Bonnes feuilles : la biographie de Richard Stallman Un sentiment de trahison

Pour Stallman, refuser de partager un code source avec un confrère revenait non seulement à trahir la mission scientifique sous-tendant le développement logiciel depuis la Seconde Guerre mondiale, mais aussi à violer la règle d'or fondant toute morale : "ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît". 

Ainsi l'épisode de l'imprimante laser et l'entrevue qui en découla eurent-ils leur importance. Sans cela, nous dit Stallman, sa vie aurait peut-être suivi un chemin plus ordinaire, alliant le confort matériel d'un programmeur de logiciels commerciaux et la frustration suprême d'une vie passée à écrire des codes invisibles. Une vie dénuée de ce sentiment d'évidence, de cette urgence à résoudre un problème auquel personne d'autre ne s'attaquait.

Plus important encore, il n'y aurait pas eu cette grande et juste colère qui, comme nous le verrons bientôt, devait animer son action aussi sûrement qu'une idéologie politique ou une croyance morale. "J'ai décidé de ne jamais me rendre complice de ce système", dit Stallman, faisant référence à la fois au mécanisme de la clause de confidentialité (qui à ses yeux revient à "brader sa liberté pour des raisons de commodité"), et à l'esprit qui encourageait ce marchandage moralement douteux. "J'ai décidé de ne jamais faire d'autres victimes comme moi."

 

Extrait sous licence GNU FDL v. 1.3

Copyright : Richard Stallman, Sam Williams, Christophe Masutti
"Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée"
Eyrolles, Collection Accès Libre / Framabook (Framasoft), 21 janvier 2010

Open source / Clause de confidentialité