Cadres d’entreprise : 10 erreurs à éviter lorsque vous créez votre entreprise

Votre expérience de cadre d’entreprise vous aidera fortement lorsque vous vous lancez. Il ne faut pas perdre de vue que l’état d’esprit, l’attitude et les méthodes nécessaires pour gérer et maintenir une « grande » entreprise ne sont pas les mêmes que ceux nécessaires pour faire naitre et faire grandir une entreprise.

Voici les erreurs à ne pas commettre

1. Trop miser sur vos expériences de cadres d’entreprise

On ne peut que tirer du positif de toute expérience. Et votre expérience de cadre d’entreprise est un atout qui vous permettra de vous assurer de bons débuts dans la structuration et l’organisation de votre entreprise. Au moins vous saurez les règles classiques de gestion à respecter par toute entreprise (quelle soit débutante, petite ou grande).
Si vous avez su développer des qualités de conduite d’équipe, elles vous aideront dans le développement de votre entreprise. Mais le simple fait que vous n’ayez personne à qui rendre compte (si vous êtes seul à bord par exemple) change l’équilibre des pouvoirs si bien que le type de leadership nécessaire pour gérer un département ou un service n’est pas celui qu’il faut pour gérer l’équipe en construction d’une nouvelle PME. Assurez-vous de ce que vous saurez rentrer dans la logique d’une PME (dont vous êtes propriétaire) pour ne pas tomber dans le piège lié au fait que la reddition de compte ne soit plus une obligation pour vous.

2. Garder la mentalité de la Big Machine que vous avez quittée

C’est vrai que le reformatage psychologique (ou la transition mentale) n’est pas évident lorsque vous quittez une grande entreprise pour créer votre propre entreprise (PME à ses débuts). On a vite fait de continuer de réfléchir et d’agir comme si on est toujours dans la grande entreprise aux grands atouts (presque imbattables) qu’on vient de quitter.
Ne tombez pas dans ce piège. Rappelez-vous, hier vous comptiez sur la fin du mois (et votre employeur) pour résoudre vos problèmes personnels. Sachez que désormais vos employés vont compter sur vous pour résoudre leurs problèmes et vous devriez vous battre pour être à la hauteur. Hier, vous pouviez faire la grève lorsque vous n’êtes pas contents de votre employeur. Entrepreneur, vous ne pouvez pas faire la grève parce que vous ne seriez pas content de vos employés...Autant de nouvelles réalités qui exigent une nouvelle mentalité.

3.  Vouloir naitre avec des dents

Parce qu’ils viennent d’une grande entreprise hyperstructurée avec tous les services, départements et ressources en place pour relever les défis inhérents à la gestion et au développement d’une entreprise, les cadres d’entreprise qui se lancent pensent qu’ils doivent avoir un organigramme s’apparentant à l’organigramme d’une entreprise déjà passée par les phases préliminaires de la croissance.
Ils oublient que l’organigramme de la grande entreprise qu’ils ont quittée n’était que le résultat d’un processus de structuration et de restructuration qui a démarré avec quelque chose de plus simple et de plus adapté aux moyens dont dispose une entreprise en démarrage. Ils pensent qu’ils sont à la fin d’un processus alors qu’ils n’en sont qu’au début. Certains vont jusqu’à vouloir avoir les mêmes équipements, reconduire le même organigramme…Résultat : ils ne tiennent pas longtemps.

4. Compter sur votre intelligence analytique pour faire prospérer votre PME

On ne devient généralement pas cadre par hasard sans l’expression d’une certaine intelligence analytique qui déjà permet de briller dans les plus grandes écoles de commerce et de valider ses diplômes. Seulement que les modèles et les cas pratiques qu’on aborde la plupart du temps dans les grandes écoles s’adaptent plus souvent (lorsque c’est le cas) aux grandes entreprises qu’aux PME.  Si vous comptez sur votre maîtrise de ces modèles plutôt que sur votre intelligence pratique faite de tâtonnements, de balbutiements, d’essais et d’échecs parsemés de quelques exploits comme c’est le cas dans une PME, vous allez vous désillusionner trop tôt.
Difficile de dire qu’un bon MBA ne fera pas un bon chef de PME mais ce sera le cas si vous ne vous adaptez pas à la PME. Ceux qui excellent ici sont des gens à capacités intellectuelles « limitées » qui sont assez humbles pour laisser les faits ou la réalité leur dicter quoi faire pour progresser efficacement et sûrement. Sans cette humilité intellectuelle, la désillusion est trop souvent au rendez-vous.

5.  Vouloir tenir tête à votre ancienne boîte

Vous pouvez avoir quitté votre entreprise parce que vous n’étiez pas d’accord avec leur approche. Et peut-être après avoir laissé passer le délai nécessaire pour que la clause de non concurrence ne soit plus valable, vous avez décidé de vous lancer dans le même secteur que votre ancienne entreprise directement ou de façon déguisée. Si vous savez bien vous y prendre, vous allez réussir à leur tenir tête. Mais avant de vouloir vous engager la tête baissée, faites un inventaire des sérieux atouts dont votre ancienne maison disposait avant que vous ne la quittiez et assurez-vous bien de ce que vous avez – en ce moment – les moyens de leur déclarer la guerre. Il n’est pas dit que vous n’allez pas la gagner. Peut-être que votre départ les a fortement affaiblis mais assurez-vous de ce que vous avez de quoi rivaliser autrement vous vous ferez broyer. Les entrepreneurs malins choisissent généralement une niche négligée par les grosses boites. Cela ne veut pas dire qu’ils ne viendront pas vous chercher si votre niche est juteuse mais ils montreront peut-être moins de véhémence que lorsque vous les provoquez. Sachez que vous pouvez attaquer à tout moment mais seulement si vous en avez les moyens.

6. Se lancer dans des secteurs trop concurrentiels

Parce qu’ils ont quitté une entreprise qui sait gagner les plus grandes batailles concurrentielles, la plupart des cadres d’entreprise qui se lancent croient tellement en leur puissance marketing (intellectuelle) - nantis qu’ils sont des expériences des exploits réalisés par leur ancien employeur en la matière – qu’ils n’ont peur d’aucun secteur fut-il le théâtre de la concurrence la plus rude. Vous pouvez gagner en démarrant avec de rudes batailles – mais l’illusion c’est que vous pensez que vous êtes aussi fort qu’au moment où vous étiez Directeur Technique (ou R&D) ou Directeur Marketing de votre ancienne grosse boite. Vous n’avez plus les mêmes atouts matériels et « pragmatiques ».
Mêmes si vous avez toujours votre intelligence aiguisée par vos expériences en tant que cadre de grande entreprise, vous ne vivrez pas les mêmes expériences maintenant que vous êtes (ou allez être) Responsable de PME débutante. Ici presque tous les atouts organisationnels sont à faire asseoir, autant ne pas ajouter le défi concurrentiel aux autres défis en étant suffisamment humble quant à vos capacités à faire face à n’importe quel degré de concurrence.
Les phrases de type
: « Nous allons les écraser » que vous répétiez au sein de la grosse boite ne s’appliquent plus à vous – du moins jusqu’à ce que vous en ayez véritablement les moyens (ce qui n’est pas toujours le cas au lancement).

7.  Être peu enclins à aller à l’Université des Entrepreneurs

Parce que nous avons un MBA, nous avons tendance à penser que les connaissances acquises à l’école  sont les mêmes que celles nécessaires pour créer, gérer et développer une petite moyenne entreprise. Pour avoir été dans la même situation, je sais que la PME est une autre école. L’entrepreneuriat est une autre école et justement très peu de grandes écoles forment des entrepreneurs. Pour réussir en tant qu’entrepreneur, il faut s’inscrire à l’Université des Entrepreneurs dont la première Unité de Valeur à valider est l’humilité pour apprendre de ses erreurs et de ses paires et surtout pour prendre le recul face à chaque nouvelle situation comme si on ne connaissait rien…Ensuite, il faut savoir s’évaluer par rapport aux stratégies utilisées par les entrepreneurs à succès, bâtir son plan de croissance personnelle et entrepreneuriale pour développer l’état d’esprit et les habitudes nécessaires afin de réussir comme eux.  

8.  Sous-estimer la capacité des concurrents peu diplômés

S’il y a un point sur lequel je trouve les braves responsables de TPE et PME redoutables par rapport à nous qui pensons détenir les secrets de l’efficacité managériale, c’est que ces hommes et ces femmes peuvent être très conservateurs dans leur approche grâce à leurs capacités s’aligner sur quelques trois ou quatre (4) fondamentaux de l’efficacité entrepreneuriale qui font qu’ils progressent doucement mais sûrement. Rien que le fait que nous avons tendance, nous autres, à ignorer ou à banaliser ces fondamentaux fait qu’ils ont de l’avance sur nous ; je pense que c’est une raisons suffisante pour ne pas les banaliser. Ils voient les start-up se créer rapidement et disparaître rapidement et pourtant, eux, ils continuent d’exister. Autant chercher à apprendre d’eux plutôt que de les sous-estimer. Ils s’agitent peu mais peuvent être très efficaces quand il s’agit de produire les performances essentielles.

9. Oublier que vous dirigez désormais une PME

Il ne faut surtout pas oublier que toute entreprise est à ses débuts et de quelque façon une Toute Petite Entreprise, une Petite Entreprise ou un Petite et Moyenne Entreprise. Lorsque vous êtes à vos débuts, souvenez-vous que pour l’instant et en attendant que votre entreprise ne grandisse, vous dirigez tout au plus une PME. Votre start-up doit croître très rapidement pour devenir rentable  et rassurer vos bailleurs, mais n’oubliez pas que vous êtes une PME (pour l’instant). Alors, pour chaque choix à opérer, n’oubliez pas de le faire passer au scanner de la PME. Il vous faudra une reprogrammation mentale pour ne plus penser « jusqu’à nouvel ordre » comme Directeur ou sous-directement de département. Pratiquez l’autosuggestion de sorte qu’à chaque fois qu’une pensée de Directeur de Département entre dans votre tête, vous puissiez rétorquer en répétant : « Je dirige maintenant une PME à développer et à faire grandir, et non une grande entreprise »

10. Être pressé de devenir une entreprise à la page

Si quelqu’un vous fait croire que le succès entrepreneurial arrive du jour au lendemain, fuyez-le et concentrez-vous à travailler à développer votre entreprise. Vous allez être à la page si vous faites des choses exceptionnelles mais vous ne serez pas à la UNE des plus grands magazines économiques du jour au lendemain. En la matière, ceux qui n’ont pas réussi à asseoir les bases nécessaires pour transformer leur entreprise débutante en un centre d’excellence, d’innovation et de performances continues et se sont laissés distraits par le fait qu’ils se soient retrouvés à la page du jour au lendemain, ont été rapidement oubliés par la même vague que celle qui les a propulsés.
Si on parle de vous et que vous recevez tous les honneurs, assurez-vous de ce que vous ne passez pas plus de temps dans les salles d’entente de chaines Télé que dans votre laboratoire d’où sortiront les prochaines innovations pour qu’on continue de parler de vous. N’oubliez pas que vous n’avez pas créé votre entreprise pour qu’on parle de vous (peut-être ?) mais pour créer de la richesse, résoudre des problèmes, laisser un héritage ou pour réaliser quelque chose de plus fort et de plus durable que la célébrité éphémère…

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