RDVMedicaux décroche un investissement de Vivendi pour challenger Doctolib

Le site essaie de se démarquer sur un marché très concurrentiel, face à Doctolib, MonDocteur, ou encore PagesJaunes.

Nouvelle offensive sur le lucratif marché de la prise de rendez-vous médicaux sur Internet. Quelques mois après le lancement d'un service gratuit dédié aux professionnels de santé par PagesJaunes, destiné à recruter rapidement une base importante de praticiens, RDVMedicaux annonce l'embauche de 35 collaborateurs à Paris et en région avant la fin de l'année, permis par un nouvel investissement de sa maison-mère Vivendi Village.

La société se démarque de ses concurrents (Doctolib, MonDocteur, Clicrdv) par sa tactique de recrutement. Car c'est bien le nerf de la guerre que se livrent les acteurs : tous embauchent à tour de bras des commerciaux qui approchent les praticiens pour leur proposer leur service de réservation. Doctolib, le leader, revendique par exemple 10 500 professionnels abonnés et assure en recruter 1 000 chaque mois. La start-up emploie 250 salariés. RDVMedicaux compte 20 collaborateurs : pas de quoi peser lourd sur le terrain.

Nouer des partenariats avec des permanences téléphoniques

RDVMedicaux est en fait l'un des sites de MyBestPro, spécialiste de la mise en relation entre professionnels et particuliers racheté en 2010 par Vivendi, qui édite aussi Wengo (mise en relation par téléphone), Juritravail.com (pour joindre un avocat), Habitatpresto.com (pour les artisans) et Bordas.com (pour les cours à domicile). Et pour grossir rapidement sa base de praticiens, le site a choisi une méthode bien particulière : il a noué un partenariat exclusif avec l'éditeur de logiciels de permanences téléphoniques pour la prise de rendez-vous médicaux Eurice. "Eurice est au capital de Sansrdv.com, entreprise que nous avons rachetée en 2014 et qui est devenue RDVMedicaux, explique Patrick Amiel, directeur général. Sachant qu'aujourd'hui 30% des rendez-vous médicaux en France sont pris via des permanences téléphoniques, nous y avons vu une opportunité en or pour prendre le marché."

Plutôt que de choisir de faire du porte-à-porte, "modèle économique compliqué avec de gros investissements sur la durée", RDVMedicaux signe donc des accords avec des permanences téléphoniques : ces dernières payent pour utiliser le service et bénéficient d'un revenue-sharing sur les rendez-vous pris par le biais de la plateforme. Pour les médecins, pas de changement : ils continuent de payer la plateforme pour gérer la prise de rendez-vous. RDVMedicaux a déjà signé avec 100 call center médicaux (il en existe 400 en France) et mis 20% de leurs médecins sur sa plateforme, soit 4 000 praticiens, pour tester le service. La société revendique 150 000 rendez-vous pris sur sa plateforme chaque mois et compte mettre en ligne au fil de l'eau les 40 000 médecins de son réseau de partenaires, dont 25 000 d'ici 18 mois.

Déjà, la société envisage l'internationalisation : "Nous avons rencontré des acteurs sur les marchés italiens, dans la logique de création de joint-venture. Et l'une de nos permanences téléphoniques référence des médecins en Allemagne donc nous y testons le service avec quelques praticiens depuis dix mois."

Appétence pour la téléconsultation

Surtout, RDVMedicaux commence à se diversifier pour se démarquer de ses nombreux concurrents en lançant des services annexes. Outre le téléconseil, déjà testé sur le site Wengo, RDVmedicaux veut se lancer dans la téléconsultation. "Nous avons reçu 1 200 appels sur Wengo ces 18 derniers mois pour de l'information médicale, qui ont duré 7 minutes en moyenne et coûté 19 euros, décrit le directeur général. Mais le taux de satisfaction n'est que de 82%, contre 97% pour les autres activités, car les utilisateurs disent qu'ils ont eu de bonnes informations de santé mais pas personnalisées. Nous nous rendons compte qu'il y a une appétence forte pour la téléconsultation".

La téléconsultation n'est pas remboursée par la sécurité sociale

Problème : si des sociétés de téléconsultation rencontrent le succès au Royaume-Uni, par exemple, ce n'est pas le cas en France. D'abord, parce qu'il faut obtenir des agréments auprès des Agences Régionales de Santé, un processus prenant 18 mois environ. Mais surtout, parce que les Français sont habitués à ne rien débourser pour leurs consultations et que la téléconsultation n'est pas prise en charge par la sécurité sociale. Seuls quelques services btob opèrent à la marge, en proposant via des entreprises ou mutuelles la téléconsultation, notamment pour remédier aux déserts médicaux.

RDVmedicaux a développé une brique technologique pour faire de la visio-consultation "en un clic", sans télécharger de logiciel, mais la société n'a pas encore fait de demande d'agrément pour lancer le service. "Face au problème du remboursement, nous préférons aller rencontrer les ARS, l'Ordre des médecins et essayer de mettre en place des expérimentations sur le sujet", reconnaît Patrick Amiel. RDVMedicaux devrait donc se contenter du téléconseil pour les années à venir. Pas de quoi se différencier fondamentalement de ses concurrents... 

E-Santé