Cloud : la France a les moyens d'imposer sa marque !

Cloud computing : quelle place pour la France A l'occasion des Rencontres de la Compétitivité Numérique, le débat a fait rage entre le Syntec Numérique et la Direction générale de la compétitivité.

Quel est le principal point fort de la France dans la guerre qui se joue au niveau mondial sur le front du cloud ? Pour Guy Mamou-Mani, président du Syntec Numérique, c'est sans nul doute la richesse et l'inventivité des jeunes pousses françaises qui se lancent sur ce nouveau segment. Une tendance qu'illustre bien d'ailleurs la place prise désormais par les Trophées d'EuroCloud France, auquel postulent désormais plus de 150 jeunes pousses français chaque année (lire l'article : Les Trophées d'EuroCloud France 2013 en images). Le président du Syntec Numérique intervenait à l'occasion des Rencontres de la Compétitivité Numérique sur le Cloud Computing organisées par CCM Benchmark au ministère de l'Economie et des Finances le 9 décembre. 

Le Crédit Impôt Recherche : un excellent outil, mais très mal mis en œuvre

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Guy Mamou-Mani, président du Syntec Numérique et coprésident du Groupe Open, était interrogé par Alain Steinmann, directeur du JDN, à l'occasion des Rencontres de la Compétitivité Numérique. © Cécile Debise / JDN

"La France est l'un des pays au monde qui crée le plus de start-up, notamment dans le cloud. Mais celles-ci peinent toujours à se transformer en champions nationaux qui peuvent peser au niveau international", a lancé sans détour le président du Syntec Numérique. "Nous avons perdu la bataille du logiciel, mais nous avons une carte à jouer sur la donnée en mode Cloud. Sans compter que des exemples comme Criteo, qui n'hésitent plus à se lancer immédiatement à l'étranger, prouvent que c'est possible, et ce, sans nécessiter des milliards d'investissement."

Présente à la même table ronde, Cécile Dubarry, chef du service TIC au sein de la Direction générale de la compétitivité, de l'industrie et des services (DGCIS), a énuméré les initiatives prises ces dernières années par l'Etat pour répondre à ce défi : les pôles de compétitivité, les investissements d'avenir, le Plan usine du futur, le Plan nouvelle France industrielle porté par Atos et OVH... "Tous ces dispositifs ont déjà permis, ou vont permettre de soutenir l'économie du cloud", a-t-elle indiqué, en rappelant la prise de participation de la Caisse des dépôts en consignation dans les projets de cloud souverain Cloudwatt et Numergy.

Des standards pour faciliter l'émergence d'une offre pan-européenne

Parmi les dispositifs publics de soutien à l'innovation, Cécile Dubarry a beaucoup insisté sur le Prêt numérique en cours de mise en place. A hauteur de 300 millions d'euros, "il a pour but d'accompagner les entreprises françaises dans l'adoption des technologies de cloud, notamment en finançant leurs études d'opportunité. Il vise aussi à aider les éditeurs à porter leur offre sur le cloud." Et Francis Weill de la Fédération Française des Télécoms et Colt Technology Services, de réagir : "Les initiatives de l'Etat sont intéressantes, mais peuvent parfois manquer de lisibilité."

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Pour Cécile Dubarry de la DGCIS, l'émergence de standards européens permettrait de construire des offres pan-européennes susceptibles de peser au niveau international. © Cécile Debise / JDN

"La volonté politique est bien là. Les bons outils ont été mis en place", a reconnu quant à lui Guy Mamou-Mani, avant de pondérer : "les trop nombreux contrôles administratifs que nos entreprises subissent dans le cadre du Crédit Impôt Recherchesont néanmoins extrêmement chronophages. Cet excès de bureaucratie gâche le dispositif."

Même son de cloche du côté d'Octave Klaba. Lors de la conférence d'ouverture des Rencontres de la Compétitivité Numérique, le PDG d'OVH a rappelé ses déboires autour du Crédit Impôt Recherche, et sa décision de ne plus y avoir recours jusqu'à nouvel ordre.

D'autres acteurs ont néanmoins pu tirer parti des aides de l'Etat avec plus de succès. C'est le cas de Celeste. "Dans le cadre des Investissements d'avenir, nous avons pu bénéficier d'un prêt avec six autres PME et deux laboratoires de recherche pour créer un cloud localisé. Nous n'aurions pas pu monter ce projet sans ce soutien public. Ce qui montre que les aides publiques ne vont pas forcément toujours aux grands groupes", témoigne Nicolas Aubé, président fondateur de l'opérateur et hébergeur. Et Georges Epinette, vice-président du Cigref et DOSI du groupement des Mousquetaires, d'ajouter : "si le cloud est là pour créer de la valeur, autant la créer en France."

Autre levier qui pourrait permettre à la France de tirer son épingle du jeu dans la bataille : la définition de normes et standards assurant l'interopérabilité entre plateformes de cloud. "Si nos acteurs français n'ont pas la taille critique pour peser face aux géants américains, l'émergence de normes pourrait leur servir de base pour construire des offres pan-européennes à plusieurs", ajoute Cécile Dubarry. "La France pousse pour que cette question soit mise sur la table par la commissaire Neelie Kroes."

La France bien présente dans l'industrie des datacenters

Reste la question des infrastructures, élément central puisqu'elle sous tend l'ensemble de l'économie de cloud. Et, sur ce point, les points forts de la France seraient non-négligeables. "Notre pays est en avance comparé à beaucoup d'autres pays européens sur ce point", constate Francis Weill de la Fédération Française des Télécoms. "Le nucléaire est aussi un point fort. Cette énergie, à la fois fiable et peu chère, nous permet d'alimenter nos datacenters à moindres coûts. Nous avons en France l'énergie la moins chère d'Europe." Un avantage stratégique, sachant qu'à un horizon de trois à cinq ans, les coûts des datacenters seront à hauteur de 50% liés à l'électricité. 

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Pour Georges Epinette, vice-président du Cigref et  DOSI du groupement des Mousquetaires, le cloud pourrait aboutir à une confrontation entre prestataires et éditeurs. © JDN / Cécile Debise

"Nous n'avons pas à pâlir de notre position dans le secteur du datacenter", renchérit Nicolas Aubé. "Chez Celeste, nous avons construit tous nos centres de données en nous basant sur les technologies d'acteurs français qui font partie des leaders mondiaux du domaine : Schneider Electric, Legrand, SDMO..." De même, les hébergeurs français, au premier rang desquels OVH, SFR ou Orange, n'ont pas à rougir de leur avance comparé à leurs concurrents européens.

Reste la question des compétences. "Depuis 20 ans, le secteur informatique français crée 10 000 emplois nets par an", compte Guy Mamou-Mani du Syntec Numérique. Le Syndicat vient par ailleurs de publier une étude qui montre que le secteur IT pourrait créer 36 000 emplois en France d'ici 2015. Mais, même si la France forme environ 35 000 ingénieurs par an, force est de constater que le nouvel écosystème du cloud nécessite aussi de nouvelles compétences qui ne disposent pas encore forcément de filières de formation dans l'Hexagone. "C'est le cas des métiers de la fibre optique", constate-t-on chez Celeste.

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