Open World Forum : "Nous lançons un Grenelle de l'Open Source"

L'évènement regroupant l'écosystème français de l'Open Source se tiendra du 11 au 13 octobre prochain à Paris. Le gouvernement y est invité. Objectif : lancer une grande réflexion publique.

 

La cinquième édition de l'Open World Forum se tiendra du 11 au 13 octobre 2012 à Paris à l'Eurosités George V, au 28 Avenue George V. Patrice Bertrand est président de l'Open World Forum et directeur de la société de services spécialisée dans l'Open Source Smile.

JDN. Les résultats des grands acteurs informatiques français ne sont pas toujours très bons cette année. Comment se porte le secteur Open Source ?

Patrice Bertrand. C'est difficile à dire car il n'y a pas de société spécialisée cotée dans ce domaine. Considérant la société Smile que je dirige, et qui se spécialise dans les logiciels Open Source, nous prévoyons une croissance organique de 25% sur l'année 2012. Notre chiffre d'affaires devrait se situer pour la France aux alentours de 39 millions d'euros, et de 45 millions d'euros pour l'ensemble du groupe. Alors que le marché IT reste morose globalement, notre perception de notre segment est donc plutôt positive. La demande demeure forte dans l'Open Source. Le discours qui consiste à dire que l'Open Source a une carte à jouer en période de crise et en période de réduction des coûts semble donc se révéler vrai sur le terrain. Notre secteur offre en effet des coûts qui restent plus attractifs.

Le nouveau gouvernement est-il à l'écoute du secteur Open Source ?

Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy comme François Hollande ont tous deux répondu de façon détaillée aux questions qui leur avaient été transmises par le Conseil National du Logiciel Libre. Mais François Hollande avait été plus clair, notamment sur les brevets logiciels et sur la neutralité du Net. Nous souhaitons désormais que ces promesses se traduisent dans les faits. Lors de l'édition 2011 de l'Open World Forum, nous avions organisé un grand débat avec les principales associations françaises de l'Open Source qui a notamment servi de base pour réaliser le questionnaire envoyé aux candidats.

"Nous souhaitons un Grenelle de l'Open Source sous l'égide du gouvernement"

Cette année, nous souhaitons aller beaucoup plus loin en initiant un Grenelle de l'Open Source, idéalement sous l'égide du gouvernement. Ce qui lui donnerait naturellement plus de poids. L'idée est d'impliquer les acteurs de l'Open Source pour prioriser les actions à mener, avec en ligne de mire la volonté de faire en sorte que les promesses deviennent réalité.

Nous militons depuis longtemps pour que les entreprises mettent en place des politiques de gouvernance des technologies Open Source pour en avoir la maitrise. De même, il est important que l'Etat se dote d'une telle politique pour ses propres systèmes d'information, à la fois au niveau de l'administration centrale, des collectivités locales, voire des entreprises publiques. Le deuxième volet de cette réflexion porte sur la place à donner aux logiciels libres dans la politique économique du pays. Il faudra aussi l'aborder.

Quels seront les autres grands moments de l'Open World Forum cette année ?

Nous aborderons pour la première fois le thème de l'Open Source et la sécurité. C'est un sujet récurrent dans les entreprises et administrations, notamment du fait des failles logicielles. Les technologies ouvertes et Open Source ont pris une place croissante dans ce domaine. Dans les années 50 et 60, on avait tendance à faire confiance à des algorithmes secrets en pensant qu'ils seraient plus surs. En réalité, ils étaient étudiés par un nombre trop faible d'experts. Et si l'algorithme était cassé, il n'était pas rare que personne ne s'en rende compte de ce fait. Dans les années 1980, on a vécu une rupture avec l'apparition d'algorithmes publics et documentés. Un grand nombre de professionnels ont pu alors plancher dessus pour éviter les failles. La technologie OpenSSL a notamment découlé de cette nouvelle logique.

Parmi les nouveautés au programme 2012 figure aussi la question des forges, type Sourceforge ou GitHub. Nous accueillerons aussi pour la première fois la conférence européenne EOLE qui rassemble des juristes spécialisés dans l'Open Source. Nous aborderons aussi les questions de l'Internet des objets et de la mobilité, et de la place que peut prendre l'Open Source dans ces domaines, notamment dans l'optique de permettre aux utilisateurs de s'approprier ces technologies ou de se réapproprier des produits propriétaires et fermés.   

"Nous attendons 200 DSI du secteur public"

Vous avez décidé de faire une place plus importante aux DSI cette année...

L'Open World Forum est conçu comme une charnière entre les problématiques technologiques, économiques et sociétales de l'Open Source. Cette année, pour la première fois, nous avons voulu en effet orienter l'événement vers l'entreprise et les DSI.

Mais tout est lié. On constate en effet que de nombreuses problématiques des DSI, liées au non à l'Open Source, prennent racines dans la société. C'est le cas de l'Open Data par exemple sur lequel nous proposons une présentation. Il paraissait normal dans le domaine public que les données produites par les Etats avec l'argent des citoyens leur soient ensuite restituées. On se rend compte maintenant qu'il peut être intéressant pour une entreprise de proposer ses données sous licence Open Data. Cela lui permet de fédérer des acteurs autour d'elles, et lui donne ainsi un certain avantage.

Dans le même sens, nous aborderons les enjeux de l'emploi dans l'Open Source, que ce soit en SSII ou côté DSI. C'est en effet un secteur avec beaucoup de besoins en compétences, mais qui fait face à un déficit de formation de ces experts. Enfin, en parallèle de l'Open CIO Summit, nous montons en partenariat avec la Région Ile-de-France un programme spécial à destination des DSI du secteur public. Nous y attendons 200 DSI.


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