Dépasser les limites du tutorat classique grâce au tutorat spécifique métier

Le tutorat classique n'a pas tenu ses promesses. Il est temps de passer au tutorat spécifique métier.

Les récentes enquêtes menées en France ont mis en lumière les faiblesses de notre pays sur deux éléments essentiels dans l'organisation des entreprises :
- Un taux d'emploi des seniors le plus bas en Europe avec Italie (cf. graphique);
- Un échec dans la mise en oeuvre de stratégies de tutorat (cf. rapport de M. Bernard Masingue).

Pour relever ces défis, je vous propose de porter notre attention sur le second point, qui engendre  des impacts positifs sur l'emploi des seniors et leurs motivations dans la poursuite de leur carrière professionnelle.
Le constat est édifiant, le tutorat n'a pas tenu ses promesses. Lorsque nous analysons  d'un peu plus près les raisons de cette échec, il n'y a rien d' étonnant.

Les acteurs concernés ont cru qu'un dispositif généraliste allait répondre à toutes les situations de transferts de savoir-faire.
Les départements des Ressources Humaines se sont  retournés vers des formations de tutorat classique. Ces dispositifs sont insuffisants, ils répondent seulement à un des des objectifs du tutorat.
Ils traitent les généralités sur le savoir-faire et le savoir-être à développer pour devenir un bon tuteur. Ces formations sont bien trop éloignées des préoccupations terrain d'un véritable acteur du transfert de savoirs.

Une autre idée reçue a amplifié le constat d'échec du tutorat : les décideurs ont pris comme postulat que seuls les seniors avaient les aptitudes nécessaires pour transmettre leurs savoir-faire. Cela n'a pas permis d'évaluer les aspirations réelles des tuteurs potentiels, les éléments de motivation et les actions d'accompagnement à formaliser pour organiser cette nouvelle orientation professionnelle.
Pour conclure cet état des lieux non exhaustif, les directions n'ont pas pris en compte les impacts de la dimension managériale pour les responsables hiérarchiques des futurs tuteurs.

Il est temps désormais de vous présenter un dispositif qui permet de dépasser les limites du tutorat classique. Le tutorat spécifique métier comme sa terminologie l'indique est un dispositif qui s'inscrit au coeur des savoir-faire et des savoir-être stratégiques de votre organisation. Ce dispositif s'appuie sur une cartographie des connaissances essentielles à capitaliser par métier  de l'entreprise.

Dès lors l'élaboration d'une démarche adaptée à chaque métier est possible avec le support :
 - un plan d'action concret et pérenne au regard des communautés métiers concernées,
 - une charte du tutorat spécifique qui valorisera clairement les droits et les devoirs des acteurs concernés (Direction, Ressources Humaines, managers et tuteurs spécifiques métiers),
 - un plan de communication adapté à chaque communauté métier concernée, qui peut être diffusé si nécessaire à l'ensemble des collaborateurs et aux instances représentatives de votre entreprise.

L'étape suivante consiste à s'appuyer sur l'évaluation des tuteurs potentiels dans chaque métier. Ceux-ci peuvent être détectés lors des entretiens d'évaluation, des entretiens de mi carrière, des bilans d'expérience, des candidatures spontanées ou tout autre dispositif mis en oeuvre par votre département RH.
Cette étape est cruciale car elle sélectionne vos futurs tuteurs qui doivent assurer la pérennité de vos savoirs stratégiques.

Pour chaque tuteur sélectionné, il faut extraire et clarifier les connaissances essentielles de la communauté métier dont il fait partie.

Ensuite, le tuteur formalise les supports nécessaires à la transmission des savoirs, il doit prendre en compte la culture et le contexte des acteurs de la communauté tels que :
 - la culture d'apprentissage que celle-ci soit orale, écrite, visuelle, etc.,
 - le contexte d'apprentissage que celui-ci soit synchrone, asynchrone, centralisé ou décentralisé, intégrant la diversité, etc.,
 - les indicateurs de mesures d'appropriation des connaissances essentielles qui permettront d'évaluer les futurs tutorés.

Il ne reste plus qu'à concevoir le plan de transferts des connaissances essentielles, de le valider et de commencer les sessions de transferts des connaissances métiers . Après chaque session le tuteur établit un bilan qu'il communique à sa hiérarchie et au département RH.

En période de croisière, le tuteur a le devoir de mettre à jour régulièrement les éléments de sa base de connaissances pour assurer la capitalisation et la pérennisation des savoirs stratégiques de sa communauté de métier; un tuteur spécifique métier se doit de rester à plus 50% de son temps encore dans le métier dont il détient l'expertise : c'est la garantie pour l'entreprise de conserver réellement un savoir-faire qui réponde aux attentes de ses clients.

NB : Dans le texte, le masculin utilisé pour des intitulés doit être considéré comme un genre neutre

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