Agences, attention, le tokenmaxxing débridé va faire partir vos meilleurs talents

Haigo

Le "tokenmaxxing", de plus en plus observé en entreprise, renvoie à une manière de feindre l'ultra-productivité grâce à l'IA. Il est l'apanage des développeurs, qui fuient à grands pas leurs agences.

“Token” et “maxxing” : voilà deux termes qui ont brutalement fait irruption dans notre vocabulaire, pour le plus grand plaisir des plus anglicistes d’entre nous. Si le premier évoque intrinsèquement l’IA, le second décrit un phénomène généralisé proche du jusqu’au-boutisme. Le “tokenmaxxing”, de plus en plus observé en entreprise, renvoie à une manière de feindre l'ultra-productivité grâce à l’IA. Sauf qu’il connaît déjà ses limites puisque les meilleurs ingénieurs en développement quittent leurs entreprises pour cause de token maxxing à outrance. Ils fuient, en particulier, des leaders et des environnements de travail forçant trop brutalement, ou sans trop de recul, l’adoption de l’IA auprès de leurs équipes. Le risque étant que le phénomène ne devienne endémique et finisse par nuire aux entreprises, déjà mises à mal par l’adoption effrénée de l’intelligence. Est-ce pour autant une fatalité ? 

Quantité n’a jamais été aussi peu synonyme de qualité… 

La production du coding slop est devenue de plus en plus dure à supporter. Elle réduit le technicien à un rôle de validateur de résultats, l’éloignant chaque jour un peu plus des tâches plus gratifiantes, liées à la conception par exemple, et sources d’impact véritables : l’amélioration d’un produit, d’une interface, l’automatisation intelligente d’un processus, etc. La tentation du coding slop s’explique aisément, la production de code souffrant, comme un certain nombre d’autres tâches “manuelles”, d’une image négative voire simpliste. En conséquence, on en demande toujours plus aux codeurs, et au code lui-même.

Seulement voilà, les collaborateurs les plus attachés au sens que leur confère leur travail se posent d’autres questions que la productivité pure, et particulièrement pour des générations, bien au-delà de la GenZ, en quête d’impact accrue au sein de leurs entreprises. Le cas des équipes de développement logiciel, en leur qualité d’early adopters de l’IA, est particulièrement parlant. 50% du code est maintenant généré par IA et plusieurs aspects de l'expérience collaborateur décline (The State of AI Impact 2026).

En conséquence, si la productivité perçue gagne du terrain, l’expérience de travail des développeurs, elle, se dégrade à vitesse grand V. Et, forcément, cette dégringolade n’est pas sans conséquences sur l’aboutissement du produit. Une étude produite par le MIT et Wharton à partir de l’analyse de l’activité de 100 000 développeurs actifs sur GitHub, montrait justement cette dichotomie. Les développeurs usant régulièrement d’agents pour coder font bondir les commits de +180%, bien au-delà des livraisons réelles puisque les mises en production sont de l’ordre de +30% seulement. 

Y’a-t-il donc des gagnants au coding slop ?

… et source de délitement humain

Interrogés directement, 860 développeurs Microsoft ont admis trouver de l'intérêt à l'IA pour toutes les tâches liées à la vérification, mais ne lui concède que peu de valeurs eu égard à l'architecture du produit, et de l’entreprise par extension. Ils ressentent, au contraire, une grande frustration face à l’inadéquation des modes de travail, car si le rythme de production gagne en fulgurance, le management, lui, se distingue par des cycles hautement chronophages. Jusqu’alors, la lenteur de production servait d’excuse, certes commode, pour masquer toutes les autres lenteurs de l'entreprise : décisions stratégiques, validations de concepts, arbitrages budgétaires, réunions d'alignement, etc. 

Mais d’aucuns sauraient être dupes face à cette dilution encore un peu plus affirmée du management et de la décision. Les développeurs les plus matures, ou les plus chevronnés, le savent : ils ne veulent pas laisser toute la place à la machine, car ils restent responsables de la chaîne de production logicielle, du premier “commit” jusqu'à la dernière revue de code. Leur réticence n'est pas un manque d'appétence pour l'IA, c'est une preuve de conscience professionnelle et de maturité. Et c'est le vrai risque des prochains mois : à force de récompenser le volume généré plutôt que le jugement exercé, les entreprises les plus tokenmaxxées vont, doucement mais sûrement, faire fuir leurs meilleurs ingénieurs vers des organisations qui leur laissent encore le droit (et le temps) de comprendre ce qu'ils construisent. À bon entendeur !