Stockage en ligne : s’y retrouver dans la jungle

Conserver ses données sur son ordinateur personnel et son carnet d’adresse sur son smartphone c’est un peu comme cacher ses économies dans un bas de laine : c’est ringard et surtout, considérant le risque de perte physique du support de stockage, c’est très imprudent.

Révolue aussi l’époque où l’on s’envoyait des fichiers par courriel pour les sauvegarder sur un disque dur caché dans un placard.  A l’ère de la dématérialisation à marche forcée et du Cloud, place aux solutions de stockage en ligne. Le problème c’est, qu’à l’image des fioles de shampoing qui s’alignent en variantes infinies sur les rayons de nos supermarchés et dont personne ne saisit bien les nuances, cette offre est devenue aujourd’hui pléthorique. Certes des comparatifs existent pour aider les consommateurs avides de benchmarking. Encore faut-il savoir quelles questions (se) poser ! Voici celles qui nous semblent les plus pertinentes.

Usage personnel ou usage professionnel ?

Si dans un cadre professionnel l’authenticité, la pérennité et l’intégrité des données stockées sont déterminantes, il se tournera vers une solution dite à valeur probante. Factures, contrats et documents bancaires auront alors la même force légale que les documents originaux. En France, l’une des solutions en vue pour ce besoin est proposée par e-coffrefort.fr. Bref, archiver des documents ne se résume pas simplement à les stocker. D’un point de vue légal, il pourra s’avérer important par ailleurs d’être en mesure de garantir la localisation géographique des données. Gageons qu’avec le récent feuilleton NSA-Snowden, ce type d’exigence pourrait rapidement gagner en importance. Même lorsqu’une solution d’archivage n’est pas requise, la garantie d’un transfert anonyme et sécurisé ainsi que la possibilité d’un stockage crypté sont à prendre en compte lors du choix d’une solution.
Hormis ces aspects juridiques, il faudra aussi se préoccuper de la pérennité d’une solution à usage professionnel. La dernière offre de stockage illimité de EasyInfinteStorage est peut-être plus alléchante que celle de Google mais EasyInfinteStorage existera-t-elle encore dans six mois ?
Enfin, la question du copyright mérite d’être posée. De fait, le flou légal, le laxisme ou la tolérance (choisir ce qui convient) qui règnent aujourd’hui au sein de beaucoup d’entreprises font que les employés utilisent souvent leur solution de stockage personnelle à des fins professionnelles. On imagine cependant qu’une démarche plus sécurisée ne tolérerait plus ce mélange des genres et impliquerait l’usage obligatoire d’un outil spécifique choisi et administré au niveau de l’entreprise.

Usage individuel ou collaboratif ?

Parallèlement aux fonctions de stockage proprement dites, certaines solutions intègrent en outre une suite bureautique en ligne. Une telle fonctionnalité n’a cependant de réel d’intérêt que si elle permet le partage et l’édition d’un document par plusieurs personnes et si elle offre une gestion des droits d’accès (a minima une distinction entre les droits de consultation et d’édition). La solution de stockage pourra alors servir à promouvoir un mode de travail collaboratif surtout lorsque l’édition simultanée par plusieurs personnes peut se dérouler en temps réel. 
Même si l’on n’envisage pas d’usage collaboratif, il est toujours utile de pouvoir partager ses documents avec des personnes de son choix, par exemple depuis un smartphone. Pouvoir transmettre un document ou le contenu d’un répertoire, soit explicitement en pièce jointe d’un courriel, soit via l’envoi d’un lien permettant le téléchargement, sont des fonctionnalités minimales auxquels on ne devrait pas avoir à renoncer. On vérifiera par ailleurs que le téléchargement d’un fichier partagé ne requiert de la part du destinataire l’installation d’aucun logiciel, ni la souscription à aucun un service spécifique.

Mais encore…

D’autres caractéristiques souvent mises en avant nous semblent d’un intérêt moins évident. La possibilité de disposer d’un espace de stockage illimité et le transfert de fichiers de taille illimitée par exemple, ne présentent un intérêt que si l’on envisage de stocker l’intégralité d’une vidéothèque Blu-ray dans le Cloud. S’agissant de documents de travail en revanche, quelques giga-octets suffiront pour sauvegarder des années de travail moyennant un minimum de sobriété et d’organisation. Souvent mise en avant, la vitesse de transfert ne joue de rôle significatif qu’en cas de récupération de l’intégralité des données stockées après un crash ou en cas de migration vers une nouvelle machine.

En attendant mieux

Entre les offres des mastodontes américains du web, celles des petites startups qui ont senti là un filon lucratif et celles les institutions traditionnelles telles que La Poste ou les banques qui ne veulent pas être en reste, l’offre de stockage en ligne reste à ce jour encore très mouvante. C’est là, si l’on y songe, une situation assez surprenante car disposer d’un espace de stockage en ligne n’est ni plus ni moins qu’un besoin de base, au même titre presque que disposer d’un accès à internet. Combien de temps encore devrons-nous jongler entre des solutions de stockage différentes pour des documents, des photos ou de la musique ?

Imaginons donc un avenir radieux où l’OS prendrait en charge l’intégration du Cloud dans le système de fichiers, en distinguant par de simples décorations d’icônes les fichiers locaux de ceux qui sont dans le nuage, ou encore ceux qui sont synchronisés et ceux en cours de synchronisation. L’utilisateur n’aura rien à faire, si ce n’est spécifier dans le paramétrage du système d’exploitation, le système de stockage qu’il souhaite utiliser, de la même manière qu’on choisit un fournisseur de mail.
Bien entendu cette vision présuppose un minimum d’harmonisation entre les protocoles des fournisseurs Cloud. Mais puisqu’il est permis de rêver [1]

 

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[1] A moment où j’écris ces lignes, mes souhaits semblent en passe d’être exaucés par la solution joliCloud.com !