La Chine, futur empire de l'innovation ? Recherche cerveaux désespérément

Après 22 ans passés aux Etats-Unis, Rao Yi, neuroscientifique célèbre, est retourné en Chine en 2007, attiré par la perspective de servir le développement de son pays et par un poste prestigieux. Il est le doyen de l'école des sciences de la vie à l'université de Pékin. Un laboratoire porte même son nom. Rao Yi est ce que l'on appelle un "haigui" ou une "tortue de mer", c'est à dire un Chinois formé à l'étranger de retour en Chine.

source : china statistical yearbook on science and technology 2011 et cnrs.
Source : China Statistical Yearbook on Science and Technology 2011 et CNRS. © JDN

Depuis les années 1990, la Chine déploie le tapis rouge à ses cerveaux les plus brillants partis à l'étranger et dont elle a tant besoin pour son développement scientifique et technique. "La diaspora chinoise a contribué et contribue de façon fondamentale à l'innovation en Chine", confirme un expert français en poste à Pékin. Mais de 1978 à 2009, 1,62 million de Chinois sont partis étudier dans les universités étrangères et seulement 460 000 sont revenus, selon le gouvernement. En 2008, celui-ci a donc lancé le programme 1 000 talents, visant à faire revenir les chercheurs chinois. Depuis, 2 100 chercheurs sont rentrés au pays. Fort de ce succès, un autre programme visant à recruter des détenteurs de PhD avec minimum 3 ans d'expérience et ayant moins de 40 ans a été lancé en 2010.

"Ce n'est un secret pour personne que, pour obtenir des financements, mieux vaut cultiver son réseau que de faire de la bonne recherche"

Pourtant pour ces "tortues de mer", il n'est pas toujours évident de revenir nager dans les eaux troubles de la recherche chinoise. Bardés de diplômes, formés à l'esprit critique, certains comme Rao Yi ne mâchent pas leurs mots pour dénoncer les lourdeurs et l'inefficacité du système. En 2010, Rao Yi et Shi Yigong, une autre star de la recherche de retour en Chine, signaient dans le magazine Science un éditorial au vitriol contre le système national de recherche. Ils y critiquent notamment l'importance des relations au détriment de la qualité de la recherche pour le financement des "méga-projets". "Ce n'est un secret pour personne que, pour obtenir des financements, mieux vaut cultiver son réseau que de faire de la bonne recherche", écrivent-ils. Et d'exhorter le pays à mettre en place "une culture saine de la recherche" et à réformer le système.

Les deux trublions dénoncent également le plagiat, pratique assez répandue dans le monde académique, et le manque d'autonomie politique des universités : "C'est un système encore sclérosé ou l'innovation est freinée par l'importance des relations et des luttes intestines". Bien souvent, les "tortues de mer" sont mal vues par leurs homologues chinois, qui les considèrent comme des intrus trop payés.

Objectif du de la Chine : recruter sur dix ans 500 à 1 000 experts étrangers qualifiés principalement dans les domaines des matériaux d'ingénierie, des biosciences et des sciences de l'information.

Au-delà de ses propres talents, la Chine cherche également, depuis août 2011, à attirer les élites du monde entier. Objectif du programme: recruter sur dix ans 500 à 1 000 experts étrangers qualifiés principalement dans les domaines des matériaux d'ingénierie, des biosciences et des sciences de l'information. Pour appâter ces têtes bien faites, le gouvernement met sur la table un million de yuan (environ 110 000 euros) pour couvrir leurs dépenses quotidiennes et une subvention de trois à cinq millions de yuans pour financer les recherches scientifiques.

Au total, la Chine compte atteindre 3,8 millions de chercheurs en 2020 (contre 2 millions en 2008). Le fonds de recherche chinois en R&D passerait, lui, de 440 000 yuans (48 300 euros) par an et par chercheur en 2008, à 1 million de yuans (110 000 euros) en 2020.

Le géant d'Etat de l'électronique Hisense a mis en place une collaboration avec le MIT Media Lab

Pour former ses cerveaux et avoir accès aux meilleures technologies, la Chine compte enfin sur les coopérations internationales. C'est ainsi par exemple que le géant d'Etat de l'électronique Hisense a mis en place une collaboration avec le MIT Media Lab (Etats-Unis) sur la formation de talents et des projets concernant les technologies intelligentes, l'intelligence artificielle et le dialogue homme-ordinateur. C'est la première fois que ce laboratoire du Massachusetts Institute of Technology s'associe à une entreprise chinoise.

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