La différence entre volatilité et risque selon Warren Buffett

Le génial investisseur explique pourquoi ceux, nombreux, qui confondent les deux notions, finissent par perdre de l'argent.

La volatilité et le risque sont deux choses différentes.

Dans sa dernière lettre aux actionnaires, Warren Buffett, PDG de Berkshire Hathaway, est revenu su la différence entre les deux concepts et pourquoi beaucoup d'investisseurs les confondent, ce qui leur fait perdre de l'argent.

Voici l'explication :

Sur le long terme, les instruments financiers libellés en devises sont des investissements bien plus risqués qu'un portefeuille d'actions variées acquises au fil du temp

"La conclusion singulière et pourtant inévitable de ces cinquante dernières années, c'est qu'il a été beaucoup plus sûr d'investir dans un certain nombre d'entreprises américaines variées plutôt que dans des produits financiers (bons du Trésor américain par exemple) dont la valeur a été indexée sur le cours du dollar. Cette constatation est aussi valable pour le demi-siècle précédent, une période qui a connu la Grande Dépression et deux guerres mondiales. Les investisseurs devraient y accorder de l'importance. A un degré plus ou moins différent, il est presque certain que ce schéma se répétera au siècle prochain.

Le cours des actions sera toujours beaucoup plus volatile que les titres de créance négociables. Cependant, sur le long terme, les instruments financiers libellés en devises sont des investissements bien plus risqués qu'un portefeuille d'actions variées acquises au fil du temps et n'impliquant que des taxes et des commissions symboliques. Cette leçon n'est pas habituellement enseignée dans les business schools, où le terme volatilité est presque universellement utilisé comme équivalent de risque. Ce postulat a pour but de faciliter l'apprentissage mais il est complètement faux : le terme volatilité est très différent du terme risque. Les formules communes qui mettent les deux concepts sur un pied d'égalité égarent les étudiants, les investisseurs et les PDG."

Au cours des dernières années, le refrain que l'on entend bien souvent dit que la volatilité aurait presque entièrement disparu. Un phénomène attribué aux politiques des banques centrales pour apaiser les marchés financiers.

Cette affirmation a été appuyée par l'évolution du VIX, l'indice de volatilité du marché financier américain, qui s'est maintenu à des niveaux historiquement bas au cours des dernières années.

Evolution de l'indice VIX calculé par le Chicago Board Options Exchange. © FRED

Le problème de cette conclusion est double.

Premièrement, le VIX a connu quelques pics au cours des derniers mois, en particulier suite à la ruée des investisseurs vers les bons du Trésor américain de l'automne 2014 et de début 2015. A suivre.

Deuxièmement, comme le souligne Buffett, la volatilité sur les marchés ne signifiait pas à elle-seule que le marché boursier était nécessairement plus risqué pour un investisseur à long-terme (le prisme à travers lequel Buffett voit les marchés). Jetez un œil au S&P500 et vous verrez que, même s'ils n'ont pas été faciles à générer, il y a réellement eu des profits.

Pour la grande majorité des investisseurs qui peuvent - et devraient - investir dans des actions avec une vision sur plusieurs décennies, la chute des cours n'a pas d'importance

Buffett poursuit :

"En termes de valeur nominale et de pouvoir d'achat, détenir des actions pour un jour, une semaine ou un an, est bien évidemment beaucoup plus risqué que d'investir dans des produits financiers très liquides. Ce n'est pertinent que pour certains investisseurs (par exemple les banques d'investissement) dont la viabilité peut être menacée par la chute des prix des actifs et qui peuvent se voir contraints de vendre des actifs lors de marchés en récession. Et tout acteur qui pourrait avoir un besoin significatif de fonds à court-terme devrait détenir un nombre approprié de bons du Trésor ou déposer des fonds sur des comptes d'épargne.

Mais pour la grande majorité des investisseurs qui peuvent - et devraient - investir dans des action avec une vision sur plusieurs décennies, la chute des cours n'a pas d'importance. Ils devraient rester concentrés sur la recherche de profits significatifs en  termes de pouvoir d'achat tout au long de leur vie d'investisseur. Pour eux, un portefeuille d'actions diversifiées, acquises au fil des années, sera bien moins risqué que des titres financiers indexés sur le dollar."

Evolution du taux diecteur de la Réserve Fédérale américaine. © FRED

Actuellement, les marchés ont les yeux fixés sur la politique à venir de la Réserve Fédérale. 

En résumé, ils sont dans l'attente du tremblement de terre que pourrait provoquer une hausse des taux. Et peu importe quand celle-ci interviendra, le changement provoquera des turbulences sur les marchés. Ces turbulences seront ressenties de manière très différente par les acquéreurs de billets du Trésor à court terme et par ceux qui investissent dans les actions pour financer leur retraite. Pour les premiers, la politique de la Fed est d'une importance capitale. Cela relève du risque ET de la volatilité. Pour les deuxièmes, les acquéreurs d'actions sur le long terme, la volatilité provoquée par la politique de la Fed ne constitue pas réellement un risque. Sauf s'ils décident d'agir à ce moment-là. Buffett ou un investisseur à la pensée similaire appliquerait, lui, le proverbe  américains : "ne fais rien, reste planté là."

 

Article de Myles Udland. Traduction par Manon Franconville, JDN.

Voir l'article original : BUFFETT: Volatility is not the same thing as risk, and investors who think it is will cost themselves money

Warren Buffett