Apple TV et Android TV vont-il avoir la peau des box triple play ?

La nouvelle génération de Smart TV veut s'emparer du marché de la TV connectée et mettre à mal le monopole des FAI.

Si jamais les patrons des FAI français s'étaient décidés à suivre la keynote de Tim Cook en septembre dernier, ils ont dû éprouver quelques frissons en entendant le patron d'Apple annoncer, bravache, que "les apps sont le futur de la télévision". Une prophétie qui accompagnait la présentation de la dernière Apple TV, la nouvelle mouture d'une "set-top box" (boitier TV) dont la première génération remonte déjà à 2007.

Sans doute ont-ils été tout autant bluffés en assistant à la démonstration ce même jour du couple "Siri-Apple TV" permettant à l'utilisateur d'avancer ses films à sa guise ou d'obtenir des informations sur celui-ci, en superposition, grâce à la fonctionnalité de commande vocale.

Cantonnée à quelques geeks et afficionados de la marque à la pomme, l'Apple TV n'avait jusque-là franchement pas révolutionné le paysage télévisuel français. Au même titre d'ailleurs que l'ensemble des smart TV sorties par les Samsung, LG, Philips et consorts. La faute au monopole exercé par les box du quatuor Orange, Free, Bouygues et SFR-Numericable au sein des salons français.

65% des foyers français équipés d'une TV connectable... mais peu qui l'utilisent vraiment

Au quatrième trimestre 2015, 77,8% des foyers français étaient ainsi équipés d'une box FAI selon Médiamétrie//Netratings. Et s'ils sont 65,2% à également être équipés d'une TV connectable, selon le même panel, ils sont très rares à activer les capacités de leur smart TV. A peine 9% selon une étude menée par CCM Benchmark (éditeur du JDN) en février 2014.

"La TV connectée c'était jusqu'à il y a peu cet abonné qui faisait un peu d'IP TV via la box de son opérateur pour accéder au replay de son programme préféré", caricature volontairement Vincent Pillet, directeur associé de l'agence digitale UserAdgents.

Il faut dire que les fonctionnalités proposées par les smart TV des différents fabricants n'incitaient pas forcément à franchir le pas. "Chacun a essayé de lancer sa smart TV avec son OS et des applications qui lui sont propres", rappelle-t-il. Difficile dans ces conditions de mobiliser les développeurs pour qu'ils déclinent leur application dans autant de versions : "C'est vraiment l'hyper fragmentation du monde des smart TV qui a freiné son développement."

Apple et Google s'attaquent enfin au marché de la smart TV

Une réalité qui devrait être mise à mal dans les mois prochains. Grâce à l'Apple TV donc, mais aussi et sans doute grâce à l'OPA qu'est en train de réaliser Google sur le monde de la TV connectée grâce à Android TV.

Les principaux fabricants de Smart TV, LG, Philips et Sony, tous membres d'un consortium Android, ont succombé récemment à la promesse de cet OS leur apportant ces fameuses centaines de milliers d'applications de jeux, médias, musique et autres divertissements. Une exception : Samsung qui continue à faire cavalier seul avec son OS open source, Tizen. Mais pour combien de temps encore ?

Plus surprenant, la propagation vitesse grand V d'Android touche jusqu'aux box des FAI. Bouygues Telecom et Free ont ouvert leur jardin à Google en lançant en 2015 des box qui sont opérées par son OS, la Miami pour le premier, la Freebox mini 4K pour le second.

Bouygues et Free se sont laissés séduire par Android TV

Ceux qui connaissent l'hostilité affichée par Xavier Niel à l'égard de Google ne manqueront pas de sourire. "C'est avant tout un choix pragmatique qui permet aux deux opérateurs d'économiser d'importants coûts d'entretien de leur propre système d'exploitation tout en donnant accès à leurs abonnés aux centaines de milliers d'applications disponibles sur le Play Store", analyse Vincent Pillet.

A ce jour, Orange et Numericable se refusent à confier les clés de leur box Internet à Google, soucieux de garder la maîtrise des services et des contenus qui sont accessibles à leurs clients en France et surtout d'éviter de partager leurs données clients avec la firme américaine.

De son côté, Vincent Pillet, détenteur lui-même d'une box Miami, vante les mérites d'un outil qui lui permet désormais de télécharger des jeux pour ses enfants, utiliser le système de commande vocale pour naviguer ou encore streamer son smartphone directement sur son écran de télévision grâce à Chromecast. De quoi transformer "la télévision en un véritable smartphone 30 pouces" et l'imposer, en créant des nouveaux usages comme le casual gaming de salon, la nouvelle génération de TV connectée.

C'est sans doute également le calcul de Tim Cook, qui s'est décidé à ouvrir la dernière version de l'Apple TV à l'App Store. La firme à la pomme se contentait jusque-là d'intégrer quelques applications dédiées, commandées au préalable à des tiers comme Netflix. Avec ce virage stratégique, ce sont d'un coup plusieurs centaines de milliers d'applications qui devraient s'inviter sur le boîtier TV de la marque à la pomme. Et ce d'autant plus facilement qu'une grosse base du développement de l'application est commune au smartphone et au boîtier.

Le "triple-play" permet encore aux FAI de verrouiller le marché

Android TV et Apple TV peuvent-ils donc sonner le glas du monopole des FAI sur la TV connectée en France ? Certainement pas à court terme. Mais techniquement, tout est prêt. "Un utilisateur n'a besoin que du Wifi ou d'un câble Ethernet pour connecter sa TV et accéder à l'univers applicatif de ces deux OS", rappelle Vincent Pillet.

Concrètement, les utilisateurs n'auraient donc besoin que d'une offre Internet only à moins de 10 euros plutôt qu'un pot-pourri TV, Internet et téléphonie entre 20 et 35 euros. Mais il ne faut pas s'attendre à voir arriver une telle offre. La hantise des opérateurs est d'être réduits à l'état de fournisseurs de tuyaux. Les box triple play leur ont permis de prendre la main sur la distribution des contenus, et donc d'apporter de la valeur ajoutée à leur métier historique. Cela leur apporte de la croissance, tout comme un potentiel de croissance à long terme qu'ils défendront jusqu'au bout. 

C'est pour cette raison qu'ils surveillent de près les projets de Google dans les télécoms. On connait l'ambition du géant de l'Internet en matière de création d'un réseau haut-débit dans le monde, que ce soit avec des drones ou des ballons, tout comme son projet de déploiement de réseaux fibrés aux Etats-Unis. On y voit désormais l'intérêt qu'il y trouverait pour son offre de Smart TV. La boucle serait bouclée.  

 

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