Stress : prévention collective, prévention individuelle

Si la progression du stress en entreprise implique des mesures collectives, sa dimension individuelle ne doit pas être occultée.

Peu de prises de position résistent à l'analyse statistique. Ainsi par exemple, il est devenu impossible (sauf aux idéologues) de tenir sérieusement le propos que le stress est uniquement une problématique de subjectivité individuelle. Ce qui pouvait se défendre il y a dix ans quand les victimes de burnout étaient des curiosités médicales, ne trouve plus de justification quand 10% des salariés de certaines entreprises sont absents et 30 autres pourcents sont démotivés.
Puisque le stress touche donc désormais une population "statistiquement" importante, il doit s'agir d'un phénomène collectif. Ce dernier doit donc être traité par l'analyse et la prévention de ce qui touche collectivement les salariés. Ainsi la recherche des causes du stress s'est déplacée récemment des méandres de la psyché humaine vers la sophistication des techniques d'organisation du travail.
L'affaire semble entendue, il faut prévenir collectivement le stress. Sous l'effet d'une menace réglementaire naissante (mais somme toute toujours modeste), d'une pression médiatique qui pèse son poids, ou d'une fibre sociale sincère, certaines entreprises décident ainsi d'investir dans l'amélioration des conditions de travail.
Mais l'analyse statistique du même phénomène révèle une autre vérité qu'il serait bon de ne pas occulter. Si la souffrance du plus grand nombre sous-tend un problème de nature collective, le bien-être de ne serait-ce qu'un individu placé dans les mêmes conditions offre une lecture non pas contradictoire, mais complémentaire. En effet, si un seul exemple ne suffit pas à prouver la validité d'une règle générale, il suffit d'un seul contre exemple pour prouver qu'une règle générale est fausse ou incomplète. Or ces contre-exemples existent dans l'entreprise et dans la littérature qui propose des témoignages d'hommes et de femmes qui exposés jusqu'aux environnements les plus hostiles, demeurent sereins.
En réalité, nous devons admettre que pour certains, le stress n'existe pas. Nous devons donc apprendre d'une part des entreprises qui repensent avec succès l'organisation de leur travail et d'autre part des individus qui gèrent sans encombre les difficultés.
A l'heure où le stress se propage comme une vilaine épidémie, il serait dommage de se priver d'un de ces deux leviers pour le prévenir.

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