Chez Tesla, les licenciements pleuvent quand Elon Musk s'énerve

Chez Tesla, les licenciements pleuvent quand Elon Musk s'énerve Une enquête révèle l'instabilité d'Elon Musk pendant les difficultés connues par Tesla en 2018, et la peur constante des employés de perdre leur emploi lors d'un accès de colère de leur dirigeant.

[Article mis à jour le 14 décembre 2018 à 12h33] Mieux vaut ne pas se trouver à côté d'un Elon Musk en colère. Le magazine américain Wired a publié le 13 décembre une longue plongée dans le quotidien des employés de Tesla pendant "l'enfer de production" qu'a connu l'entreprise en 2018, consistant à augmenter très rapidement les volumes de production de sa Model 3 afin de tenir ses objectifs. Une période pendant laquelle Tesla a frôlé la faillite, a récemment reconnu Elon Musk. Cette situation, d'après les révélations de Wired, a plongé les employés dans la peur de perdre leur job à tout moment, face à un accès de colère d'Elon Musk.

"Tous les employés venaient travailler chaque jour en se demandant si ce serait leur dernier", a confié un responsable au magazine. Wired rapporte plusieurs exemples d'employés renvoyés personnellement par Musk sans raison et le cite même confiant à un manager : "Il faut que je vire quelqu'un aujourd'hui". Le patron sud-africain serait si imprévisible qu'un autre manager a interdit à ses équipes de s'approcher de son bureau, de peur "qu'une rencontre malencontreuse, une mauvaise réponse à une question inattendue, ne mettent en danger une carrière". Tesla a réfuté auprès de Wired les accusations de licenciements impulsifs. "Elon est profondément attaché aux personnes qui travaillent dans ses entreprises. C'est pourquoi, bien que ce soit douloureux, il prend parfois la décision difficile de licencier les personnes qui sous-performent et mettent en danger le succès de toute l'entreprise."  

Voilà déjà quinze ans que Tesla s'est lancé dans sa quête d'une voiture électrique haut de gamme. Le constructeur auto a été fondé en 2003 par Martin Eberhard et Marc Tarpenning, qui seront rapidement rejoints par son personnage emblématique et actuel dirigeant, Elon Musk. Le nom de l'entreprise vient de Nikola Tesla, inventeur de génie dans l'électricité et la mécanique. L'entreprise a contraint tous les grands constructeurs à se lancer sérieusement dans l'électrique. Tesla doit à présent réussir à décupler ses capacités de production afin de suivre la demande, mais aussi gérer la logistique, alors que les retards de livraison s'accumulent. Actualités, prix, modèles, magasins en France… voici tout ce qu'il faut savoir sur Tesla.

Tesla en France 

Tesla est présent en France depuis 2010, date de l'ouverture de son premier magasin hexagonal, à Paris. Le constructeur se repose sur un modèle de vente directe aux clients sur Internet ou dans ses magasins, avec une attente de plusieurs mois entre la date d'achat et la livraison. Depuis son arrivée, Tesla a étoffé sa présence en France. En plus de Paris, le constructeur dispose désormais de magasins à Chambourcy, Le Chesnay, Vélizy-Villacoublay, Nantes, Bordeaux, Aix-en-Provence, Nice et Lyon. Les clients potentiels peuvent y réaliser des essais et commander un véhicule. Des représentants commerciaux sont également présents à Lille, Rennes, Toulouse, et Strasbourg. 

Tesla a établi un vaste réseau de recharge électrique dans le pays. Il est à la fois composé de ses stations de recharge maison, les Superchargeurs, et de sites de recharge chez des entreprises partenaires, comme des hôtels ou des centres commerciaux.  Leur emplacement est consultable sur le site de Tesla. La carte ci-dessous répertorie tous les chargeurs du réseau Tesla en France. Cliquez sur "agrandir le plan"  puis zoomez sur le territoire qui vous intéresse pour les voir s'afficher.

Les ventes de Tesla sont pour l'instant confidentielles en France. Entre janvier et août 2018, le constructeur américain y a vendu seulement 457 Model S et 283 Model X, soit des parts de marché respectives des ventes de véhicules électriques dans l'Hexagone de 2,58 et 1,6%, selon les données d'immatriculation. Bien loin des 9 500 ventes de la reine de l'électrique en France, la Renault Zoé, qui s'arroge plus de la moitié du marché.

Prix d'une Tesla

Voici les prix de départ des modèles commercialisés par Tesla en France. La facture finale peut grandement varier en fonction du choix des options, notamment les batteries et l'ajout du mode Autopilot (conduite semi-autonome).

  • Prix de la Tesla Model 3 : à partir de 53 500 euros (modèle intermédiaire Grand Performance)
  • Prix de la Tesla Model S : à partir de 86 300 euros.
  • Prix de la Tesla Model X : à partir de 94 200 euros.
  • Prix de la Tesla Roadster : à partir de 172 000 euros.
Comparatif des différents modèles Tesla
Modèle Prix de base Autonomie temps 0-100 km/h Vitesse max
Model 3 53 500 € 355 - 500 km 3,5 - 5,6 secondes 210 - 250 km/h
Model S 86 300 € 416 -540 km 2,5 - 4,2 secondes 225 - 250 km/h
Model X 94 200 € 417 - 542 km 3,1 - 5,2 secondes 210 - 250 km/h
Roadster 172 000 € 1000 km 2,1 secondes 400 km/h

Tesla Model 3

La Tesla Model 3, berline grand public © Tesla

La plus abordable de toutes les Tesla, la Model 3, est une berline dotée d'une autonomie de 350 kilomètres, selon Tesla. Disponible à partir de 35 000 dollars hors taxes aux Etats-Unis (30 000 euros), elle doit permettre à Tesla d'imposer la voiture électrique auprès du grand public. Tesla a annoncé le 5 décembre 2018 de premiers prix pour la France : il en coûtera au minium 53 500 euros pour la version Grande Performance, avec une autonomie et une puissance intermédiaires. La version la moins chère et avec l'autonomie la plus médiocre, correspondant aux 35 000 dollars hors taxes annoncés par Tesla, ne peut pas encore être commandée. Les premières livraisons de la Model 3 devraient intervenir à partir de février 2019.

Cette voiture rencontre un grand intérêt : près de 400 000 réservations de Model 3 ont été enregistrées par l'entreprise. Mais c'est aussi un énorme défi, car le succès de Tesla repose désormais sur sa capacité à rapidement atteindre d'énormes capacités de production, que les grands constructeurs mondiaux ont mis des décennies à perfectionner, afin d'honorer toutes ces commandes. Tesla a raté à de nombreuses reprises ses objectifs de production hebdomadaires ou trimestriels, qui augmentent progressivement.  Une étape importante, la production de 5 000 véhicules par semaine, a tout de même été franchie à l'été 2018. Mi-octobre 2018, le constructeur a dépassé  les 100 000 Model 3 sorties d'usine, d'après le Tesla Model 3 Tracker, ou un modèle d'estimation de sa production développé par Bloomberg. Il aura fallu un an et demi à Tesla pour atteindre ce chiffre, depuis le début de la mise en production de la Model 3. Une vitesse d'exécution largement supérieure au rythmes de production des Model S et Model X, qui montre les progrès de Tesla en la matière.  A titre de comparaison, les 20 plus gros constructeurs mondiaux produisent entre 1 et 10 millions de voitures par an chacun.

Comme si ces problèmes n'étaient pas suffisants, Tesla découvre désormais les joies de la logistique et ce sont à présent les livraisons qui prennent du retard sur les dates promises aux clients. Contrairement aux autres constructeurs, l'entreprise ne jouit pas d'un large réseau de concessionnaires dans lesquels les clients peuvent récupérer leur voiture. Faisant face à une pénurie de rampes permettant de transporter les voitures sur des camions, Tesla a même dû commencer à construire son propre matériel en septembre. Une autre solution trouvée pour pallier ces problèmes aux Etats-Unis consiste à livrer les voitures directement chez les clients se trouvant à moins de 250 kilomètres d'un centre de services Tesla. Le constructeur va également construire une usine en Europe, afin de rapprocher sa production de ses clients sur le Vieux continent.

  • Prix de base : 35 000 dollars hors taxes (prix français inconnu)
  • Autonomie : Entre 355 et 500 kilomètres
  • Temps pour passer de 0 à 100 km/h : 3,5 à 5,6 secondes
  • Vitesse maximale : 210 à 250 km/h

Tesla Model S

La Tesla Model S, une berline haut de gamme © Tesla

La Model S est la première berline conçue par Tesla, dont les livraisons ont commencé en 2012 aux Etats-Unis. Elle est plus grande et bien plus onéreuse que la Model 3, avec un premier prix à 86 300 euros. La Model S bénéficie en échange d'une puissance et d'une autonomie supérieures (450 kilomètres avec la batterie premier prix), et peut profiter  gratuitement du réseau de recharge électrique Superchargeur, alors que les propriétaires de Model 3 devront payer. Elle dispose également d'un meilleur écran de bord, d'un plus grand coffre et de technologies supplémentaires.

  • Prix de base : 86 300 euros
  • Autonomie : Entre 416 et 540 kilomètres
  • Temps pour passer de 0 à 100 km/h : 2,5 à 4,2 secondes
  • Vitesse maximale : 225 à 250 km/h

Tesla Model X 

La Model X, le SUV de Tesla © Tesla

Le SUV Tesla. La Model X est la plus spacieuse des Tesla, avec un habitacle pouvant accueillir jusqu'à sept personnes. Elle est connue pour ses portes arrières Falcon, qui s'ouvrent de bas en haut, plutôt que latéralement comme sur la plupart des véhicules, et facilitent le stationnement dans des endroits exigus.

Prix de base : 94 200 euros

Autonomie : Entre 417 et 542 kilomètres

Temps pour passer de 0 à 100 km/h :  3,1 à 5,2 secondes

Vitesse maximale : 210 à 250 km/h

Tesla Model Y

Tesla prépare un crossover (entre berline et SUV), la Model Y, dont le design n'a pas encore été dévoilé. Elle devrait être présentée en mars 2019 et entrer en production au premier semestre 2020. Une nouvelle usine pourrait être dédiée à la confection de ce véhicule.

Tesla Roadster 

Tesla Roadster, une voiture sportive de luxe © Tesla

La toute première Tesla, commercialisée entre 2008 et 2012. C'est avec cette voiture sportive que l'entreprise a commencé à démontrer que les voitures électriques pouvaient atteindre des performances comparables à celles des voitures thermiques. Sa conception est le fruit d'un partenariat avec le constructeur britannique Lotus. Tesla a annoncé la commercialisation en 2020 d'une nouvelle Roadster à partir de 172 000 euros. Le bolide serait capable d'atteindre les 100 kilomètres par heure en 2,1 secondes et de dépasser les 400 en vitesse maximale, le tout avec la promesse d'une autonomie de 1000 kilomètres.  

  • Prix de base : 172 000 euros
  • Autonomie : 1000 kilomètres
  • Temps pour passer de 0 à 100 km/h :  2,1 secondes
  • Vitesse maximale : 400 km/h

Tesla d'occasion

Pour les conducteurs qui souhaiteraient se doter d'options supplémentaires pour moins cher ou mettre la main sur un véhicule rapidement, l'entreprise propose sur son site des Tesla d'occasion – les Model S et Model X – ainsi que des modèles d'exposition au rabais. Il ne faut cependant pas y voir une manière d'obtenir une Tesla à prix cassé : les offres commencent à presque 90 000 euros, soit plus cher que la Model S sans options.

Le mode Autopilot

C'est l'une des fonctions phares de la marque, présente (en option) sur tous ses véhicules. Il s'agit d'un mode de conduite semi-autonome de niveau 2, qui permet au véhicule de conduire tout seul, de se maintenir sur une voie, ou de gérer la circulation saccadée dans les bouchons sur des trajets simples comme l'autoroute.  Le conducteur doit toutefois garder les mains sur le volant. Il permet aussi aux véhicules de se garer sans intervention humaine. Contrairement à d'autres constructeurs, Tesla a fait le choix de proposer très rapidement cette fonctionnalité, dès 2015, afin de l'améliorer en conditions réelles et d'acquérir un maximum de données pour préparer des niveaux de conduite autonome plus sophistiqués. 

Pour mieux comprendre comment fonctionne l'Autopilot et les décisions qu'il prend, un hackeur  et un membre du Tesla Motor Club ont reproduit la vision d'une Tesla pendant une virée dans Paris. Le logiciel classifie tout son environnement: les autres véhicules présent sur la route, mais aussi ceux qui se trouvent sur le trottoir, tout comme les piétons. Le programme doit également repérer en temps réel le marquage au sol, qui permet au véhicule de rester automatiquement sur sa voie. Ce genre de systèmes sont la base de toutes les technologies d'aide à la conduite (ADAS), mais aussi de conduite autonome, quoique plus sophistiqués. 

Cependant, le marketing de Tesla autour de cette fonctionnalité, jusque dans le nom d'"autopilote", semble avoir laissé entendre aux utilisateurs que leur véhicule était déjà pleinement automone. Des voitures du constructeur ont été impliquées dans plusieurs accidents, certains mortels, lors desquels les conducteurs ont ignoré les avertissements du véhicule et n'ont pas repris le contrôle de la conduite comme la machine les y enjoignait. Des défaillances du système ont également provoqué des accidents mortels. Comme lorsqu'en 2016 un automobiliste américain a percuté un véhicule arrivant sur sa droite, et que la voiture n'avait pas détecté. Tesla avait alors accusé son fournisseur de systèmes de détection d'obstacles et de freinage d'urgence Mobileye, puis s'en était séparé. 

Les batteries Tesla

Autre élément de différenciation important vis à vis de ses concurrents, Tesla conçoit et produit ses propres batteries. Il s'agit d'un élément crucial de sa R&D, car l’amélioration de l'autonomie des batteries, et donc de la distance parcourue en une charge, est un critère majeur chez les acheteurs. Ce savoir-faire a même permis a l'entreprise de se diversifier: elle vend désormais séparément ses batteries, Powerpack et Powerwall afin de stocker l'électricité produite par des panneaux solaires chez les particuliers comme en entreprise.

Depuis l'acquisition de SolarCity (une autre société contrôlée par Elon Musk) en 2016, Telsa propose aussi ses propres panneaux solaires. Ou plus précisément des "tuiles solaires" ressemblant à des toits traditionnels, mais capables de transformer l'énergie solaire en électricité. Ces systèmes de production et de stockage commencent même à être utilisés sur des îles, comme les Samoa, qui ne sont pas raccordées au réseau électrique et se reposaient jusqu'ici sur des générateurs au diesel pour s'alimenter en électricité. 

Tesla et la Bourse

Habitué aux déclarations tonitruantes et exagérations en tout genre, Elon Musk semble cette-fois ci avoir franchi une limite, celle des strictes règles qui encadrent la communication des entreprises cotées. Le gendarme boursier américain, la SEC, a déposé plainte contre le PDG de Tesla le 27 septembre pour fraude et demandé qu'il soit démis de ses fonctions à la tête de Tesla. En août, Elon Musk avait fait part de son intention de faire sortir Tesla de la Bourse à un prix de 420 dollars par action. Et d'affirmer qu'il avait sécurisé les fonds permettant cette opération auprès d'investisseurs. Il avait fini par reconnaître qu'il n'avait pas vraiment les fonds, avant d'abandonner totalement son plan.

Mais la SEC, elle, n'a pas oublié. Car le fait de faussement assurer avoir sécurisé des fonds peut être considéré comme une manipulation des investisseurs, qui ont pu être incités à acheter des actions ou ne pas vendre les leurs, mis en confiance par cette déclaration. D'après la plainte de la SEC, l'annonce d'Elon Musk a surpris jusque dans ses propres équipes : douze minutes après son premier tweet le 7 août, le directeur des relations avec les investisseurs contactait le chef de cabinet de Musk pour lui demander si l'annonce était bien réelle. Entre ce tweet et la fin du mois de septembre, l'action Tesla a perdu 20% de sa valeur. Elon Musk est finalement arrivé à un compromis avec la SEC : son entreprise et lui-même devront payer 20 millions de dollars chacun. Le Sud-africain a aussi été forcé de lâcher un peu de son pouvoir. PDG de Tesla quasiment depuis ses débuts, il n'est désormais plus que DG. Il a été remplacé en novembre 2018 à la présidence du conseil d'administration par Robyn Denholm, déjà membre du board de Tesla. Elle était jusqu'ici directrice financière et stratégique du groupe telecom australien Telstra, poste qu'elle a quitté pour se consacrer à plein temps à Tesla. 

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