Veolia Global Entreprises bascule 30 000 salariés dans le cloud

Veolia Global Entreprises bascule 30 000 salariés dans le cloud Bureautique, CRM, ERP, business intelligence… L'une des principales entités du groupe Veolia compte achever la migration de ses systèmes d'information dans le nuage d'ici 2018.

Avec environ 30 000 salariés, Veolia Global Entreprises est l'une des principales entités du groupe Veolia (160 000 collaborateurs dans le monde). Réalisant 5 milliards d'euros de chiffre d'affaires par an, son activité est centrée sur le développement de systèmes de traitement d'eau et de déchets spéciaux, à destination des industriels. Veolia Global Entreprises se déploie sur quelque 400 implantations dans une cinquantaine de pays. Jusqu'en 2013, son système d'information, principalement exploité en interne, se répartit sur trois datacenters (deux opérés par IBM, et un par Atos). Une infrastructure à laquelle s'ajoutent des salles blanches installées sur plusieurs sites dans le monde. Le tout représentant des centaines de serveurs physiques, majoritairement de technologie x86.

C'est en 2015 que Veolia Global Entreprises décide d'enclencher sa migration vers le cloud public. "Il était évident que nous devions aller dans ce sens. Avec le cloud, l'informatique devient une commodité", nous expliquait à l'époque son  DSI, Laurent Pulce. Quatre applications sont choisies pour réaliser une preuve de concept : un intranet mondial, une plateforme d'e-commerce, une application marketing, et l'ERP (Oracle JD Edwards). Dans l'année qui suit, elles seront toutes basculées sur le cloud d'Amazon (AWS)... à l'exception de l'ERP. "JD Edwards tourne pour le moment sur le cloud d'Oracle, mais nous avons prévu d'ici 2 ans de le porter également sur le cloud public", confie Laurent Pulce. 

Un socle pour lancer l'offre digitale de Veolia

Depuis, Veolia Global Entreprises a largement accéléré la cadence. "Presque l'intégralité des systèmes d'information a désormais basculé. Il ne nous reste plus qu'un datacenter qui sera fermé d'ici 2018", souligne le DSI. Parmi les plus importantes briques qui ont pris le chemin d'AWS, Laurent Pulce évoque la business intelligence, et notamment l'entrepôt de données (Cognos). Un système en partie replateformisé pour l'occasion. Désormais adossé à la base Amazon RDS, le data warehouse tire dès lors profit des services AWS autour de l'équilibrage de charge et de l'auto provisionnement de machines virtuelles. "Le principal avantage du cloud réside moins dans les économies de coûts que dans l'apport en termes de résilience et d'automatisation. Ce projet en est une excellente illustration. Le passage de notre application Cognos sur AWS a permis de réduire les temps de traitement batch de 15 à 20%, et de relever le taux de disponibilité de ce système de 92-93% à 98,5%. Nous n'aurions jamais pu atteindre ces résultats sur un environnement interne", insiste Laurent Pulce. Basée sur Sbase, la plateforme d'entreprise performance management, utilisée pour la planification budgétaire, est elle-aussi passée sur AWS. 

Laurent Pulce est le DSI de Veolia Global Entreprises. © Veolia

Moins surprenant, le cloud public a également été retenu par Veolia Global Entreprises comme moteur de transformation digitale. Une infrastructure IoT a notamment été construite en tirant parti d'AWS. Sa finalité ? Propulser de nouveaux services à destination des clients autour du pilotage à distance d'équipements de traitement, avec à la clé des possibilités de maintenance prédictive.

"Une première offre orientée IoT baptisée Aquavista a été lancée. Elle permet à nos clients de consulter leurs contrats, de superviser leur base d'équipements installés, d'acheter des consommables. Nous encapsulons ces tableaux de bord de pilotage 100% web dans des clouds privés virtuels AWS, sécurisés et dédiés à chaque client", détaille Laurent Pulce.

Un moteur de configuration de produits

Mais en matière de cloud, Veolia Global Entreprises n'a pas seulement recours à AWS. Aux côtés du IaaS américain, l'entreprise a aussi fait le choix de Salesforce pour le CRM. Au sein de la suite de l'éditeur de San Francisco, elle s'est notamment basée sur le moteur de tarification SteelBrick pour développer un configurateur de produits permettant à ses clients de dessiner leurs équipements. Côté bureautique, Veolia Global Entreprises s'est par ailleurs tournée vers G Suite (ex-Google Apps). Et dans ce cadre, la filiale commence désormais à décommissionner progressivement les logiciels Office présents sur les PC, et à migrer ses serveurs de fichiers départementaux vers Google Team Drive.

"Le plus difficile a été d'expliquer à certains profils IT que leur métier n'existait plus"

Dans le sillage de ce vaste projet, la DSI de Veolia Global Entreprises a dû entièrement se réorganiser. Plus nécessaire, son département infrastructure a été fermé. Les experts VMware et administrateurs en charge de l'exploitation des systèmes internes ont été amenés petit à petit au métier du DevOps. Quant aux responsables de chaque application (BI, ERP.…), tous ont eu pour objectif de piloter la cloudification de leurs domaines. "Personne n'a été laissé sur le carreau. Le plus difficile a été d'expliquer à certains profils, comme les ingénieurs systèmes, que leur métier n'existait plus", reconnaît Laurent Pulce. "Pour certains, le changement a été bénéfique. Il y en a d'autres que ça angoissait. Ils avaient peur qu'on ait plus besoin d'eux. Or, c'est faux. Leurs compétences et leur technicité représentent un facteur clé de réussite de cette transformation." 

Pour négocier ce virage métier, toute une série de dispositifs d'accompagnements ont été mis en œuvre : formations, recours aux Professional Services d'AWS en support des projets, séances de war game pour entraîner les équipes autour de scénarios de simulation de panne sur les stacks AWS... "Grâce à ces exercices, nous avons pu éprouver la résilience de nos systèmes cloud, notre capacité à résoudre en équipe DevOps des problèmes, et à tirer profit des services cloud d'Amazon."

Une économie de 15% sur l'infrastructure

Des économies ont aussi été réalisées. Laurent Pulce estime à 15% la baisse des coûts d'infrastructure (matérielle et logicielle) consécutive à la cloudification. Une réduction permise principalement par l'élasticité du cloud. "Nous avons la possibilité d'éteindre et d'allumer les machines virtuelles à la demande au moment des pics d'activité, des lancements de projet... Chose qu'on ne pouvait pas faire sur nos infrastructures internes. Elles devaient, par conséquent, disposer en permanence de capacités inutilisées, coûteuses, pour faire face aux potentielles amplitudes", note le DSI qui sur ce plan a un regret : ne pas avoir pu encore s'extraire des bases relationnelles propriétaires. "Dans ce domaine, les éditeurs ne proposent pas encore de modèle de tarification à la demande en ligne avec le cloud. Par conséquent, 30 à 40% de ce qui est payé (en licence, ndlr) aux fournisseurs n'est pas utilisé", calcule Laurent Pulce.

Naturellement, l'adoption du cloud a impliqué de revoir profondément la gouvernance de la DSI. Exit les tableaux d'amortissement des datacenters. La gestion des budgets passe désormais par le calculateur d'AWS pour planifier les coûts et par l'outil de monitoring Teevity pour suivre en temps réel la consommation des services cloud. "Pour tirer parti à plein de la souplesse d'AWS, mieux vaut replateformiser une application plutôt que de la copier-coller", insiste Laurent Pulce, avant de reconnaître : "Il est difficile de passer d'un coup d'un système on-premise à cloud native. C'est possible pour les nouvelles applications. Pour les anciennes, nous procédons par étape. Par exemple en basculant une application sur les briques de stockage Amazon S3 ou RDS, sans la réécrire." 

Des capacités d'investissement pour le cœur de métier

Mais pour le DSI, le tout premier avantage du cloud public ne réside ni dans les économies de coûts, ni dans l'automatisation ou l'agilité qu'il engendre. Il réside dans sa logique de pricing (en fonction des ressources IT consommées). Un modèle qui permet de réorienter la DSI vers une structure de coûts basée sur l'Opex (dépense de fonctionnement) et qui, par ricochet libère des capacités d'investissement (Capex) pour le cœur de métier de Veolia Global Entreprises : l'ingénierie du traitement de l'eau. "La DSI n'est plus seulement considérée comme un centre de coûts", conclut Laurent Pulce.

Le système d’information de Veolia Global Entreprises (30 000 utilisateurs)
Système Choix technologique
Bureautique G Suite
Business Intelligence Cognos sur AWS
CRM Salesforce
ERP JD Edwards (sur Oracle Managed Cloud Services) avec 5 500 utilisateurs. L'ERP est intégré via AWS (en serverless avec les services Lambda et DynamoDB) avec la base de données Dun & Bradstreet
Gestion des services IT ServiceNow
Intranet Typo3 sur AWS
E-commerce Magento sur AWS

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