Cybersécurité : tout ce que les attaquants savent déjà sur votre entreprise
Lorsqu'une entreprise est victime d'une cyberattaque, l'attention se porte généralement sur la faille technique exploitée. Pourtant, dans la plupart des cas, l'attaque a commencé bien avant.
Avant même de tenter d’accéder aux systèmes d’information, les attaquants consacrent souvent une phase importante à collecter des informations sur leur cible. Cette étape repose sur l’exploitation de données disponibles publiquement sur Internet et relève de ce que l’on appelle l’OSINT, pour Open Source Intelligence, ou renseignement issu de sources ouvertes.
Cette pratique consiste à analyser les traces numériques laissées par une organisation afin de mieux comprendre son fonctionnement, son environnement et ses vulnérabilités potentielles. Dans les exercices de cybersécurité appelés Red Team, qui simulent des attaques réalistes contre les entreprises afin d’évaluer leur niveau de protection, cette phase de renseignement constitue systématiquement le point de départ de l’opération.
Comprendre l’environnement technique de l’entreprise
À partir d’informations accessibles publiquement, il est souvent possible d’identifier une partie de l’infrastructure numérique d’une organisation. Le simple site vitrine d’une entreprise peut permettre d’identifier ses principaux noms de domaine, qui constituent autant de portes d’entrée potentielles vers son système d’information.
En croisant différentes sources ouvertes, il devient possible de repérer certains services accessibles depuis Internet, ou encore les solutions technologiques utilisées par l’entreprise. Ces informations peuvent ensuite orienter les tentatives d’intrusion vers les points les plus susceptibles d’être vulnérables.
Les archives du web, les informations techniques associées aux sites internet ou encore certaines bases de données publiques permettent également d’identifier des ressources qui ne sont plus visibles aujourd’hui mais qui ont existé par le passé. Ces traces peuvent parfois révéler des éléments sensibles ou fournir des indices utiles sur l’organisation du système d’information.
Il arrive également que des informations confidentielles soient rendues publiques involontairement, par exemple à travers du code publié en ligne ou des données issues de bases compromises. Ces éléments peuvent fournir aux attaquants des identifiants, des adresses électroniques ou d’autres informations susceptibles de faciliter une intrusion.
Exploiter l’écosystème humain de l’organisation
Au-delà des aspects techniques, les informations publiques permettent également de mieux comprendre l’environnement humain d’une entreprise.
Les réseaux sociaux professionnels, les sites institutionnels ou les communications publiques des organisations permettent souvent d’identifier les collaborateurs, leurs fonctions et leurs responsabilités. Ces informations peuvent être utilisées pour reconstituer l’organigramme d’une entreprise, identifier des personnes clés ou comprendre les interactions entre différentes équipes.
Cette connaissance du contexte interne est particulièrement utile pour préparer des attaques d’ingénierie sociale, comme le phishing ciblé. En se basant sur des événements récents, des projets en cours ou des interactions professionnelles visibles en ligne, un attaquant peut élaborer des messages qui semblent parfaitement crédibles aux yeux des destinataires.
Dans certains cas, l’analyse des profils publics des collaborateurs peut également révéler des informations sur les technologies utilisées au sein de l’entreprise ou sur les outils collaborateurs au quotidien.
Observer l’environnement physique de la cible
Les informations accessibles publiquement peuvent également concerner l’environnement physique d’une organisation.
Les services de cartographie en ligne permettent par exemple d’identifier les bâtiments occupés par une entreprise, leurs accès ou encore les dispositifs de sécurité visibles depuis l’extérieur. Ces éléments peuvent aider à préparer des scénarios d’intrusion physique dans le cadre d’exercices de simulation d’attaque.
Les photographies publiées en ligne, que ce soit sur des réseaux sociaux ou sur des sites institutionnels, peuvent également fournir des indications sur l’aménagement des locaux, les habitudes des collaborateurs ou même certains dispositifs de sécurité internes.
Ces informations, prises isolément, peuvent sembler anodines. Mais mises bout à bout, elles permettent souvent de construire une vision relativement précise de l’environnement d’une organisation.
Une surface d’exposition souvent sous-estimée
La phase de renseignement basée sur les sources ouvertes démontre à quel point les informations publiques peuvent contribuer à préparer une attaque. Sans jamais interagir directement avec les systèmes d’une entreprise, il est parfois possible de collecter un volume important de données exploitables.
Cette réalité souligne l’importance pour les organisations de mieux maîtriser leur empreinte numérique. Les informations diffusées publiquement, qu’elles proviennent de communications officielles, de publications de collaborateurs ou de traces techniques laissées en ligne, peuvent, une fois croisées, constituer une véritable cartographie exploitable par un attaquant.
Les entreprises doivent donc intégrer cette dimension dans leur stratégie de cybersécurité. Surveiller les informations accessibles publiquement, sensibiliser les collaborateurs au partage de données en ligne et comprendre l’exposition numérique de l’organisation sont devenus des enjeux essentiels.
Car dans de nombreux cas, l’attaque ne commence pas par une intrusion technique. Elle commence simplement par l’observation attentive de ce que l’entreprise laisse déjà apparaître publiquement.