Nicolas Chatillon (S-Money) "Le rachat de Depopass complète notre offre de paiement P2P"

S-Money, filiale de BPCE dédiée à l'innovation dans le paiement, vient d'annoncer le rachat de la fintech Depopass pour sécuriser les paiements de biens de valeur entre particuliers. Nicolas Chatillon, président exécutif, analyse le marché du paiement P2P en France.

JDN. Vous venez d'annoncer le rachat de la fintech Depopass, qui permet de sécuriser les paiements de biens de valeur entre particuliers. Pouvez-vous nous donner les détails de l'opération ?

Nicolas Chatillon. © S-Money

Nicolas Chatillon. S-Money va devenir à terme actionnaire majoritaire de Depopass à hauteur de 65,2% du capital. Le Groupe CarBoat Media détiendra 15% des parts et les actionnaires historiques 19,8%. Depopass a été créé en juin 2015 et propose un service de paiement innovant pour sécuriser les paiements de véhicules d'occasion ou de biens de valeurs (motos, bateaux, bijoux, œuvres d'art…) entre particuliers.

C'est une alternative au chèque de banque et cela évite aussi les inconvénients du simple virement qui ne permet pas la synchronisation entre la libération des fonds et le transfert de propriété du véhicule. Le rachat de Depopass va venir compléter l'offre de S-money avec un nouveau service de paiement avec tiers de confiance et séquestre.

 

Pour l'instant, le paiement pair-à-pair tarde tout de même à décoller en France, alors qu'aux Etats-Unis par exemple Venmo a atteint une taille considérable… Quelles sont les conditions nécessaires à son développement ?

Selon moi, le problème principal du paiement peer-to-peer est que l'usage n'est pas récurrent : on n'a pas besoin de rembourser ses amis tous les jours. Or, le facteur clé d'adoption des wallets est la récurrence de l'utilisation. Pour y remédier, il faudra diversifier et multiplier les cas d'usage pour que les gens prennent le réflexe de l'utiliser : pour rembourser un prêt, payer sa baby-sitter ou le plombier, acheter son pain… La massification devra donc passer par ce modèle à plusieurs services qui crée de l'usage multiple.

D'autres facteurs clé vont déterminer si le paiement peer-to-peer va se développer en France. D'abord, la gratuité des applications. Ensuite, la facilité d'utilisation. Chez S-Money, nous travaillons en permanence pour améliorer le parcours client, simplifier l'enregistrement du wallet, le transfert d'argent… Et puis il va falloir que les acteurs trouvent un modèle économique : l'application seule n'est pas rentable puisque des commissions interchange sont facturées dès que l'on charge le compte d'une monnaie électronique et que les frais ne sont pas répercutés à l'utilisateur.

"Un modèle croisé pour assurer la viabilité de l'appli"

Chez S-Money, nous avons ainsi fait le choix d'un modèle croisé avec plusieurs services, en liant l'application de paiement P2P au paiement mobile de proximité, pour créer de l'usage mais aussi pour assurer une viabilité globale. Les utilisateurs se serviront de plusieurs services, dont certains payants en bout de chaîne.

 

Combien comptez-vous d'utilisateurs sur S-Money ainsi que sur Lepotcommun, service de cagnotte que vous avez racheté en 2015?

Lepotcommun revendique trois millions de contributeurs et plusieurs centaines de milliers de pots sont créés chaque année. Il s'ouvre un pot toutes les six secondes et le service présente une dynamique de croissance très forte avec un taux de retour élevé. En moyenne, les clients créent 1,5 cagnotte par an en France sur le site. Nous avons lancé une déclinaison italienne début avril et la version espagnole quelques semaines plus tard. Notre objectif est de devenir le service de cagnotte européenne de référence.

90% des clients actifs de S-Money sont des étudiants

S-Money compte de son côté un million de clients actifs, dont 90% sont des étudiants. Nous voulions nous concentrer sur les digital natives et nous avons remporté un appel d'offre du Crous pour faire de l'appli Izly le moyen de paiement dans ses restaurants universitaires, laveries, etc… S-Money compte donc plusieurs milliers de points d'acceptation dans des commerces de proximité mais surtout 5 000 points supplémentaires dans les campus.

 

La fonction de paiement dans les points d'acceptation CROUS fonctionne, mais qu'en est-il du paiement de pair-à-pair ?

Nous avons ajouté la fonction peer-to-peer  à l'application CROUS lors du lancement en septembre 2015 et même sans aucune communication, nous nous rendons compte qu'elle commence à être utilisée par les étudiants. Plusieurs centaines de milliers de transferts et de paiements sont effectués tous les jours.

 

Nicolas Chatillon est directeur du développement banque commerciale et assurance au niveau du Groupe BPCE, en charge notamment des paiements, du marketing stratégique et des études clients et du développement durable. Il est également président exécutif de S-Money, filiale du Groupe BPCE spécialisée dans le paiement digital, président exécutif de la fintech Lepotcommun.fr et administrateur de l'agence de notation extra-financière VIGEO. Il a débuté comme chargé d'affaires en fusions-acquisitions d'entreprises au Crédit Lyonnais en 2001, puis a rejoint la Caisse Nationale des Caisses d'Epargne en 2004 en qualité de conseiller au cabinet du Président du Directoire. Nommé en 2009 directeur de la communication et de la stratégie et membre du comité de direction à la Caisse d'Epargne de Rhône Alpes, il est ensuite appelé en 2010 à BPCE, comme directeur de la coordination et des relations de place.

 

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Rachat / Peer to Peer