Il faut incorporer dans la Réforme Santé, l’évaluation du « bien être au travail » avec la participation des médecins traitants

Même si il reste encore tabou dans certaines entreprises, le stress fait de plus en plus l’objet de colloques ou de réunions qui abordent sans complexes le problème de la gestion du «bien être au travail». Seulement l’enjeu est devenu très important.

On connaît l’impact sociétal et économique du stress mais encore mal ses pathologies. Dés lors ne pourrait-on pas donner à ce phénomène tout la place qu’il mérite, l’inclure dans la Réforme Santé en cours et y associer les médecins traitants.
Pour appréhender, étudier, prévenir et même calculer les risques au travail le monde des entreprises utilise toujours les méthodes statistiques et analytiques. Pour cela des administrations comme DARES, la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques ou la Direction générale du travail publient régulièrement des études, recherches et résultats sur les conditions de travail, les expositions aux risques et leurs effets sur la santé des salariés. Ces enquêtes connues sous le nom de Sumer ou Surveillance médicale des expositions aux risques professionnels sont publiées régulièrement et alimentent les congrès et réunions de travail sur les risques pour la santé au travail.
Mais voilà que le domaine de recherches et d’études de ces organismes s’est diversifié depuis plusieurs années. On ne parle plus uniquement de pollutions sonores ou de contraintes physiques, de nuisances thermiques ou de rayonnements, de contraintes posturales et articulaires, de travail sur machines ou outils vibrants, d’exposition aux agents chimiques mais on parle aussi, stress oblige, de « bien être au travail ».
En fait si les méthodes d’études classiques décrivent très bien, avec une approche quasi scientifique, les contraintes organisationnelles, les expositions professionnelles de type physique, biologique et chimique auxquelles sont soumis les salariés, il en est tout autrement pour évaluer le « bien être au travail » et ce qui pourrait le remettre  en cause, les risques psychosociaux (RPS).
Il existe pourtant des modèles pour « mesurer » le stress professionnel et évaluer les RPS (modèles de Karasek, de Siegrist, de Hobfoll et de Dejours). Mais si ces modèles renseignent sur les mécanismes de survenu du stress, la façon dont il est ressenti ou sur les relations entre, mise en situations stressantes et  apparitions de telles ou telles pathologies, aucun ne permet de quantifier les effets physiques, physiologiques ou psychiques du stress.
Pourtant, parmi les RPS, le stress représente bien le principal facteur causal, non seulement des maladies professionnelles, mais aussi de la plus part de maladies vues par les médecins de villes et de campagne. Une abondante littérature à bien codifié les liens existant entre lui et les maladies cardiovasculaires, les troubles musculo-squelettiques, les pathologies mentales. Mais d’autres maladies sont aussi la conséquence du stress. D’autre part il n’est plus a démontré que ce stress est un enjeu important de santé publique et représente un coût pour la collectivité : deux points du PIB selon l’économiste Jacques Sapir.
Nous connaissons les conditions déjà très difficiles des médecins du travail au sein des entreprises et leur trop faible effectif pour pouvoir suivre à la fois les salariés déjà reconnus « à risque » par leur exposition au travail et les salariés soumis au stress. Pour cette raison on ne pourra plus faire l’économie des médecins traitants de ville et de campagne qui suivent régulièrement dans leur cabinet leurs patients, victimes du stress d’entreprise.
Rappelons que les médecins non seulement possèdent dans leur fichier patients une somme considérable de renseignements scientifiques le plus souvent inexploités, renseignements scientifiques directement en rapport avec le stress au travail
A un moment ou le monde médical se cherche et où des réformes, souvent contestées, sont en cours d’élaboration pour définir ce que sera la pratique médicale de demain, il serait peut-être important d’incorporer dans ces réformes, la santé au travail avec la participation des médecins traitants.

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