Réformer en profondeur la formation en France, un vœu pieux ?

Compte personnel d'activité, Compte personnel de formation, Territoires zéro chômage longue durée, déploiement de Mooc... Ces initiatives louables ne suffisent pas à lutter contre le chômage de masse. Pourtant certaines pistes peuvent être creusées.

Formation : les plaques tectoniques bougent

En France, le taux de chômage avoisine les 10 %. Les gouvernements se suivent et tentent de remédier à ce qui apparaît malheureusement comme une fatalité. La formation est depuis toujours montrée comme une porte de sortie au chômage de masse. 

Avec un budgetannuel fixé à 32 milliards d’euros, il est plus qu’évident que sa gestion est inefficiente. Cet ensemble de contributions provenant principalement des entreprises, des régions et de l’Etat bénéficie paradoxalement davantage aux actifs (42 %) et non aux chômeurs (14 %). Selon l’INSEE, ce sont même les cadres qui s’engagent en grande partie dans un processus de formation.

Depuis le 1er janvier 2017, dans le cadre de la nouvelle Loi Travail, le Compte Personnel d’Activité (CPA) est instauré. Il est donc désormais intégré au compte personnel de formation (CPF) qui a remplacé le droit individuel à la formation (DIF) depuis janvier 2015.

Le plan gouvernemental "500.000 formations supplémentaires pour les chômeurs de longue durée" est également entré dans sa phase opérationnelle. Le Medef voit également en la formation professionnelle, le moyen de permettre aux entreprises de prendre le tournant digital et environnemental. Initiatives institutionnelles concrètes et consentement du patronat sur la nécessité de la formation attestent que cette voie peut être un sésame pour l’emploi. 

Les chômeurs de catégorie A : les deux faces d’une même pièce

Chez les demandeurs d’emploi, deux groupes se distinguent par leurs difficultés à retrouver un emploi pérenne. Au sein de cette population, la formation peut constituer un moyen de reconversion professionnelle et/ou un complément de compétences indiscutable. Deux groupes se distinguent, d’un côté les moins de 25 ans, de l’autre les plus de 45 ans. Une génération sépare ces derniers, pourtant beaucoup restent malheureusement aux portes du CDI.

Concernant les jeunes, le manque d’expérience et comme l’absence d’adéquation entre la formation initiale et les besoins des entreprises peuvent constituer un frein à l’embauche, malgré le coût moins élevé de leur salaire en début de carrière.

Pour les aînés, l’expérience accumulée au fur et à mesure du parcours professionnel est un atout important. Cependant, dans certaines professions liées au numérique par exemple, le manque de maîtrise de certains usages et/ou logiciels professionnels sont des difficultés que certains recruteurs préfèrent éviter. Le potentiel d’adaptation est hélas souvent sous-estimé. Or, la motivation qui anime les seniors leur permet souvent de pallier leurs lacunes mais également de les dépasser de manière performante. Le coût salarial plus conséquent d’un salarié expérimenté peut aussi réduire son potentiel d’employabilité, bien que ce qui peut apparaître comme une dépense de la part de l’employeur doit en fait être vu comme un investissement.

Optimisons l’offre de formation

Certains manquent donc d’expérience et coûtent cher. D’autres sont trop expérimentés et trop onéreux. Ce constat n’explique bien évidemment pas le chômage chronique dont souffre le pays. Pallier les lacunes de chacun par la formation est une solution qualitative à condition de s’adapter aux besoins des demandeurs d’emploi et surtout de les envoyer vers des métiers qui recrutent tels que ceux en rapport avec le développement durable, le bâtiment et le numérique.

Le gouvernement, comme Pôle emploi, doivent donc, de manière pragmatique, informer sur les secteurs dits en tension afin que l’argent public dépensé ne soit pas alloué à des voies de garages. Il est également impératif d’établir des pré-requis stricts à chaque formation. 

En effet, force est de constater que certaines personnes ne peuvent assimiler les enseignements, d’autres abandonnent les cursus en cours de route ou ne réussissent pas les examens. Cette réduction artificielle des chiffres du chômage est un gâchis qui n’est plus acceptable !

La qualité des formations dispensées doit également être en adéquation avec les compétences exigées par les entreprises. La France compte 55 000 organismes de formation, l’Allemagne uniquement 4 000. Le chiffre d’affaires de ce secteur dans l’Hexagone est estimé à 13 milliards d’euros, la comparaison du taux de chômage français et allemand est un constat sans appel :  la quantité n’est pas un corollaire de la qualité.

Formation et transition numérique : un potentiel ignoré

À l’heure où le numérique façonne l’économie mondiale, le secteur de la formation professionnelle est bien évidemment impacté. Jour après jour, pléthore de cursus qualitatifs ou non inondent la toile. L’offre n’a jamais été autant visible, riche et donc peu identifiable.

Certains professionnels de la formation à l’écoute des mutations adaptent leurs enseignements aux us et coutumes du net avec la mise en place de formations en digital learning comme les Mooc. Les apprenants peuvent ainsi se former à distance de chez eux. Quand on sait que les coûts de déplacement ou de logement peuvent constituer des obstacles à la concrétisation d’un projet de formation, la généralisation de ce type d’initiative est à souhaiter. En matière de dépenses publiques, ce sont des économies non négligeables qui pourraient également être réalisées.

Mais pour cela, la transition numérique engagée à l’échelle nationale doit se poursuivre et même s’accélérer. L’ensemble de la population française est concerné. A titre d’exemple concret, la dématérialisation des services de l'État (déclaration des impôts, démarches administratives en mairie...) s’effectue exclusivement via Internet. Avons-nous réellement pris conscience de cela ? Disposons-nous des moyens nécessaires pour y faire face ? A l’instar des foyers qui subissent la précarité énergétique, l’existence des ''exclus du digital'' semble malheureusement inéluctable. Bon nombre de territoires français restent victimes de la fracture numérique. L’accès à internet est difficile, voire même impossible. C’est une situation qui revêt un caractère clairement incongru pour un pays moderne comme la France.

Beaucoup de problèmes sont identifiés ici mais également beaucoup de solutions. Si nos dirigeants s’engagent de manière concrète et rigoureuse dans les pistes de solutions énoncées pour réduire le chômage grâce à la formation, une baisse significative du chômage chez les demandeurs d’emploi trop éloignés du marché se produira sans aucun doute. A l’aube des élections présidentielles, c’est un sujet crucial pour l’avenir de notre pays.

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