La fintech déleste les banques du coût faramineux du KYC

Sous le poids de la réglementation de plus en plus drastique, le coût des processus de connaissance client des banques ne cesse de croître.

Le casse-tête du KYC (Know Your Customer) pourrait enfin être résolu. Et la solution semble se trouver entre les mains de nouvelles technologies spécialisées dans la conformité. Une très bonne nouvelle pour les banques, pour qui le coût du KYC ne cesse d'augmenter.

Selon une étude menée par Thomson Reuters auprès de banques britanniques, elles dépensent en moyenne 47,8 millions d'euros par an pour la conformité KYC. "Le budget KYC  a doublé en une dizaine d'années, explique Thibaut Kellam, analyste KYC/Compliance chez BNP Paribas Securities and Services. La réglementation est de plus en plus lourde, avec la directive européenne anti-blanchiment, le contrôle américain sur l'usage du dollar…" Le KYC comporte un coût humain (des minimum légaux de collaborateurs sont fixés pour les départements conformité) et un coût en termes de temps, mais il impacte aussi l'expérience client. "Cela complique la relation car c'est de plus en plus long et compliqué d'ouvrir un compte, il faut fournir de plus en plus de documents…", ajoute Thibaut Kellam.

Automatiser les tâches administratives

Une branche récente des "regtech" (pour regulation tech) essaie donc de résoudre le problème des banques en automatisant le plus de tâches possible du KYC et en utilisant l'intelligence artificielle pour organiser les données et faire remonter les anomalies plus facilement. "Beaucoup de tâches administratives sont encore faites à la main, explique Thibaut Kellam. Vérifier la validité d'un passeport, rechercher des personnes ou données juridiques dans des bases de données…"

Les regtech spécialisées dans le KYC proposent de remplacer ces recherches manuelles chronophages par des solutions de screening automatisées et intelligentes de bases de données, notamment pour détecter les Politically exposed persons, susceptibles d'être impliquées dans des affaires de corruption et les personnes déjà sanctionnées.

Remonter l'information sensible

Pour les entreprises, "les solutions reconstituent automatiquement la chaîne actionnariale à partir des extractions de registre de commerce ou base de données en open source." Dans ce cas, les fintech livrent clé en main "des mapping interactifs sur le client, sa société-mère et ses actionnaires, ses filiales" qui permettent de générer un système de veille. Des alertes sont remontées en cas de changement et d'information négative. " Cela permet de piloter de manière efficace le niveau de risque réel d'un réseau de clients et de faire remonter plus rapidement et de manière plus ciblée l'information sensible", note Thibaut Kellam. Surtout, les départements conformité n'ont plus à aller chercher manuellement les informations puisqu'elles leur parviennent automatiquement. C'est par exemple ce que propose la start-up française KYC3, ou des éditeurs de logiciels comme Thomson Reuters, LexisNexis, Factiva, Invoxis…

La blockchain pourrait permettre de gérer l'accès aux données KYC

Outre ces solutions de screening et de mapping, des entreprises cherchent à faciliter l'hébergement des données KYC et leur réutilisation. "KYC.com permet par exemple aux entreprises d'héberger leurs donnée sur le site et d'autoriser l'accès en donnant une clé à des banques, explique Thibaut Kellam. Cela évite à chacune d'entre elles de faire les vérifications et améliore l'expérience client." A terme, les banques imaginent aussi pouvoir mettre en place un système similaire sur une blockchain commune pour y centraliser les données KYC en toute sécurité. Fin juin, Crédit Mutuel a d'ailleurs annoncé la finalisation d'un premier prototype basé sur la blockchain (privée, cependant, en attendant peut-être un consortium de banques…).

Prochaine étape ? Des acteurs travaillent sur des outils de veille réglementaire en temps réel qui seraient capables d'évaluer l'impact sur la structure bancaire et de proposer les changements adéquats pour se conformer aux nouvelles réglementations. De quoi éviter un travail très fastidieux aux collaborateurs des départements conformité…

 

Et aussi :

 

Fintech