Comment Docker veut disrupter toute la matrice IT

Comment Docker veut disrupter toute la matrice IT L'éditeur entend transformer sa technologie de container en une plateforme de référence pour bâtir et opérer tous les systèmes, du client au serveur.

A l'instar de Microsoft, IBM ou Oracle, Docker compte imposer sa marque dans le cercle très fermé des fournisseurs de plateforme applicative. Sa stratégie de R&D s'oriente désormais toute entière vers cet enjeu. Avec Docker Datacenter puis Docker Enterprise, la société avait commencé à jeter les bases de l'édifice. A travers ces offres, l'objectif de Docker était de proposer un environnement complet pour déployer et piloter des architectures applicatives à base de containers. Mais l'éditeur entend maintenant aller beaucoup plus loin.

Des containers pour créer des OS personnalisés 

Annoncé lors du dernier événement annuel de la société (la DockerCon) mi-avril, le projet open source Moby s'inscrit dans cette stratégie de plateformisation. Sa finalité ? Bâtir une vaste bibliothèque de briques containérisées, standard, permettant d'assembler des systèmes logiciels de manière personnalisée, un peu à la manière de PC montés sur-mesure. "L'objectif est d'impliquer des milliers de développeurs dans une logique d'open innovation. A travers Moby, ils pourront proposer et partager leurs composants", explique Solomon Hykes, directeur technique et fondateur de Docker. Les briques créées par la communauté dans le cadre de Moby pourront ensuite, au cas par cas, être réintégrées par l'éditeur de San Francisco au sein de ses solutions.

"Le projet Moby doit nous permettre de fédérer une R&D du niveau de celle des plus grands acteurs de plateformes", (Solomon Hykes - Docker).

"Cette initiative doit nous permettre de fédérer autour de Docker une R&D à grande échelle du niveau de celle des plus grands acteurs de plateformes", ajoute Solomon Hykes.

Pour montrer la voie, Docker a publié dans le cadre du projet Moby plus de 80 composants en open source, tous issus de son offre (voir l'infographie ci-dessous). Parmi eux, l'entreprise californienne met en avant LinuxKit. Notamment conçu par Docker pour faciliter le portage de ses containers sur les principaux clouds (AWS, Azure...), il s'agit d'un Linux minimaliste optimisé pour venir se nicher dans un container. "Les applications possibles de LinuxKit sont nombreuses. Cette brique peut aussi bien être utilisée pour créer une plateforme traditionnelle, un OS pour objet connecté, ou encore pour du calcul haute performance. Elle pourrait également être exploitée par des gouvernements cherchant à concevoir des systèmes d'exploitation contrôlés et sécurisés de bout en bout", égraine Solomon Hykes. Avec cette première série de composants, Docker veut amorcer la pompe. "Les développeurs ont la possibilité d'exploiter ces 80 briques dans leur projet, les adapter, en proposer d'autres…", insiste Solomon Hykes.

Docker pourrait-il profiter du projet Moby pour étendre son offre à la virtualisation par container orientée client ? "Nous allons continuer à nous concentrer sur le volet 'serveur'. Les opportunités commerciales sont suffisamment importantes sur ce terrain. En revanche, si des contributeurs versent au projet Moby des composants de virtualisation client qui nous semblent intéressants, nous pourrions envisager de les incorporer à notre offre communautaire", répond Solomon Hykes.

La technologie d'Infinit pleine de promesses

Pour la suite, Docker compte naturellement continuer à faire monter ses produits en puissance. Et là encore, la notion de "plateforme" est mise en avant. "Nous sommes en train de développer une plateforme Docker de nouvelle génération qui va tirer parti de possibilités nouvelles", confie Solomon Hykes. La future offre intégrera notamment la technologie issue du rachat du Français Infinit. Un environnement conçu pour mettre le stockage persistant à la portée d'une architecture de containers, avec à la clé la capacité de virtualiser les systèmes existants (HPE, Dell EMC, Nutanix, etc.). "Infinit ouvre de nouvelles perspectives en matière de gestion de données, et pas seulement sur le stockage. Son potentiel est énorme", pointe Solomon Hykes.

Solomon Hykes (à gauche) à l'occasion de la DockerCon 2017, et Scott Johnston, le COO de Docker. © Docker

En parallèle, Docker entend booster le taux de pénétration de sa plateforme. Dans cette optique, la société a annoncé, là encore à l'occasion de la DockerCon, le lancement d'un programme d'accompagnement. Baptisé Modernize Traditional Application (MTA), il est proposé via un réseau de partenaires, dont Cisco, HPE ou Microsoft font partie. "C'est un parcours qui permet de containériser des systèmes existants en quelques jours", commente Scott Johnston, COO de Docker. Lancé d'abord aux Etats-Unis, il est en train d'être déployé au niveau mondial.

"Grâce à MTA, vous pouvez dockériser très simplement des applications Java ou web, et plus globalement tout système stateless (sans état, ndlr)", ajoute Scott Johnston. "Du côté du stateful, vous pourrez également basculer rapidement des environnements basés sur des bases MySQL ou SQL Server." Dans le cadre de ce programme, Docker a développé un outil de containérisation, baptisé Image to Docker et gérant les conversions directement à partir des fichiers binaires.

La France, au cœur de la stratégie

Dans la perspective de ces futurs développements logiciels, Docker prévoit de renforcer ses équipes de R&D dans les deux ans qui viennent. "A terme, notre centre de R&D principal sera basé en Europe, sur nos sites de Paris et Cambridge. Sachant que c'est notre implantation parisienne qui devrait grossir le plus. L'accélération devrait se faire en 2018", confie Solomon Hykes.

Pour accompagner sa croissance, Docker a aussi annoncé début mai la nomination d'un nouveau CEO : Steve Singh. Jusqu'ici président du conseil d'administration de Docker, Steve Singh est connu pour avoir dirigé SAP Business Networks, une entité pesant plusieurs milliards de dollars du géant allemand de l'ERP. "Parmi les start-up de notre génération, nous ne jouons plus dans la même catégorie. Ben Golub, qui était notre CEO depuis 2013, a fait un travail formidable en partant de zéro. Steve Singh dispose de l'expérience nécessaire pour nous permettre de passer à l'étape suivante. C'est un profil rare. Il y a peu de gens comme lui qui ont cette expérience et qui, en même temps, sont prêts à la retenter", pointe Solomon Hykes, pour qui "Steve Singh est à même d'accompagner Docker dans une nouvelle phase de croissance à grande échelle."

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