La blockchain peut-elle révolutionner le marché des transferts de football ?

Dans le registre distribué, l’entrée correspondant à un joueur pourrait par exemple être divisée en plusieurs parts, cessibles à l’unité dans une optique de multipropriété.

Pour tokeniser une ressource (même un footballeur), il faudrait mettre en place un répertoire des titres de propriété à la fois sécurisé, vérifiable et inaltérable. Celui-ci prendrait la forme d’un registre lisible, créé dans un système reposant sur un mécanisme de type blockchain, ou sur des systèmes génériques élaborés grâce aux technologies de registre distribué.

Les détenteurs de ces registres seraient des plateformes identifiables, aisément accessibles et – en toute vraisemblance – réglementées, c'est-à-dire des entités dignes de confiance pour les joueurs, leurs agents, les acquéreurs (comme les clubs) et les autorités compétentes, notamment les organes de réglementation du football, mais aussi le ministère du Commerce et le Trésor public.

Dans le registre, l’entrée correspondant à un joueur pourrait être divisée en plusieurs parts, cessibles à l’unité dans une optique de multipropriété. En fonction du type de technologie de registre utilisée, ces parts seraient négociables et pourraient être achetées ou vendues par le biais d’échanges.

Eu égard à la réputation sulfureuse des transactions qui s’opèrent dans le monde du football, ce à tous les échelons, ce système semble être une solution idéale pour endiguer l’évasion fiscale, le blanchiment d’argent et peut-être même l’esclavage des temps modernes. Mais il faudra du temps pour que l’UEFA ou la FIFA approuvent les mécanismes de ce type, ou pour assister à leur démocratisation. 

Dès lors, peut-être serait-il plus simple de s’attaquer aux autres problèmes inhérents aux transactions dans le monde du ballon rond.

En mars dernier, le Telegraph et Il Tempo expliquaient comment des hackers néerlandais étaient parvenus à dérober près de 2 millions d’euros à la Lazio de Rome à l’occasion de la signature d’un défenseur dans le club de Serie A. Les pirates, visiblement informés des détails de l’opération, ont trompé la vigilance des dirigeants italiens en leur envoyant par e-mail une demande de paiement semblant émaner du Feyenoord Rotterdam, le club vendeur. À ceci près qu’ils avaient modifié les coordonnées du compte de dépôt de la dernière tranche du paiement du joueur.

Le secteur des paiements fait, lui aussi, l’objet d’une surveillance étroite et doit démontrer sa capacité à protéger les utilisateurs des systèmes de paiement de cyber-arnaqueurs qui redoublent d’ingéniosité pour arriver à leurs fins. Contrairement aux idées reçues, ceux-ci sont loin de recourir systématiquement aux technologies dernier cri : ils misent plutôt sur la méconnaissance des consommateurs face aux nouveaux services numériques. Aussi, le système économique profiterait probablement bien plus de l’introduction de mécanismes de confirmation du bénéficiaire ou de demande de paiement, c'est-à-dire des garde-fous compréhensibles du plus grand nombre et des propriétaires de clubs, que du lancement de tokens censés faciliter et sécuriser les transferts de joueurs.

Je suis un peu partagé à propos de la tokenisation telle qu’elle existe aujourd'hui. Sur le plan intellectuel, il est difficile de ne pas s’emballer à l’idée d’un monde où l’argent serait totalement dématérialisé, et où la propriété des ressources pourrait être suivie à la trace de façon inaltérable via des registres distribués et la blockchain. D’un autre côté, je vois émerger un nombre impressionnant de nouvelles offres de multipropriété émanant de célébrités dont les motivations sont – à mes yeux – mystérieuses, et qui ne s’y prendraient pas autrement si elles voulaient saper tous les efforts un tant soit peu sérieux entrepris pour sécuriser la blockchain.

Lors d’une récente conférence dédiée aux technologies financières, on m’a montré un poster d’un footballeur anglais, Michael Owen, qui parrainait une plateforme de celebrity tokens dont il avait participé à la création. Derrière ce concept, la possibilité pour les fans d’accéder, moyennant tokens, à des contenus exclusifs proposés par les stars du ballon rond ou d’autres sports. Apparemment, l’ancien Ballon d’or a décidé de sauter le pas "quand le cours du bitcoin a atteint des sommets historiques l’an passé, et qu’il est devenu évident que le phénomène de la crypto-monnaie allait prendre une ampleur mondiale." C’est ainsi qu’il a lancé le Owen Token, une ressource destinée à être valorisée et échangée comme ses équivalents lancés par d’autres sportifs de haut niveau. En ce qui me concerne, j’aurai toujours une nette préférence pour le charme inégalable des cartes Panini à échanger.

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