Jean-Pierre Chevallier Retraites : "Les fonds de pensions sont la seule solution"

Ancien professeur d'économie à l'université de Nice, Jean-Pierre Chevallier s'affiche comme un économiste libéral.

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Jean-Pierre Chevallier. © DR

Le déficit actuel du régime de retraite se résume-t-il au choc démographique ?

Jean-Pierre Chevallier : Oui et non. Le problème de financement ne peut pas être résolu par un système de répartition. Il ne faut pas compter sur la démographie, comme on l'a fait après la seconde guerre mondiale. A l'époque, il y avait peu de retraités et beaucoup de travailleurs. C'était une solution déterminée par les circonstances de cette époque. Mais c'est une faute de raisonnement, quelles que soient les conditions démographiques. C'est un problème de logique, ce sont les économies réalisées pendant la vie active qui doivent payer les retraites ultérieures.

Comment réformer le système des retraites ?

La meilleure façon de payer les retraites est de mettre de l'argent de côté pendant sa carrière et de le placer sous forme d'actions. Il faut faire évoluer notre système vers des fonds de pensions, comme en Allemagne. C'est un système imaginé aux Etats-Unis dans les années 1940. Contrairement à une capitalisation purement individuelle, les fonds de pensions mutualisent les risques. Si tout le monde cotise, seuls les "survivants" en bénéficient. Cette mutualisation est indispensable : sans elle, 90% de la population n'auraient pas suffisamment d'argent pour financer leur propre retraite. En France, à chaque fois que quelqu'un évoque le système par capitalisation, tout le monde fait une erreur en pensant à un système d'épargne individuelle.

"Les actions restent le meilleur placement à long terme"

La crise financière ne condamne-t-elle pas le système des fonds de pensions ?

Globalement, cet effondrement financier ne remet pas en cause le système des fonds de pension. Il y a déjà eu des baisses de la bourse dans le passé. On sait que les actions ne sont pas stables. Mais cela reste le meilleur placement à long terme, même s'il y a des variations à court terme. Depuis 60 ans, les bénéfices des sociétés américaines augmentent de 7,5% par an, plus rapidement que le PIB.

Le système américain, que vous défendez, n'a-t-il pas des failles ?

Les fonds de pensions constituent selon moi le meilleur système pour la population. Cependant, dans le système américain actuel, rien n'oblige les employeurs à souscrire à un fonds de pensions. Certains travailleurs, surtout dans les petites entreprises, ne bénéficient pas de ces fonds de pensions et ne peuvent donc pas bénéficier de retraite. Je pense qu'il faudrait les rendre obligatoires. Il faudrait aussi que le salarié puisse lui-même choisir le fonds qui financera sa retraite.

Quel bilan tirez-vous des réformes précédentes ?

Elles n'ont servi à rien. On reste dans un système par répartition. Même la création des Perp et des Perco ne constitue qu'un perfectionnement du système antérieur, de façon à pouvoir survivre quelques années de plus. Nous avons aujourd'hui un problème de comptabilité. Les salariés accumulent des droits à la retraite, mais il n'y a aucune créance correspondante dans les comptes de la Sécurité sociale.

De plus, les salariés du secteur privé qui ont des petits salaires se retrouvent aujourd'hui dans une situation catastrophique. Ceux qui ont une situation modeste bénéficient d'une retraite insuffisante, alors qu'elle serait supérieure dans un système de fonds de pension.

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