire Babyloan et la filiale de gestion du Crédit Agricole Amundi est entrée au capital du robo-advisor Anatec. La banque travaille aussi avec CDLK pour mettre en place un programme de fidélité sous forme de "bons plans" personnalisés à partir de l'historique des transactions de carte bancaire.

"Nous avons aussi plusieurs investissements dans les tuyaux", annonce Serge Magdeleine. La banque a débloqué un fonds de 200 millions d'euros qui seront investis d'ici 2020.

Ecosystème
Start-up Relation
Linxo Prise de participation
Babyloan Prise de participation
CDLK Partenariat
Anatec Prise de participation (via Amundi)
Village by CA & Crédit Agricole Store Accompagnement et sourcing

BPCE

"Certaines fintech sont très indépendantes mais d'autres ont besoin du savoir-faire d'un groupe bancaire comme le nôtre pour que leur service fonctionne", poursuit Nicolas Chatillon, directeur du développement de BPCE et président exécutif de sa filiale S-money. BPCE apporte ainsi son agrément monnaie électronique à de nombreuses fintech, comme la solution de cotisation en ligne E-cotiz ou le service de paiement pour la vente de véhicule d'occasion Depopass.

Lepotcommun, service de cagnotte en ligne, a commencé par un partenariat commercial simple comme ceux-ci avant que le rapprochement ne devienne plus intégré. S-Money a pris 85% du capital de la fintech en octobre et montera à 100% dans les trois ans. "C'est un partenariat extrêmement fructueux et prometteur car on considère que ce type de service va se développer et on a voulu se positionner dessus, note Nicolas Chatillon. En rachetant Lepotcommun, nous bénéficions déjà d'une marque installée et d'un savoir-faire."

Ecosystème
Start-up Relation
E-cotiz Partenariat
Depopass Partenariat
Lepotcommun Rachat (via S-Money)

La Banque postale, BNP Paribas, Crédit Coopératif, Crédit Mutuel - CIC

La Banque Postale, avec sa filiale de private equity XAnge qui investit notamment dans les fintech et le partenariat instauré avec la plateforme KissKissBankBank, et BNP Paribas, qui a lancé l'accélérateur fintech de l'Atelier ainsi qu'un pôle innovation fintech, font aussi preuve de leur intérêt pour les jeunes pousses disruptives… Sans qu'un rachat ou partenariat fort avec l'une d'entre elles en particulier n'ait été annoncé. Le Crédit Coopératif a noué un partenariat avec la plateforme de financement participatif Wiseed. Crédit Mutuel – CIC n'a pas répondu à nos sollicitations.

Mais, comme le montrent les résultats de l'étude PwC, l'inquiétude des banques et leur désir d'endiguer la pression exercée par les fintech sur leur business, ce type d'annonces devrait se généraliser.

Ecosystème
Banque Start-up Relation
Banque Postale KissKissBankBank Partenariat
Banque Postale XAnge Fonds d'investissement 
BNP Paribas L'Atelier Veille, pôle innovation et accélérateur
Crédit Coopératif Wiseed Partenariat

A lire aussi :

 

Fintech