Les applications Internet riches bouleversent les technologies mobiles

L'arrivée des environnements de RIA sur le terrain de la mobilité change la donne dans un domaine dominé jusqu'ici par les constructeurs. Aux côtés de Microsoft et d'Adobe, Mozilla compte également se positionner.

Jusqu'ici, l'univers des logiciels mobiles était dominé avant tout par des technologies propriétaires : RIM, Palm, Nokia, etc. La plupart du temps, les applications étaient réalisées en Java, C++ ou dans un environnement de développement propre au constructeur... voire dans sous d'autres systèmes propriétaires, tels Streamezzo par exemple.

"C'est un monde complexe, beaucoup moins simple que celui du PC", analyse Jean-Louis Bénard, P-DG de Brainsonic, spécialiste de la mise en place de chaînes de télévision Internet et de la production de contenu enrichi.

Le marché se découpe entre les constructeurs de terminaux, les éditeurs de plates-formes - de navigation ou de système d'exploitation - et enfin les opérateurs. "Ce sont eux qui contrôlent le marché pour l'instant", ajoute Tristan Nitot, fondateur et président de Mozilla Europe. "Avec pour objectif de facturer des services plutôt que de la bande passante, ils ont la main sur les applications utilisées et les contenus diffusés."  

Sur le front des offres propriétaires, deux acteurs pourraient bien venir modifier la donne : Adode et Microsoft. Tous deux proposent en effet des technologies mobiles de RIA (applications Internet riches). Le premier au travers de l'environnement Flash Lite, et le second via le portage de l'infrastructure WPF/Silverlight dans le monde de la mobilité.

Illustrant sa capacité à signer des accords avec les grands constructeurs, Microsoft vient d'annoncer un partenariat avec Nokia en ce sens - visant à concrétiser l'intégration de Silverlight aux terminaux mobiles du groupe (sous Symbian S60, Series 40 et tablettes Internet). De son côté, Adobe a les moyens de tirer son épingle du jeu, notamment en profitant de la base installer Flash (brique sur laquelle il adosse son infrastructure nomade). 

"Face à ces mouvements, on se demande comment Java va évoluer, sachant que ce langage présente un historique important dans le monde mobile. Nokia s'est beaucoup impliqué dans cette plate-forme", commente Jean-Louis Bénard. J2ME pourrait trouver son salut dans l'initiative mobile de Google qui a opté pour la technologie de Sun dans ce domaine.

L'éparpillement des technologies rend les développements plus coûteux

Mais pour Jean-Louis Bénard, cet éparpillement des technologies ne va pas dans le bon sens. "Il complique les développements, les rend plus coûteux, et donc freine les projets", insiste-t-il, avant de lancer un appel à la standardisation de la couche logicielle du sans fil. Une mutation "simplifierait beaucoup les choses".  

L'instauration d'une plus grande standardisation pourrait bien être poussée par l'arrivée prochaine des logiciels libres sur le marché. Un mouvement notamment initié par la fondation Mozilla qui travaille actuellement sur une déclinaison mobile du navigateur Firefox. 

"Cette nouvelle voie qui est celle de l'accès Internet sans limitation est recherchée par les utilisateurs finaux", explique Tristan Nitot. "Ils ne supportent plus le dictat des opérateurs qui proposent des portails surtaxés avec des services et des contenus verrouillés basés sur des partenariats exclusifs". 

Et pour les DSI, la solution Open Source permettrait de développer des applications métiers mobiles sans être pieds et poings liés à un système propriétaire. "Ce modèle évite également d'avoir à verser des licences pour chaque terminal", ajoute Tristan Nitot, avant de rappeler l'utilisation de Firefox par Nokia sur les tablet Internet n800 et n810 (conjointement à Linux).

Dans cette guerre, "ce n'est pas simple pour Mozilla qui est en concurrence avec des acteurs comme Microsoft ou Google capables de proposer aux opérateurs aussi bien une technologies et que des services et des contenus", pondère Jean-Louis Bénard chez Brainsonic.

Face au modèle technologique classique du navigateur "client", une autre alternative se dessine pourtant. A la manière du client / serveur traditionnel, elle se traduit par un traitement des contenus non sur le terminal, mais sur le serveur. "Concrètement, c'est le serveur qui fait tourner le navigateur", explique-t-on chez Mozilla, avant d'évoquer la plate-forme de la société Skyfire qui utilise Firefox dans ses datacenters pour traduire et adapter des contenus Web à destination de terminaux mobiles.

Dans la même logique, Orange vient de conclure un accord avec Opera. Objectif : exploiter Operamini pour convertir les contenus Web côté serveur, et pouvoir lancer une offre d'accès Internet illimité sur mobile (Easy Web).

Microsoft / Adobe