Foire aux vins : 9 pièges à éviter

Organisée par les enseignes de grande distribution, cette opération commerciale peut être une aubaine pour les amateurs de vin. A condition d'en connaître les ficelles.

Depuis leur invention dans les années 1970, le succès des foires aux vins ne se dément pas. La grande distribution y réalise près de 20% de ses ventes annuelles. Sur le papier, elles apparaissent comme l’occasion de faire de bonnes affaires. Et il y en a. Mais ce rendez-vous regorge aussi de pièges pour les non-avertis. En voici quelques uns.

Les bourgognes présents lors des foires sont bien souvent des vins vendus en vrac

Premier piège, se ruer sur les vins de Bourgogne. Pour figurer dans les rayons, les vignerons doivent se plier aux exigences de volumes de la grande distribution. A ce compte-là, les vastes propriétés du Bordelais et du Languedoc sont parfois les seules à pouvoir les satisfaire. Tout le contraire du Bourgogne, dont les exploitations produisent de petites quantités. Les bourgognes présents lors des foires sont en réalité "bien souvent des vins vendus en vrac", avertit Charles Le Bault, directeur opérationnel de Prodégustation, une entreprise qui dispense des cours d’œnologie à travers la France. "On se retrouvera alors avec vins de moindre qualité, allant du mauvais au lambda."

Deuxième piège, acheter le premier bordeaux venu. Les bouteilles de bordeaux sont surreprésentées. Et c’est sur les vins plutôt communs que la grande distribution s’assure de confortables marges. Elle use donc volontiers de quelques stratégies pour faire acheter le vin qu’elle a décidé d’écouler. En le plaçant en tête de gondole par exemple. "Ou de façon plus discrète, en lui assurant plus de place dans un linéaire (un rayon, NDLR) par rapport à un autre vin, confie Charles Le Bault, deux ou trois rangées plutôt qu’une seule."

Les crus bourgeois à 5 euros l’unité peuvent cacher des vins de marques ou de négociants

Troisième piège, privilégier les prix bas. Certes, la foire aux vins permet de s’offrir des bouteilles à bon prix. Mas de là à sacrifier la qualité, il y a un pas. Trouver des crus bourgeois à 5 euros l’unité doit inviter à la prudence. Ce sont souvent des vins de marques ou des vins de négociants. "Or il y a des coûts identiques pour toutes les bouteilles, comme le prix du contenant et de l’acheminement, explique Charles Le Bault. Sur des vins à si bas prix, cela veut dire que la qualité a largement été sacrifiée."

Quatrième piège, les promotions trop visibles. Lors des foires aux vins, "votre boite à lettres sera assaillie d'offres étonnantes, souvent risibles, du type "pour 6 bouteilles achetées, 6 offertes!" avertit Emmanuel Delmas, sommelier et consultant en vins. "Ne soyez pas naïfs, et fuyez, " conseille-t-il. "Ces offres alléchantes sont louches, abonde Charles Le Bault, elles se révèlent souvent être des déceptions à la dégustation."

Le millésime 2013 ne se prête pas particulièrement à la longue garde

Cinquième piège, le rayonnage trop soigné. La grande distribution met volontiers en scène ses rayons lors de la foire aux vins. Décoration, amélioration des conditions de conservation, linéaires réaménagés, présence d’un "expert"… Pour un peu, le consommateur se croirait chez un authentique caviste. Mais il faut bien avoir à l'esprit que l'essentiel des vins proposés sont le fruit du travail de gros faiseurs et que les vignerons indépendants sont bien souvent absents de ce rendez-vous.

Sixième piège, les vins médaillés. Les vignerons ont bien compris qu’afficher sur leurs bouteilles la médaille glanée à un concours quelconque est synonyme de ventes plus conséquentes. Sauf qu’il existe des dizaines de concours en France décernant pas moins de 1 000 médailles par an à des propriétés qui payent parfois pour s’y inscrire et dont le jury n’est pas nécessairement composé de professionnels. Une médaille n'est donc pas un gage de bonne bouteille.

Septième piège, les vins coups de cœurs. Pour s’assurer des ventes conséquentes, les supermarchés attireront le consommateur vers des bouteilles présentées comme des coups de cœur de l’enseigne ou du caviste du magasin. Mais pour certains sommeliers, c'est surtout l'occasion d'écouler leur stock. Cela ne veut pas dire que le vin est mauvais, mais cela ne veut pas dire que ce coup de cœur est authentiquement œnologique.

Une médaille n'est pas forcément un gage de bonne bouteille

Huitième piège, n’acheter que le millésime 2013. En 2015, le millésime 2013 sera à l’honneur lors des foires aux vins. Mais attention, ce millésime ne se prête pas particulièrement à la longue garde pour ceux qui privilégient ce type d’achats. Dans le Bordelais, ce millésime est d’ailleurs présenté comme très moyen, voire technique. Ce qui n’empêchera pas les réseaux de grande distribution de tenter d’attirer le consommateur vers ce millésime.

Neuvième piège, gare, parfois, aux grands crus. Oui, les foires aux vins permettent de réaliser de très bonnes affaires sur les très grands crus classés du Bordelais. Mais il ne faut pas s’y tromper, "c’est un produit d’appel, prévient Charles Le Bault. Ils sont souvent présents en petite quantité et ils partent très vite". Sans compter que ces grands crus "échouent" littéralement dans les réseaux de grande distribution. Par ailleurs, il faut se méfier des millésimes. Tous ne se valent pas. Enfin s’il s’agit d’un millésime trop ancien, il peut s’agir de fin de stocks que l’enseigne écoule discrètement et qui n’ont pas toujours été conservés dans des conditions idéales.

 

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