VivaTech 2026 : Bezos, Arnault et l'IA en vedettes

VivaTech 2026 : Bezos, Arnault et l'IA en vedettes Le plus grand salon européen consacré aux start-up a ouvert ses portes à Paris mercredi 17 juin. Souveraineté numérique, luxe et conquête spatiale structurent une édition dominée par l'intelligence artificielle.

10 ans déjà. Pour sa dixième édition, VivaTech a mis les petits plats dans les grands. Trois étages du hall 7 ont été réservés pour accueillir pas moins de 15 000 start-up et 1 500 démonstrations. Côté tête d'affiche, c'est Jeff Bezos qui rafle la vedette. Bernard Arnault (LVMH), Rodolphe Saadé (CMA CGM) complètent l'affiche des temps forts de cette édition anniversaire. Sans surprise, l'intelligence artificielle aspire toutes les conversations. Le fil rouge officiel de cette édition, "artificial Intelligence: impact, not illusion", marque un tournant. Fini la théorie, place aux résultats mesurables. L'Allemagne, pays de l’année, porte avec elle la question de la souveraineté technologique européenne.

Bernard Arnault et Maurice Lévy en guest

L'événement s'est ouvert sur un échange direct entre Maurice Lévy et Bernard Arnault. Le patron de LVMH a immédiatement pointé la bureaucratie comme le principal frein à l'innovation en Europe, et a présenté l'intelligence artificielle comme un outil pour s'en affranchir : "Grâce à l'IA, nous parvenons à tuer une partie de la bureaucratie", a-t-il lancé, rappelant qu'il y a dix ans le mot IA n'existait quasiment pas dans le langage business. Maurice Lévy a salué le rôle majeur de Bernard Arnault et d’Emmanuel Macron dans l'évolution de l'écosystème tech français grâce à VivaTech, notamment.

Arnault et Lévy à VivaTech. © BP / JDN

Interrogé sur ce qui distingue une start-up qui réussit d'une qui s'effondre, Bernard Arnault a balayé le mythe de l'idée géniale en deux phrases : ce n'est jamais l'idée, c'est l'exécution. “Facebook n'était qu'un projet parmi une dizaine de clones au moment de son lancement, seule l'exécution a fait la différence”, rappelle-t-il. Et puis cette confidence, presque incongrue venant du patron d'un empire du luxe : chaque semaine, il s'enferme avec un jeune ingénieur pour générer des concepts de produits à coups d'IA, et certains finissent par exister pour de vrai. Tout est une question d’exécution.

France, Allemagne : la quête d’une souveraineté européenne

Le ministre français de l'Economie. © BP / JDN

Roland Lescure, ministre délégué chargé de l'Industrie et de l'Energie, a pris le relais sur un ton plus politique. Son message est clair : tout se joue maintenant. L'IA va tout chambouler selon lui, "la façon de travailler, d'interagir, de vendre, d'acheter, de voyager, de voter", et l'Europe est à la croisée des chemins, entre prospérité partagée et un scénario à la croisée des mondes. “L'inquiétude, c'est sain, la peur, beaucoup moins”, rappelle-t-il encore. De son côté, Karsten Wildberger, son homologue allemand du Numérique, a embrayé sans langue de bois sur le retard européen. Logiciels, plateformes, cloud, puces : l'Europe a regardé passer les trains pendant des années. Avec l'IA, une fenêtre s'ouvre, mais elle ne restera pas ouverte longtemps.

Karsten Wildberger rappelle que la souveraineté technologique n’est pas qu’une question de défense ou de protection, l'accès à certains modèles d'IA avancés peut être coupé en une nuit. “Tout peut changer en une seule nuit”, insiste-t-il en visant Anthropic dont le dernier modèle vient d’être débranché sur ordre de la Maison Blanche. Sa réponse ? Du concret. Capacité de calcul allemande doublée à six gigawatts d'ici 2030, et un "deutschland stack", cloud souverain maison.

L’espace, nouveau terrain de jeu de la tech

Mais le vrai clou de la matinée, attendu par des hordes d’entrepreneurs de toute l’Europe, c’était l’intervention de Jeff Bezos. Le fondateur de Blue Origin était accompagné de son CEO Dave Limp et interrogé par l'astronaute Mike Massimino de la Nasa. Le fondateur d'Amazon a déroulé sa vision d'une économie spatiale à part entière. Son ambition est claire : construire "la route vers l'espace", une infrastructure lourde qui permettra demain à de petites structures de se lancer dans le secteur, comme l'a fait le web il y a vingt ans.

Mike Massimino, Jeff Bezos et Dave Limp. © BP / JDN

Derrière la mécanique industrielle, le duo assume une vision quasi écologique de la conquête spatiale. Le but ultime étant de déplacer les industries polluantes hors de la Terre et d'envoyer les data centers en orbite, pour rendre à la planète son “visage d'avant l'ère industrielle”. Dave Limp pousse le raisonnement jusqu'au bout : “transformer chaque coin de la planète en parc et permettre à la Terre d'accueillir trois fois plus d'habitants”. Sur le calcul orbital, Jeff Bezos balaie les objections sur la dissipation de chaleur, "un faux problème", et n'y voit qu'une question de coûts. Bezos voit même arriver le jour où le compute sera plus avantageux économiquement dans l’espace que sur Terre.

Au-delà de la technique, Jeff Bezos a surtout livré une série de conseils aux entrepreneurs présents, avec un fil conducteur : la vitesse. Pour lui, c'est elle qui fait la différence en affaires, y compris dans une entreprise de 15 000 personnes comme Blue Origin. Sa méthode tient en une distinction simple : “Il existe deux types de décisions. Les choix irréversibles et lourds de conséquences doivent être pris lentement, avec grand soin. Tous les autres, même importants, peuvent être tranchés vite, par une seule personne dotée de bon jugement”. L'erreur fatale, selon lui, est de traiter toutes les décisions de la même manière. C’est historiquement ce qui a fait le succès d’Amazon.