Comment la révolution numérique a transformé Engie (ex-GDF Suez)

Comment la révolution numérique a transformé Engie (ex-GDF Suez) En amont de La Nuit du Directeur Digital organisée le 16 juin par CCM Benchmark Institut, retrouvez tous les jours le témoignage d'un CDO, parmi les plus innovants.

marc florette
Marc Florette © Engie

Marc Florette est chief digital officer (CDO) d'Engie (ex-GDF Suez) depuis avril 2014. Il a fait toute sa carrière dans le groupe. Membre de son comité exécutif, il est directement rattaché à Gérard Mestrallet, PDG de l'énergéticien. Entouré d'une équipe réduite (cinq collaborateurs), il supervise l'ensemble de la stratégie du groupe dans le numérique de manière transverse. Plusieurs centaines de millions d'euros par an sont consacrés à cette transformation. Plus de 300 projets numériques (hors Energy Management Trading et GRDF) sont en cours au sein du  groupe.   

 

Sa définition de la transformation digitale :

"Notre transformation numérique est d'abord une transformation du mode de management. Nous devons mieux partager les savoirs au sein de nos métiers afin d'en faire une véritable opportunité de croissance sur l'ensemble de nos marchés"

 

Produits et services :

L'univers de l'énergie n'est pas épargné par l'irruption du numérique dans la conception de nouveaux services. Parmi les dernières innovations au sein du groupe, l'intégration de Google Maps dans la prospection B2B auprès des commerçants et artisans afin d'optimiser la tournée des commerciaux à travers une application dédiée. Une manière comme une autre de faire descendre le numérique sur le terrain. Autre volet sur lequel Engie cherche à s'impliquer, les villes intelligentes à travers de nouvelles plates-formes d'intégration de données. "La multiplication des capteurs et des données de toutes origines (signalisation, assainissement, chauffage urbain), y compris celles produites par les citoyens, ouvrent de nouvelles perspectives industrielles" assure Marc Florette qui veut se positionner sur ce terrain de l'agrégation et de la remontée de données auprès d'interlocuteurs (municipalités, gestionnaires de réseaux urbains, autorités organisatrice de distribution de gaz ou d'électricité) que le groupe connait bien. "On se dirige de plus en plus vers des systèmes de systèmes où l'approche bottom-up devient prépondérante" anticipe-t-il.

 

Clients :

Au-delà d'une traditionnelle approche multicanal sous SAP ou Salesforce, Engie étudie de près la nouvelle génération de CRM spécialisés dans les "smart grid" et l'analyse prédictive comme les plates-formes développées par C3 Energy, une entreprise californienne fondée en 2009 par Thomas Siebel après avoir revendu sa précédente entreprise à Oracle. Autre initiative, les thermostats connectés et son accord avec Netatmo, de préférence à Nest de Google, dans le cadre de son offre Dolce Vita "smart home". Un contexte dans lequel l'énergéticien compte sur le numérique pour améliorer le service rendu à ses clients. Les 2 500 techniciens d'intervention de sa filiale Cofely Services, spécialisés dans la performance énergétique, sont ainsi équipés de tablettes permettant de prendre des photos et d'effectuer des devis en temps réel tout en validant simultanément la procédure auprès de leur hiérarchie. Au plan collaboratif enfin, la plate-forme Lab'Energie (un millier de testeurs) permet l'open innovation entre le groupe et ses clients.  

 

Ecosystème numérique :

Comme la plupart des groupes du CAC 40, Engie est assez actif au sein de son propre écosystème numérique. En 2014, le groupe s'est ainsi doté d'un fonds d'investissements spécifique à l'innovation et à la transition énergétique. Baptisé GDF Suez New Ventures, ce fonds de 100 millions d'euros a notamment investi dans Sigfox (Internet des objets), Powerdale (pilotage énergétique et mobilité électrique), Tendril (start-up américaine spécialisée dans l'analyse de la consommation énergétique) ou, tout récemment, Redbird (une start-up française spécialisée dans le traitement de données collectées par des drones). Le groupe est également partenaire de Paris Région Lab au sein d'un incubateur spécialisé dans l'énergie en environnement urbain. Divers appels à projets autour des énergies renouvelables, de la méthanisation ou de l'utilisation du biogaz sont régulièrement lancés à travers sa plate-forme OpenInnov. Le groupe propose également un dispositif d'accompagnement spécifique aux projets d'incubation de ses collaborateurs avec pour objectif d'en soutenir une dizaine par an. 

 

Back end :

Parmi les impacts de la numérisation sur ses propres process, Engie souligne l'importance croissante du traitement de données dans la supervision ou la maintenance de ses sites. Sa filiale belge Tractebel Engineering utilise la réalité augmentée pour la gestion d'actifs nucléaires et des expérimentations de réalité virtuelle sont  en cours afin de visualiser l'intérieur de réacteurs depuis Google Maps. Autre recours à la réalité augmentée, son application Pareo, développée en utilisant une méthodologie de type proof of concept, permettant de pré-visualiser l'impact d'un champ d'éoliennes. L'impression 3D est également mise à contribution pour élaborer certains prototypes. Son centre de recherche Laborelec y a notamment eu recours pour l'élaboration de turbines à gaz de nouvelle génération. En matière d'achats, le groupe s'appuie sur une plate-forme dématérialisée baptisée Pyramid qui lui permet de réduire sensiblement ses délais et ses coûts dans une optique de partage de données avec ses 150 000 fournisseurs. Engie a également un projet de dématérialisation de ses processus de facturation, EDI Invoice.        

 

Interne / RH / Formation :

Engie a fait des enjeux de la transformation numérique et de sa diffusion dans l'entreprise une priorité stratégique. Fort de plus de 150 000 collaborateurs, le groupe insiste sur la nécessité d'une vision partagée à tous les échelons au sein des différents métiers de l'entreprise, à commencer par son comité exécutif. " Le numérique est un outil d'échange et de performance du management " résume Marc Florette. Pour ce faire, l'entreprise s'appuie sur un réseau de 600 jeunes collaborateurs chargés de faire du reverse mentoring auprès des membres du comité exécutif, à commencer par Gérard Mestrallet, le PDG du groupe, et des 130 principaux dirigeants. "Indépendamment du phénomène culturel ou des écarts générationnels, cette dimension collaborative est essentielle", relève Marc Florette. Au-delà des outils collaboratifs traditionnels (messagerie instantanée, chats, gestion documentaire, moteurs de recherches), une plate-forme de e-learning permet aux 30 000 managers du groupe de se former régulièrement aux enjeux du numérique. Les réseaux sociaux d'entreprise (RSE) et leurs 250 communautés sont également mis à contribution. Aujourd'hui organisé autour de quatre grands outils (Jive, Bluekiwi, Seemy, Yammer), ce RSE a vocation à basculer prochainement vers une plateforme unique.       

 

Evolution du SI :

Les ambitions numériques d'Engie sont étroitement corrélées avec son système d'information. Pour déployer ses diverses applications, le groupe a notamment recours à des méthodes agiles à travers des proof of concept (POC). En matière de big data, l'énergéticien utilise des bases de données issues de sources diverses (données clients, réseaux sociaux) combinées à des plateformes de data analytics. Dolce Vita, la marque dédiée aux particuliers, a ainsi développé dans le cadre d'un POC une application spécifique en matière de déménagement, application associant étroitement les community managers du groupe. Côté réseaux sociaux, le groupe s'appuie notamment sur un social CRM en mode SaaS de Viavoo, un jeune éditeur français concurrent de Salesforce. Autre développement, dans la performance énergétique cette fois, avec un service (D'EFFI) permettant à des salariés de comparer au sein d'une plateforme collaborative la consommation énergétique des différents étages de leur immeuble. Une démarche avec un important volet ludique et social. Sachant que "le numérique, c'est aussi du gaming", sourit Marc Florette.


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