IoT : Matooma se fait sa place, dans l'ombre de Sigfox

La start-up montpelliéraine fondée en 2012 connecte les objets, tout comme Sigfox. Concurrents ou complémentaires ?

Depuis sa levée de fonds record de 100 millions d'euros, bouclée en février, Sigfox a beaucoup fait parler. La jeune pousse toulousaine est devenue la référence pour connecter les objets : l'opérateur est en train de déployer son réseau bas débit dédié à l'IoT (Internet des objets) et la communication machine to machine dans toute l'Europe.

Une autre start-up française officie pourtant aussi sur le créneau : Matooma, fondée en 2012 et forte d'une équipe de 25 collaborateurs, revendique 1 200 clients en B2B, depuis l'installateur d'alarmes, jusqu'aux grands groupes du CAC 40 dans le domaine de la santé ou de la sécurité. BNP Paribas connecte ses alarmes avec Matooma, Groupama ou Mondial Assistance leurs boîtiers de maintien à domicile pour les personnes âgées, Vinci ses horodateurs, Air Liquide ses pompes à oxygène… La start-up a enregistré un chiffre d'affaires de 2,5 millions d'euros en 2014, contre un million d'euros en 2013, et vise la barre des 3,5 millions en 2015.

Matooma et Sigfox, concurrents ?

Matooma et Sigfox poursuivent le même objectif, mais la méthode employée est différente, explique Frédéric Salles, CEO de Matooma et ex-responsable du marché M2M chez SFR. Il existe en effet quatre solutions pour connecter les objets.

  • Le bluetooth –utilisé par Netatmo, Withings ou Parrot, par exemple, pour des objets grand public.
  • Le wifi ou un câble Ethernet, en passant par la box, pour la domotique. C'est gratuit, même en cas de coupure de courant, il n'y a plus de transmission -impossible donc à utiliser pour les alarmes par exemple.
  • Les réseaux bas débit, comme celui de Sigfox. Sigfox permet de faire passer de très faibles quantités de données en consommant très peu de batterie. C'est aussi le cas de la technologie Lora, de l'américain Semtech, qui permet quant à elle de créer des réseaux locaux avec des bornes. Lora est très utilisé pour le smart grid, les bâtiments intelligents. Sigfox a l'avantage d'être beaucoup plus étendu en France, avec de nombreuses bornes, tandis que Semtech permet au contraire d'acheter sa propre borne locale, et de ne pas avoir ensuite à payer un abonnement. Tout dépend donc du but poursuivi.
  • Utiliser les réseaux mobiles existants 2G, 3G, 4G. C'est ce que fait Matooma. "Le réseau est déjà déployé au niveau mondial, ce qui facilite les choses, raconte Frédéric Salles. Nous avons inventé un système de cartes SIM multi-réseaux qui les scannent et se connectent sur n'importe quel réseau disponible." Avantage de cette méthode : elle est adaptée aux objets qui consomment plus de 10 Ko par jour. "Avec notre solution, il faut recharger les objets connectés, alors que ceux de Sigfox peuvent durer 10 ans. Mais ce n'est pas le même usage." Matooma est par exemple utile dans le cas des horodateurs qui enregistrent des transactions, pour les boîtiers de maintien à domicile qui doivent permettre de passer des appels voix en cas de danger ou encore pour les voitures connectées. Tous ont besoin de consommer plus de données que ne le permet Sigfox.
Frédéric Salles, CEO. © Matooma

"Avec Sigfox, on est complémentaires, on ne se croise jamais", assure Frédéric Salles. Surtout, Matooma est bien moins médiatique. Il faut dire que l'embauche remarquée d'Anne Lauvergeon a contribué à mettre Sigfox sous le feu des projecteurs, tout comme son énorme levée de fonds, destinée à  financer l'extension du réseau." Matooma, de son côté, a levé un million d'euros en avril 2014. La start-up va-t-elle se mettre en quête de davantage de financements pour accélérer ? "C'est une question qu'on se pose, admet Frédéric Salles. Mais on arrive quasiment à s'auto-rentabiliser… J'avais envisagé un tour de table de 10 millions d'euros pour accélérer, mais quand on pose les chiffres, on se dit qu'il ne sert à rien de se diluer alors qu'on n'en a pas forcément besoin pour financer nos investissements. Des prêts pourraient nous suffire, avant de boucler une très grosse levée d'ici deux ou trois ans."

Une filiale aux Etats-Unis

Matooma a signé des accords avec une quinzaine d'opérateurs, parmi lesquels Telefonica ou KPN aux Pays-Bas pour pouvoir utiliser leurs réseaux. La start-up qui se monétise grâce aux abonnements facturés à ses clients enregistre aujourd’hui 95% de son chiffre d'affaires en France mais a ouvert une filiale aux Etats-Unis en mars, après le CES de Las Vegas. "Nous sommes en train de signer des accords avec des opérateurs et nous bouclerons nos premiers contrats là-bas à partir d'octobre", explique le CEO, qui compte bien accélérer à l'international.  "A partir de fin 2015 et en 2016, nous allons investir sur les Etats-Unis, mais nous prospectons aussi l'Espagne, depuis la signature de l'accord avec Telefonica."

Lancer un réseau sécurisé pour l'IoT

Prochain projet de la start-up montpelliéraine ? Lancer un nouveau réseau destiné à sécuriser les données et le transfert de la communication entre le serveur et l'objet connecté, toujours en s'appuyant sur les réseaux mobiles existants. "Nous voulons créer une norme sécurisée pour les objets connectés, car cela va devenir un enjeu énorme. Comment empêcher les objets de se faire hacker ? La question est vitale quand elle concerne des alarmes ou des véhicules autonomes…" Question d'autant plus pertinente quelques jours après que deux hackers ont réussi à prendre le contrôle d'une Jeep à distance pour montrer les failles des voitures connectées.

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