Paiement : la reconnaissance faciale défie l'empreinte digitale

Mastercard, Alibaba et Google savent que la biométrie s'imposera pour sécuriser les paiements. Tous testent des technologies d'authentification par reconnaissance faciale.

Le paiement par reconnaissance faciale ne relève plus de la science-fiction. En février, Mastercard a annoncé en grandes pompes lors du Mobile World Congress de Barcelone le lancement d'un tel système pour les transactions sur mobile. Sur l'application, après avoir entré le numéro de sa carte bancaire, l'utilisateur peut authentifier que c'est bien lui qui passe le paiement en réalisant un selfie vidéo et en clignant des yeux pour assurer qu'il ne s'agit pas d'une photo placée devant l'objectif. Mastercard a testé la technologie auprès de 500 utilisateurs pilotes et va la déployer cet été dans 14 pays, dont la France.

La reconnaissance faciale ne remplacera pas le paiement en lui-même mais le processus d'authentification par sms. La technologie qui s'appuie sur des calculs de points caractéristiques du visage se veut plus sûre et plus rapide pour l'utilisateur. "Elle est basée sur le machine-learning et a beaucoup gagné en maturité ces dernières années, raconte Philippe Limantour, associé chez EY. Les premiers brevets datent de 2013 et la technologie était jusque-là utilisée dans les domaines de la sécurité et militaire. "Dans les très rares cas où l'authentification ne fonctionne pas, si la prise de photo n'est pas bonne, par exemple, une multi-authentification peut être mise en œuvre avec un sms ou un code", ajoute Philippe Limantour.

"Tous les acteurs du paiement disposent de pilotes"

La technologie est étudiée de près par les acteurs du paiement. "Tous disposent de pilotes sur le sujet, pour être capable de le sortir rapidement quand les autres le feront et si la réaction des utilisateurs est bonne", assure Philippe Limantour. En mars 2015, lors du salon Cebit d'Hanovre, le géant chinois du e-commerce Alibaba avait présenté un système similaire à celui aujourd'hui créé par Mastercard, en version bêta. Mais le système "Smile to Pay" n'a pas encore été déployé. Alipay, la filiale dédiée au paiement du géant, s'est contentée de sortir en décembre une option de login par authentification faciale.

Visa scanne aussi le secteur : "Nous ne développons rien en interne mais nous regardons ce sur quoi travaillent les start-up du secteur et nous testons leurs technologies", explique Albert Galloy, directeur de l'innovation de Visa Europe. Visa s'apprête à lancer Visa Checkout en France, son wallet agrégateur de cartes. "Nous enrichirons au fur et à mesure la solution avec diverses solutions… pourquoi pas de la reconnaissance faciale." Visa teste notamment la technologie de la start-up Morpho : l'utilisateur de Visa Checkout doit s'authentifier par reconnaissance faciale sur son mobile avant de pouvoir valider son paiement. "Aujourd'hui, ce n'est qu'un essai, mais on peut imaginer que l'on proposera la solution aux banques et fournisseurs de sites Internet. Mais c'est encore un peu tôt et la décision viendra des Etats-Unis."

Il faut dire que les acteurs du paiement ne savent pas encore comment la technologie sera accueillie par le grand public. "Les fournisseurs de service vont devoir répondre de manière transparente aux inquiétudes potentielles des consommateurs sur l'utilisation qui sera faite de cette empreinte de leur visage", analyse Philippe Limantour.

Plus intrusif en magasin

D'autant que certains imaginent déjà aller au-delà de l'utilisation de la reconnaissance faciale pour les paiements en ligne. Google a annoncé en mars être en train de mener des tests pour simplifier le paiement en boutique avec notamment un dispositif de reconnaissance faciale. L'application, baptisée Hand Free, est testée dans des grandes enseignes partenaires à San Francisco. Le paiement est directement validé grâce à une caméra filmant le client et authentifiant son identité. Les clichés seront immédiatement effacés après le paiement, assure Google.

Une innovation qui pourrait notamment favoriser le développement du paiement sans contact en le sécurisant davantage… mais aussi rebuter les clients. "La solution me paraît intrusive pour une utilisation dans le commerce, note Albert Galloy, de Visa Europe. Se filmer soi-même pour un paiement en ligne me paraît plus acceptable que de devoir bouger la tête devant une caméra inconnue dans un magasin…"

La biométrie va exploser, reste à savoir par quel biais

L'authentification par reconnaissance faciale va-t-elle décoller ? En tout cas, toutes les conditions sont réunies, note Philippe Limantour, d'EY. "Le marché de la biométrie de façon générale est en croissance. L'expérience est plus simple d'utilisation et plus sécurisée. Et la généralisation des appareils photos de bonne qualité sur tous les smartphones peut permettre le développement de la reconnaissance faciale."

Si les observateurs s'accordent sur la future explosion de la biométrie, reste en fait à savoir quelle technologie préféreront les consommateurs : empreintes digitales, reconnaissance faciale, de la voix… La Banque postale, par exemple, mise sur la reconnaissance vocale et a obtenu l'aval de la Cnil pour lancer son service "Talk to pay". "Il est probable qu'ils choisissent la biométrie plutôt que les codes, compliqués à retenir et moins sécurisés, mais ensuite il est difficile de savoir quelles solutions différenciantes prendront le pas", conclut Albert Galloy. 

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